Un grand arbre planté dans le champ romanesque

A l’ombre de l’eucalyptus

Bouchra Benbella*

A l’Ombre de l’Eucalyptus, édité chez l’Harmattan en 2014 est le premier roman de Najib Redouane (canadien d’origine marocaine), poète, essayiste, critique littéraire et enseignant titulaire à L’université de Long Beach aux États-Unis.

C’est  l’histoire de Wahid qui  retourne au pays natal, animé par un sentiment nostalgique « il faut bien un jour ou l’autre rentrer chez soi » (p.88). En quittant le Canada, Wahid fuit la solitude sinistre en espérant trouver la délivrance d’un amour en instance avec Sarah, une juive marocaine, portant toujours dans son cœur sa chère et inoubliable Kénitra. Il ne se doutait pas que le Maroc, qu’il a quitté  il y a dix ans, a foncièrement changé et que «l’assurance de retrouver ses souvenirs intacts le quittait» (p.14.

Seul est resté intact, résistant à l’indubitable et dépérissant changement, l’Eucalyptus (symbolisant l’attachement de l’auteur/ personnage principal à sa terre d’origine) sous lequel il s’asseyait à côté de son père pour lire et écrire.

A l’ombre de l’eucalyptus est aussi un pamphlet qui dénonce, sans pour autant tomber dans la virulence paroxystique gratuite, les dérapages d’une société souffrant d’un déplorable dépérissement des valeurs et d’une prolifération gangréneuse de la corruption, de l’abus de pouvoir, de la makhzanisation des institutions étatiques…

Cette remontrance émane de la conscience patriotique de l’auteur qui a su pertinemment diagnostiquer les maux de son pays mais aussi mettre en exergue sa culture d’origine sans pour autant tomber dans un exotisme de pacotille. L’insertion des termes issus du dialecte marocain (listés dans un glossaire in fine) est une tentative louable de Redouane de familiariser davantage le lecteur non marocain avec la culture de ce pays.

«A l’ombre de l’eucalyptus» est incontestablement un roman dont la trame est totalement ancrée dans le Maroc aussi bien urbain que rural. Force est de dire que le romancier transcrit scrupuleusement le réel dans un style non moins poétique et met le lecteur en contact immédiat avec le Maroc tel qu’il est sans vulgarité ni outrance.

(*professeur chercheur)

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