Sonia Okacha: «J’ai aimé le côté non moralisateur de l’histoire»

Mohamed Nait Youssef

L’actrice Sonia Okacha a incarné avec brio le rôle de Malika dans le nouveau long métrage  «Les 3M, histoire inachevée» du réalisateur marocain, Saâd Chraïbi. Sonia  a été l’un des personnages principaux de ce film qui ont mené l’histoire jusqu’à la fin. Le film dure certes deux heures avec une partie documentaire et l’autre fiction, mais l’actrice au fil des événements a pu accrocher le public jusqu’au bout. On l’a rencontré  lors de la 20ème édition du festival national du film. Les détails.

Al Bayane : Comment avez-vous trouvé votre rôle  joué dans le dernier film de Saâd Chraïbi,  qui est à la fois complexe et multiple surtout que Malika  est un   personnage qui incarne le rôle d’une femme musulmane qui côtoie un juif et un chrétien avec lesquels elle tisse des liens amicaux solides.  Et puis, au final, elle opte pour l’amitié au lieu de l’amour dans un contexte tourmenté et influencé par les changements sur tous les niveaux.

Sonia Okacha : Justement… c’est ce qui m’a plu dans ce personnage parce qu’il est complexe et il  n’est pas linéaire. On le voit aussi évoluer  avec  le temps c’est-à-dire  entre le moment où il est jeune, il évolue…

À cela s’ajoute,  les personnages qui  gagent plus de maturité avec l’âge et en sagesse aussi. C’est ce qui m’a plu dans ce scénario, c’est l’histoire d’une femme qui assume  ses choix et qui les paie aussi assez cher. En effet, tous les trois personnages ont subi leurs choix en matière de leurs croyances, origines malgré eux, malgré leur amour dans le sens le plus large du terme. Je parle bien évidement,  de celui de l’amitié, des sentiments, d’affection…

Il faut rappeler que c’est une relation à trois qui n’arrive pas à dépasser leurs origines, leurs convections, mais qui n’arrive pas à  se séparer et à renoncer à leur amitié. Par ailleurs, j’ai  aimé le côté non moralisateur de l’histoire avec la complexité de chacun parce que ce n’était pas facile pour chaque personnage.

Comme tout le monde presque l’avait constatée et vécue, la fin du film était inachevée, surprenante… et la salle a été étonnée par cette fin où la femme opte pour l’amitié au lieu de l’amour dans une relation à trois entre une femme musulmane (enceinte de Dounia dont on ignore le père), un juif et un chrétien. Qu’est ce que vous en pensez?

C’est une fin qui m’a travaillée. On en a parlé avec le réalisateur parce que j’avais besoin de savoir cette fin ouverte, ainsi que sa vision à ce moment là. C’est une fin ouverte qui laisse le champ à toutes les possibilités, dont chacun peut imaginer la suite qu’il veut. Dounia peut être la fille de Moïse comme elle peut être la fille de Mathieu. Et  peut être  Dounia va continuer sur les traces de sa mère dans le journalisme ou dans le documentaire parce qu’on l’a voit à la fin regarder la télévision  l’actualité. Ainsi les trois personnages pourront  partir à trois et vivre enfin leur amitié et leur vie sans trop se préoccuper par leurs origines et appartenances religieuses… peut être pas !  la fin est  ouverte à plusieurs lectures.

Le film dure deux heures. En fait,  ce n’est pas évident de porter ce rôle jusqu’à la fin. Il est évident aussi que vous avez porté le poids lourd de ce  film sur vos épaules.

C’était justement la difficulté : d’arriver à grader un fil conducteur, une continuité malgré les flashbacks, les retours en arrière, les différentes années et rester surtout conscient du contexte politique de  l’époque parce que chaque époque a  sa  spécificité. C’était ça le pari : d’arriver à avoir un personnage cohérent  du début jusqu’à la fin, de le voir évoluer.

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