Quantique ?

La politique serait-elle quantique au Maroc ? C’est l’interrogation que l’on se pose quand on cherche à comprendre les sciences de la matière et la transposition de leurs fondamentaux dans les sciences humaines.

La notion de seuil critique est très importante dans une approche électorale. Dans une circonscription déterminée, l’empathie de la population peut se manifester de mille et une manières. On peut se faire saluer par de nombreuses personnes, se partager les congratulations d’usage et se faire des politesses lors de la campagne électorale sans pour autant que cela se transforme en bulletins de vote en votre faveur. Le seuil critique serait cette valeur limite à partir de laquelle l’élection devient possible.

Cela signifie que l’on maitrise un certain nombre d’éléments : nombre des inscrits sur les listes électorales, volonté de participer effectivement au scrutin, quotient électoral et engagement ferme pour la liste ou le candidat qui se présente. Autant l’enthousiasme des campagnes électorales est débordant pour les élu(e)s potentiel(le)s eu égard à la manifestation d’intérêt exprimée par la population ; plus la démoralisation sera grande lors de la proclamation du résultat, faute de ne pas tenir compte du seuil critique dans l’élection considérée. Les acclamations, les bains de foule, la chaleur de la communication humaine font croitre que «c’est dans la poche» alors que l’issue du vote peut révéler un échec cuisant.

Etant que la politique est non linéaire, la notion de seuil critique ne peut suffire pour comprendre une élection. Il faudrait appliquer le principe de superposition quantique qui veut qu’un même électeur ou électrice peut envisager en même temps plusieurs options pour une élection considérée (capacité de changer d’avis ou spin, existence d’un opérateur ou position, quantité de mouvement qui peut se manifester  par des moyens sonnants et trébuchants ou toute action capable de faire changer l’état du vote, etc.).

Ce principe de superposition quantique qui peut se comprendre simplement par «plusieurs personnes dans la même personne» se retrouve communément chez nos semblables dans notre beau pays où la société se transforme : habitués des mosquées et des bars (chaque chose en son temps !); progressiste pour les autres, conservateur pour les siens, critique acerbe dans le discours, lèche-bottes dans la réalité ; etc.

En travail dirigé chacun(e) peut essayer de retrouver les nombreuses manifestations de la personne dans la même personne. L’approche genre et le temps ne sont pas à considérer dans cet exercice; de même que les «secrets et les interdits» qui persistent et font parfois scandale. Il importe toutefois d’estimer la décohérence  (transition) entre les différents états, et les facteurs qui la déterminent particulièrement dans l’expression et l’action sociopolitiques. En économie, la dissimulation constitue l’un des aspects chroniques de la superposition quantique dont la révélation par le numérique fait débat.

Par ailleurs, le champ politique national constitue un bel exemple de «l’indéterminisme de la mesure». Ainsi deux partis politiques peuvent tenir tant de meetings à travers le royaume avec une importante affluence en nombre et en qualité. Mesures d’audience classique ; mais on ne peut savoir qui d’entre eux est capable de remporter la prééminence lors des élections. C’est soit l’un soit l’autre. Il n’existe aucun moyen de savoir à l’avance lequel des deux aura à appliquer l’article 47 de la constitution. Ceux qui croient que le référentiel identitaire est déterministe se trompent lourdement car ils ne tiennent pas compte du principe de superposition précédemment décrit.

Ceux qui se projettent déjà conduisant le gouvernement se trompent autant car ils ne prennent pas en considération «l’effet tunnel». C’est cet effet qui explique que l’on entend dans sa maison la musique du voisin alors que le ballon avec lequel il joue ne peut traverser les murs. L’effet tunnel permet aussi d’expliquer la recomposition du champ politique national; mais c’est là toute une autre histoire.

Il reste à prendre en considération «l’expérience de la double fente» où deux possibilités s’offrent aux prétendants. Quand l’un d’entre eux semble prendre un chemin vers son objectif rêvé, sa trajectoire dépend plus du fait que l’autre possibilité soit ouverte ou fermée que de sa propre énergie. Si à cela s’ajoute «le principe d’incertitude», il apparaît clairement que la politique au Maroc est bel et bien quantique.

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