Sfia Oult Télouat ancrée dans la mémoire collective

Une diva ! Parmi les innombrables célèbres tinazurine du Souss, il est certain que Sfia Oult Télouat, un nom ancré dans la mémoire collective amazighe, en fut une icône inoubliable. Oult Télouat se traduit littéralement par la fille de la région de Télouat, siège d’une petite commune rurale qui porte, également, le nom de son village et qui fut, autrefois, le fief du pacha, de Marrakech, Mezouari haj Thami Glaoui décédé le 23 Janvier 1956.

La diva Sfia Oult Télouat, naquit vers les années 40 à «Imi Nouline», dans la province d’Ouarzazate. Elle était issue d’une famille modeste et conservatrice ce qui l’a privée, pendant son enfance, d’être scolarisée. Elle était, comme la plupart des fillettes de son douar, ses semblables, une bergère qui s’était occupée du petit cheptel familial dans les pâturages au milieu de la nature. Puis, ses parents ont commencé à lui apprendre comment s’occuper de son futur foyer, une fois mariée. Son mariage s’est soldé par le divorce à cause du chant et de l’Ahouach dont elle n’a pas pu se séparer. Il est à noter que l’artiste Sfia a embrassé sa passion depuis son jeune âge et qu’elle a fait ses premiers pas dans l’Assays n Ouhouach du temps du pacha précité alors qu’elle était à peine âgée de quatorze ans, d’après ses déclarations.

Pour parfaire son talent et tenter de réaliser son rêve, la diva s’était installée à Marrakech où elle a côtoyé les maîtres du chant amazigh du Sud tels que les Rouaïs : Omar Ouahrouch, Mohamed Bounsir, Mohamed Damsiri, Agrram, Lahcen Machi, Mohamed Outassourt… et les Raïssate : Ftouma Talguorcht, Khdouj Taourrigt, Fatima Tagrramt, Khdouj Tassouirit pour ne citer que ceux-là.

La Raïssa Sfia jouissait d’une voix douce et mélodieuse. Elle modulait ses cordes vocales, bien entrainées, d’une façon extraordinaire. Ses fans étaient nombreux et ils le sont toujours. Elle était en même temps parolière et chanteuse et ses succès sont incontournables. Parmi ses célèbres créations, nous nous contenterons de ne citer que ces quelques titres qui ont contribué à sa célébrité. 1- A tabla is kolou swan mden attay 2- Assayh a tawnza 3- Oufighd awddi tabla toujad ukan 4- our guin lahbab n yan magha isamh 5- Ay attay a bou khamssa n nejmat 6- Pour le tube intitulé, Tawada, elle l’a chanté à l’occasion de sa participation en Novembre 1975 à la grande marche pacifique, la marche verte (Tawada TAzizawt) 7- Ajdig n imi n trgwa. Certains de ces succès sont toujours bien conservés dans les archives de la SNRT et sont diffusés de temps à autres sur les ondes de radio nationale amazighe.

Si l’honorable madame Sfia s’est frayée son chemin avec ténacité et grand courage, il est à rappeler, ici, qu’elle a aussi souffert énormément. En effet, à ses débuts, elle a été l’objet de moqueries et de critiques de la part de ses proches et de son entourage. Cependant, malgré ces aléas, elle a su s’imposer de force sur la scène artistique amazighe. Son sort est similaire, à quelques nuances près de celui de tant d’autres artistes telles, par exemple, Yamna n Âaziz, Mimount n Serwan ou Hadda Ouâaki.

La tanazurt Sfia est considérée, de nos jours, comme une artiste professionnelle de l’art d’ahouach étant donné qu’elle a su conserver son grand amour, avec fidélité, pour cet art depuis son enfance jusqu’à son âge actuel.

Il est vrai que tanazurt Sfia Oult Télouat est, aujourd’hui, oubliée mais son nom restera à jamais inscrit, en gros caractères, dans les annales de l’histoire d’Ahouach qu’il faudrait préserver afin d’assurer sa continuité.

Hamzaoui Abdelmalek

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