Quelle pertinence pour la notion de non-public?

L’accès aux films cinématographiques au Maroc passe par plusieurs supports (chaînes de télévisions nationales ou étrangères satellitaires, DVD essentiellement contrefaits, téléchargement, streaming, salles de cinéma, ou encore via les nouvelles offres sur des plateformes comme Icflix ou Netflix, annoncé pour les prochains mois).

La multiplication de ces canaux et de ces supports ont permis de faire passer le Maroc d’une situation de pénurie en termes d’offre filmique, une des caractéristiques des années de plomb, à une abondance difficilement contrôlable (Benchenna, 2011) où se côtoient productions nationales et celles venues des quatre coins du monde (productions américaines, européennes, chinoises, indiennes, égyptiennes, turques, etc), empruntant le plus souvent les voies souterraines de la mondialisation culturelle (Mattelart, 2011). Comment les Marocains vivent ces mutations ? Comment toutes ces productions sont-elles consommées? A ces questions, il existe peu de réponse pour le moment. Si les chiffres publiés annuellement par le CCM, pour le cinéma, et par Marocmétrie, pour la télévision mettent plus souvent l’accent sur l’importance accordée par les Marocains aux productions nationales (Box office des productions marocaines pour le cinéma et taux audience des films, des téléfilms et des séries pour la télévision), ils renseignent peu sur les rapports qu’entretiennent véritablement les publics avec les films tant marocains qu’étrangers. Ces chiffres n’apportent aucune information sur les caractéristiques socio-démographiques et sociologiques des publics et encore moins sur des pratiques spectatorielles des publics, objet de ce colloque. Notons au passage que certaines de ces informations existent mais restent inaccessibles aux chercheurs. Plus globalement, il y a un véritable déficit en matière de données fiables et détaillées sur les pratiques culturelles des Marocains, en général, et sur la consommation des films, en particulier. L’objectif de cette communication est d’interroger l’importance accordée par des jeunes adultes de classes populaires aux pratiques culturelles en général, et à la consommation des films, en particulier, en partant de leurs conditions socio-économiques; de leurs occupations quotidiennes et des valeurs qui commandent leurs divertissements (Hoggart, 1986). Plus précisément, il s’agit de questionner la pertinence de la notion «non public» en partant des usages et non usages ordinaires qu’ils font des biens culturels en général et des films en particulier. J’exposerai les premiers résultats issus d’observations in situ et d’une trentaine d’entretiens réalisés auprès de jeunes adultes de classes populaires sur la place qu’occupe la consommation des films dans ces pratiques et dans leur vie quotidienne.

Abdelfettah Benchenna

Universitaire, Paris

Top