Un masterpiece sublime!

Série télévisée «Yacout wa Anbar»

Saoudi El Amalki

On a beau honnir la médiocrité du produit national, durant ce mois du carême auquel on vient de fausser compagnies, il y a lieu de citer  une merveille qui émerge du lot: la série grandiose intitulée, «Yacout wa Anbar».

On ne pouvait pas tomber mieux, surtout qu’on s’est habitué, chaque an, à avaler des couleuvres. Cependant, il faut bien reconnaître, que d’autres prestations sont également parvenues à se distinguer pour gratifier le public de ces moments de détente et de réflexion, en ces temps de confinement sanitaire. Mais, la mention spéciale, cette fois-ci, reviendrait, sans conteste, à la série sus citée qui fait l’unanimité. Il convient de rappeler, à ce propos, le tabac qu’avait fait, il y a quelques années «Bnate Lalla Mennana», adaptée de la fameuse pièce :«La maison de Bernarda Alba» du dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca.

Sensationnelle, divine, monumentale…, on n’aura pas assez de termes pour magnifier ce chef-d’œuvre de sommités de haute facture! D’emblée, cette sublime trouvaille tient en haleine, de par la pression émotionnelle qu’elle met à outrance sur les cœurs, dès les premiers épisodes. Au fur et à mesure, cette charge monte d’un cran pour conquérir les maisonnées, les yeux rives sur l’écran.

Tout au long de l’histoire globale qui a trait au dessein dramatique du binôme alias, Ghali et Yacout (Rabii Skalli et Fatima-Zahra Qanboue) dont les mères se sont évertuées à se lancer dans une aventure scabreuse, on a droit à des historiettes attenantes qui ne manquent pas non plus d’intrigues sulfureuses. Le trio prodigieux du scénario, Nora Scally, Samia Akariou et Jawad Lahloua conféré à son esquisse une consistance à couper le souffle, par le pathos saisissant du verbe et la portée  sensuelle de l’expression de chaque acteur. En fait, les scénaristes ont mis du punch à crescendo, dans l’échange dialogué du texte et, de ce fait, imbriquer de la forte chaleur aux sens du comédien.

Dans le même ordre d’idées, la succession de thèmes évoqués, les uns après les autres ou à des séquences saccadées (Conflit et malentendu, toxicomanie et débauche, exil et distanciation, harcèlement et cynisme, glamour et adoration, repentir et pardon, torture et menterie..), donne au récit une mosaïque de mystère et de poigne. Malgré cet éventail de thématiques puisé dans le vécu quotidien de la réalité sociétal, on relèvera que le cordon ombilical de ce maillage magistralement brodé par Mohamed Nesrate, le réalisateur de ce foisonnement enchevêtré, était sans aucun doute articulé autour de ces deux mères en l’occurrence Nora Skalli au remord tuant de s’être dérobée de sa sixième progéniture pour s’adjuger une naissance masculine qui lui faisait défaut, jusqu’ici et, du coup, faire plaisir à son époux, en mal de descendance mâle. De l’autre côté, en état miséreux, la seconde génitrice, Hasna Tamtaoui, eut cédé son enfant biologique, moyennant une contrepartie pour subvenir aux besoins sa petite famille dont le père rendit l’âme, un peu plus tard.

L’aventure hasardeuse, combinée par les deux mères dont la surcharge fut émotive, était telle que le faisceau relationnel entre tous les membres se compliquait, au fil du temps, jusqu’au moment où le père, Aziz Hattab, se décidait de mettre un terme à l’effritement familial en conviant tout le monde à la réconciliation. Il importe de dire que l’interprétation de ces péripéties aussi complexes que profondes par la force de la dramaturgie, leur insufflait, de bout en bout, beaucoup de raffinement et de sensualité voluptueuse. On ne pourra clore, enfin, cette cavalcade pathétique qui s’est achevée sur des noces de rêve du couple en réel ballotage, sans mentionner  la révélation de la série, le jeune prodige en herbe, Saâd Mouaffak, alias Hammouda. Une perle qui redorait le blason de ce bouquet enivrant, par la fluidité du jeu et l’authenticité de la sensation, si bien qu’il forçait l’émotion. Tenez-vous bien,  une nouvelle étoile scintille sur le ciel de l’art dramatique national!

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