Touria Jabrane: adieu la dame des planches!

Mohamed Nait Youssef

Une perte immense et douloureuse! Touria Jabrane, la dame des planches marocaines, a rendu l’âme lundi 24 août, à Casablanca. On la savait malade ces derniers jours, la comédienne, actrice et ancienne ministre de la Culture a passé l’arme à gauche, à l’hôpital Cheikh Khalifa de Casablanca, après une longue lutte contre le cancer. Elle avait 68 ans. En effet, le départ définitif de cette figure incontournable des arts a laissé un vide énorme la famille artistique nationale.  «Je suis énormément triste de t’avoir perdu, grande artiste.  Tu étais une sœur, une mère pour tout le monde. «Adieu l’icône du théâtre arabe». C’est avec ces mots que l’actrice Latefa Ahrrare a rendu hommage à Touria Jebran.

Touria Jabrane : une artiste engagée et généreuse

Sur le plan artistique et humain, la regrettée a été connue par sa générosité, son engagement et son ouverture sur toutes les sensibilités. «Le militantisme, la passion, l’amour, l’abnégation et la générosité dans le domaine de l’art sont très rares. Or, toutes ces qualités se conjuguent en une seule personne qui est Touria Jabrane vu l’unanimité qu’il y a autour de cette grande dame du théâtre non seulement pour son  parcours singulier, mais surtout pour sa générosité et sa passion immenses», nous confie le dramaturge, Ahmed Messia. Et d’ajouter : «Touria Jabrane, à travers toutes les époques, a supporté tous les outrages mais qui sont en même temps les éloges qu’une personne puisse recevoir parce qu’elle a été toujours généreuse pour l’art qu’elle a pratiquée mais aussi pour les gens qu’elle entoure».

 Pour le maître du monodrame, Abdelhak  Zerouali, Touria Jabrane était une grande dame qui a beaucoup donné au théâtre national en tant que comédienne et ministre de la Culture.« Elle n’avait pas manqué le rendez-vous, non plus. Car elle a fait des efforts considérables pour mettre le  domaine artistique sur les bons rails. Dans cette optique, elle a pris des discisions courageuses  en faveur du père des arts. Elle était toujours sur le  devant de la scène au Maroc et au-delà des frontières. Ses gestes, ses cris, ses rires, son jeu sur les planches resteront à jamais dans nos mémoires», a-t-il déclaré à Al Bayane. Et d’ajouter : «Quand je parle de Touria, je pense immédiatement aux grandes actrices comme Samiha Ayoub, Mouna Wasit, Rajae Benamar, Chada Salem… c’était une panoplie d’actrices ayant commencé leur carrière dans les années 40 et 50, et qui ont pratiqué le théâtre dans des conditions sociales difficiles. » Par ailleurs, l’œuvre de Touria (plus de 15 travaux artistiques), a-t-il souligné, est un apport important à la scène et au paysage national. «‘’Le Soleil en train de mourir’’ est une pièce de théâtre qui restera à jamais dans ma mémoire. Touria n’est pas morte, elle demeurera dans ses œuvres», conclut-il.

Touria : une étoile lumineuse s’est éteinte

«C’est un jour triste dans l’histoire des arts et de la culture marocains.  Le Maroc a perdu l’une de ses figures emblématiques dans les domaines du théâtre, du cinéma, de la télévision et de la culture. Elle a incarné plusieurs rôles immortels sur les planches, le petit écran et le grand écran.»,  nous confie Messaoud Bouhcine, président du Syndicat marocain des professionnels des arts dramatiques.

Une étoile lumineuse de la culture et des arts, lafeue ayant côtoyé des grands noms de la mise en scène dans plusieurs troupes de théâtre a brillé de mille feuxsur les différentes scènes au Maroc et même ailleurs. En effet, les férus du théâtre  s’en souviendront de son expérience inédite dans le théâtre Masrah Alyaoum (théâtre d’aujourd’hui) avec son mari Abdelouahed Ouzri.

