Plaidoyer pour les médicaments génériques

Considérée comme le bien suprême de chacun de nous, la santé nous est tellement chère qu’elle n’a pas de prix. C’est du moins l’opinion la plus communément partagée par la grande majorité des citoyens marocains, qu’ils soient pauvres ou riches, travailleurs ou chômeurs, jeunes ou vieux, avec ou sans protection sociale. Si la santé n’a pas de prix, il n’en demeure pas vrai, que cette même santé à un coût.

Et dans ce registre, il y a lieu de relever que certains médicaments dits princeps sont très chers, et que le traitement n’est pas à la portée de toutes les bourses. C’était le cas pour l’hépatite C. Aujourd’hui, grâce aux médicaments génériques, il est possible de se faire bien soigner à moindre coût. Qu’est-ce qu’un médicament générique ? A quoi sert-il ? Dans quelles situations peut-on l’utiliser ?

Pour l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM), le poste des médicaments est la bête noire. Plus de 35 % des dépenses sont phagocytées par le poste médicament et la tendance de ces dépenses connaitra une courbe exponentielle dans les années à venir et ce, à cause du vieillissement de notre population. Ce qui signifie que des pathologies plus fréquentes donc une consommation de médicaments plus importante.

Pour le citoyen Marocain, il n’y a pas match quand il s’agit de choisir entre l’original et sa copie conforme. Ce qui importe en premier lieu c’est le prix et bien entendu l’efficacité que l’on peut obtenir de ces produits. Selon certains médecins, les génériques de par leurs coûts permettent une meilleure accessibilité aux médicaments à une large frange de notre population. Pour d’autres, les génériques ne sont que des copies et ne pourront pas égaler les produits originaux. Comme on le voit, le corps médical reste partagé quant à la prescription de ces médicaments. Les résistances aux changements d’attitudes et de prescriptions sont beaucoup plus fréquentes chez les spécialistes.

Selon l’OMS, le mot générique a plusieurs significations en fonction des juridictions. L’utilisation de ce terme est quelque fois écartée au profit de «  médicaments multi sources» car il y a plusieurs origines de la matière première. Le médicament générique peut être mis sur le marché sous un nom déposé (nom de spécialité) ou celui de la dénomination Commune Internationale (DCI), suivi du nom du laboratoire fabricant. Le terme générique implique que ce produit pharmaceutique est substituable à l’innovateur et qu’il est fabriqué et mis sur le marché après expiration du brevet (en moyenne 20 ans). De plus, ce produit est similaire à l’innovateur en termes d’équivalences pharmaceutiques et thérapeutiques.

Mais avant de pousser plus loin notre exploration des génériques, il est utile de faire un petit rappel sur la biographie type des médicaments.

La vie d’un médicament

Lorsqu’un laboratoire découvre une molécule potentiellement efficace, il dépose un ou des brevets auprès des autorités compétentes, la durée d’un brevet pour un médicament étant de 20 ans. Pour rembourser les frais engagés dans la recherche, le découvreur peut donc commercialiser librement son médicament sans crainte d’être copié. A la fin de cette période de 20 ans, le brevet expiré et la molécule tombe dans le domaine public. A partir de cet instant, tout autre établissement pharmaceutique peut fabriquer et vendre des médicaments avec cette même molécule. Bien sûr, le médicament copié remplit les mêmes critères de qualité, d’efficacité et de sécurité que le médicament original ou « princeps ». Par ailleurs, toute la chaîne de fabrication et de distribution est l’objet de contrôles aussi nombreux et rigoureux, que le médicament soit un générique ou non.

30 à 50 % moins cher

Le principal avantage des génériques est leur coût. La molécule ayant déjà été identifiée, étudiée sous toutes ses coutures, la constitution de la demande d’autorisation de vente (la fameuse autorisation de mise sur le marché ou A.M.M) coûte moins cher et le prix de vente du médicament s’en ressent. En moyenne, le prix d’un générique est de 30 % inférieur à celui de l’original et peut atteindre parfois 50 %. Dans la plupart des cas, l’arrivée de médicament générique pousse le laboratoire commercialisant le princeps à revoir ses prix mais là, c’est une autre histoire.

Le plus bel exemple concernant le médicament générique moins cher, reste incontestablement celui du médicament Marocain contre l’hépatite C, qui coûte 9.000 DH au lieu de 800.000 DH, ce qui va aujourd’hui permettre de traiter 625.000 Marocains.

Une évolution pratique

La généralisation des génériques ne peut pas se faire d’un coup de baguette magique. Connaître un médicament sous plusieurs noms est difficile, aussi bien pour le patient que pour le médecin qui, dans bien des cas, se trouve déstabilisé.
Pour surmonter cet obstacle, il serait utile de trouver un cadre légal qui puisse permettre au pharmacien de pratiquer une substitution à condition que ni le médecin, ni le patient ne s’y opposent. Ainsi le pharmacien peut délivrer le médicament générique alors que le médecin a prescrit la molécule princeps.
Un autre moyen de favoriser le générique est certainement la possibilité pour le médecin de faire sa prescription en utilisant le nom de la molécule (DCI) pour dénomination commune internationale et non pas le nom de la marque du médicament. Au pharmacien ensuite de choisir quelle marque il va délivrer.
La prescription en DCI a été un succès en France, pourquoi pas chez nous ? Elle a même été légalisée par l’adoption du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2002. Au Maroc, le générique peut connaître de beaux jours car non seulement il répond à nos besoins mais il peut être à la portée des ménages car, actuellement, force est de constater que les médicaments existant et surtout les molécules princeps sont chères et parfois inabordables et ce sont les malades les plus démunis qui sont les plus pénalisés.

Des contrôles   rigoureux

Le ministère de la Santé ne cesse de faire baisser les prix des médicaments et ce sont plus de 3.000 produits qui sont aujourd’hui concernés. Pour permettre un meilleur accès de tous à ces médicaments, le ministère de la santé ne cesse d’encourager les génériques.

En même temps, il veille, bien entendu, à la qualité des produits ainsi fabriqués grâce aux contrôles qualité de ces génériques, contrôles qui sont entrepris au sein du Laboratoire National de contrôle des médicaments qui dépend du ministère de la santé. Il faut rappeler à cet effet que le LNCM a reçu le label ISO 17025 par la direction Européenne de la qualité du médicament –conseil de l’Europe et qu’à ce titre, tous les contrôles de la qualité des médicaments génériques sont très rigoureux et que l’enregistrement des médicaments génériques suit le même circuit, les mêmes procédures que les produits princeps.

Il est clair que tout le monde sera gagnant en optant pour une telle politique.

Ouardirhi Abdelaziz

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