Relance et écologie: verdir l’économie, embellir la vie

Par Abdeslam Seddiki

L’une des leçons à tirer de la crise sanitaire que nous vivons depuis pratiquement trois mois réside dans la prise en considération du facteur écologique à l’avenir. La conscience écologique qui s’est développée au cours des dernières années, va  prendre désormais  de plus en plus de vigueur. La variable écologique, marginale qu’elle fût  dans le passé, se hissera en variable stratégique incontournable.

Il s’agit aujourd’hui de concilier entre  trois équilibres fondamentaux : les équilibres économiques  qui nécessitent  de vivre en fonction de nos moyens ; les équilibres sociaux qui consistent à répartir d’une façon équitable les fruits de la croissance et à assurer à tout un chacun un niveau de vie décent  en luttant contre les inégalités  territoriales et sociales ; les équilibres écologiques qui passent  par la préservation de nos ressources naturelles à travers une exploitation rationnelle et planifiée de ces ressources.  Justement, la crise sanitaire a montré le lien étroit qui existe entre la santé des citoyens et la dégradation de nos ressources naturelles, le niveau élevé de pollution, la précarité sociale et la qualité de l’air. C’est pour cela que seule une approche qui croise les problématiques de santé humaine, animale et environnementale nous permettra de vivre un jour d’après apaisé.

 Par conséquent, l’un des leviers principaux de la relance réside dans la relance par l’écologie en adoptant un programme ambitieux d’investissements dans la transition écologique  et «l’économie verte».

Un tel programme consisterait notamment à :éliminer progressivement les sources d’énergie polluantes en leur substituant  les sources d’énergie propres, et ce en  poursuivant l’investissement dans l’énergie solaire, éolienne et hydraulique; dépolluer les produits agricoles en contrôlant l’usage des pesticides qui constituent une menace sérieuse pour  la santé des citoyens; introduire la fiscalité écologique pour encourager les industries  à être moins polluantes en optant pour des procédés de production propres; développer l’agriculture biologique et  fermière au détriment  de l’agriculture intensive  fortement consommatrice en eaux et en produits chimiques; dépolluer les villes  en développant un transport public propre, en aménageant des pistes cyclables; promouvoir  l’hygiène de vie et  la salubrité de l’alimentation; veiller au respect de la loi relative au plastique par le  remplacement des matières polluantes inaltérables (comme le plastique) par des matières biodégradables; généraliser l’assainissement liquide et le traitement des déchets solides tout en procédant au recyclage de ces  déchets  dans une économie  circulaire; détruire les déchets industriels toxiques, notamment les déchets pharmaceutiques,  sans porter atteinte à l’environnement;  développer le transport durable en investissant  dans le transport ferroviaire  pour couvrir à terme l’ensemble du territoire national et des régions. Pour atteindre de tels objectifs,  on  ne doit pas laisser l’allocation des ressources obéir à la seule logique du marché.

Par ailleurs, cette dimension écologique doit concerner,  sur une plus grande échelle,  l’aménagement du territoire et notre tissu urbain. Les grandes villes sont devenues invivables. Nos villes méritent une réelle restructuration qui passe nécessairement par une réorganisation de l’espace dans le sens d’un équilibre entre activités économiques  (production de biens et de services), et activités socio-culturelles, de détente  et de loisir (voir le rapport du CESE réussir la transition vers des villes durables).

Dans l’immédiat, il faudrait au moins   transformer les terrains non bâtis, là où ils existent, en  espaces verts et aires de détente pour enfants. Par ailleurs, il faut considérer tout arrachage injustifié d’un arbre comme un crime contre la nature. Bien sûr,  aucune amélioration ne sera perceptible  sans l’éradication  de l’habitat non réglementaire et insalubre. La lutte contre la promiscuité urbaine fait partie de la lutte contre la pauvreté et la spéculation immobilière.

Mais il faut aussi une action  en amont,  en remontant à la source. Les problèmes de la ville sont nés d’abord à la campagne. C’est parce qu’on a négligé le monde rural  pendant des décennies  que les populations n’ont eu d’autre choix que de prendre la route de l’exode, ou plutôt de l’exil, pour venir grossir les rangs des mal-logés et des laissés pour compte  en squattant  les quartiers périphériques des agglomérations urbaines . C’est pour cette raison, entre autres,  que le programme de lutte pour la résorption des bidonvilles n’a pas atteint ses objectifs. Le défi à relever consiste, par conséquent,  à donner à nos campagnes leur attractivité pour  en faire des espaces compétitifs économiquement et viables  socialement.

Pour ce faire, il faut offrir aux populations rurales les conditions d’une vie décente :  d’abord, en leur assurant un emploi permanent à travers la création d’une série d’activités productives et de services ; ensuite, en mettant à leur disposition  des services sociaux fondamentaux  tels que les établissements scolaires,  les centres de santé,  les  moyens de transport, de l’eau potable…; enfin, en créant des services administratifs de base notamment l’accès à l’internet, les agences bancaires, la poste… Une fois ces conditions réunies,outre le développement  des centres ruraux émergents,  non seulement l’exode rural se ralentira mais il n’est pas exclu que l’on assistera à un retour massif vers les campagnes.

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