«Elle a joué un rôle important dans la carte d’artiste quand qu’elle occupait le poste du ministre de la Culture dans le gouvernement Abbas El Fassi  sans oublier bien entendu l’augmentation du budget alloué au théâtre. Artiste engagée, la défunte a défendu les causes légitimes à travers son art et ses actions humanitaires et sociales», explique Messaoud Bouhcine.

Il est des départs définitifs qui sont durs à accepter. Le décès de Touria Jebran a hanté la scène artistique, en deuil depuis lundi soir.

«Grande dame…  les larmes ne suffisent plus pour te décrire mon chagrin. Avec le décès de cette icône, le théâtre marocain et arabe a perdu l’une de ses enfants prodigues», écrivait le dramaturge et scénariste, Abdelilah Benhadar.

En avril 2008, Touria Jabrane, alors ministre de la Culture, est venue assister à l’inauguration de mon exposition à la galerie Venise Cadre à Casablanca, témoignait Mehdi Qotbi, président de la fondation nationale des musées. «J’en garde encore un souvenir très ému. C’était une personne d’une gentillesse inestimable», a-t-il dit.

Un parcours hors pair…

Poète de scène, militante de la première heure, Touria Jebrane est incontestablement l’une des comédiennes et metteurs en scène qui ont marqué le théâtre national. Une femme charismatique et battante dont la carrière n’a pris une seule ride. Après des décennies de travail sur les planches marocaines, arabes et internationales, la comédienne a laissé un grain de beauté indélébile sur le visage de la création nationale. Une artiste, une vraie!

Depuis son jeune âge, Touria Jebrane s’intéressait à l’art, au cinéma et au théâtre. C’est à 12 ans qu’elle posait ses premiers pas sur la scène du théâtre municipal à Casablanca pour incarner un rôle dans la pièce d’Abdeladim Chennaoui, «Nouvelle vague». Par la suite, au fil des années, elle développe sa passion pour le père des arts lors des colonies de vacances ou encore à l’école. L’année 1967 sera décisive dans son parcours d’artiste, puisqu’elle prendra part au concours du théâtre amateur lancé à l’époque par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Passionnée d’art, elle se lance dans une formation académique pour s’imposer dans un milieu dominé exclusivement par les hommes. Après avoir achevé une formation au sein du Conservatoire national d’art dramatique de Rabat, la «soldate des planches» intègre en 1972  l’une des troupes importantes de l’époque, la compagnie Mâamora sous la direction de Farid Ben Barek.

«C’est une grande dame du théâtre, une femme artiste, militante  qui vouée sa vie à l’art et aux planches. Touria Jabrane a ouvert la voie à plusieurs comédiennes et actrices. Touria était l’amie de tout le monde, une âme généreuse, sensible et créatrice», nous confie Mohamed Benhsain, directeur du Théâtre National Mohammed V.

Après de longues années de travail rigoureux, de tournées dans différentes villes et scènes marocaines, la comédienne retourne en 1980 dans sa ville natale pour créer une nouvelle troupe «le Théâtre Al Forja» avec  les inséparables  Saâd Allah Aziz et son épouse Khadija Assad qui ont cartonné avec des pièces de théâtre, entre autres Chraâ aâtana rabaâ» présentées notamment à la télévision marocaine. Un nouveau départ,  de nouveaux rêves naissent.

Au même moment, la comédienne fait d’autres rencontres artistiques fructueuses à l’époque avec les comédiens Mohamed Miftah, Souad Saber  et d’autres artistes qui enrichissent son parcours.  Elle fait par la même occasion, la rencontre avec le monstre sacré du théâtre marocain, Tayeb Seddiki. L’artiste se lance dans de belles collaborations, notamment dans des pièces inoubliables comme «Al Majdoub», «Le Livre des déclarations». Paix à son âme.

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