Investir dans le capital humain

Restructuration du système de santé

Ouardirhi Abdelaziz

La santé pour tous est un droit fondamental, c’est même une priorité, tout le monde en convient, et la Constitution de 2011 le confirme. Mais dans la réalité des faits, que fait-on pour atteindre cet objectif ?

La question est posée, elle le demeurera tant que des actions concrètes ne seront pas observées sur le terrain.

Grace a la haute sollicitude de sa majesté le Roi Mohamed VI que Dieu l’assiste, le Maroc va mettre en place en 2022 la couverture médicale universelle.

Pour réussir à relever ce grand défi  et permettre à ce chantier éminemment social  d’assurer  pleinement ses missions, le ministère de la santé est appelé dès aujourd’hui à  revoir sa copie et investir davantage  dans la véritable richesse qui est son capital humain. Cela étant, l’heure n’est plus au palabre au sein des  commissions.

Le droit à la santé

Il faut dire qu’au Maroc,  la santé est un droit fondamental pour tout citoyen. Ce droit est consacré par la nouvelle constitution de 2011 dans son article 31  qui dispose que l’État, les établissements publics et les collectivités territoriales œuvrent à la mobilisation de tous les moyens à disposition pour faciliter l’accès égal des citoyens et des citoyennes aux conditions leur permettant de jouir des droits tels que : les soins de santé, la protection sociale, la couverture médicale, la solidarité mutualiste…

On comprend mieux dès lors que le Maroc a fait le choix de la couverture médicale universelle par conviction, par respect du droit envers tous les citoyens. Il s’agit en fait d’un droit inaliénable voire  fondamental. 

D’ailleurs, SM le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, a fait du droit à la santé un fondement essentiel de la dignité humaine au même titre que l’éducation, l’habitat et l’environnement.

Un fondement essentiel de la dignité humaine

Qui dit santé, fait référence aux moyens multiples et variés pour mettre en application cette politique de santé. Au-delà des moyens financiers qui demeurent très limités, les ressources humaines sont indispensables sans omettre les moyens techniques pour faire le bon diagnostic, réaliser des examens biologiques ou procéder à une exploration tare et pointue. 

Pour asseoir sur des bases saines et solides pour pouvoir avoir accès aux soins de santé , il est très important de disposer d’un système de santé équitable et juste, qui permet à chacun d’ avoir accès aux soins dont il a besoin sans se préoccuper des moyens dont il dispose pour être correctement et dignement soigné.  C’est ce que le Maroc est en train de réaliser sous la conduite éclairée de sa majesté le Roi Mohamed VI en mettant en place la couverture médicale universelle.  

Cette dernière  consiste à veiller à ce que l’ensemble de la population ait accès aux soins préventifs, curatifs, palliatifs, de réadaptation et de promotion de la santé dont elle a besoin et ce sans discrimination.

En termes plus clairs, cela requiert de mettre à la disposition de toutes et de tous, des services de santé de qualité, où et quand ils en ont besoin, sans qu’ils ne rencontrent de difficultés financières.

Les soins de santé de qualité que permettra d’atteindre la couverture médicale universelle exigent des personnels de santé (médecins– infirmiers – aides-soignants …) en nombre suffisants et aux compétences avérées, des infrastructures adaptées, des services de proximité qui  doivent être répartis équitablement sur l’ensemble du territoire national.

Les possibilités existent, les moyens aussi, ce qui fait défaut, c’est une organisation cohérente qui doit être imposée et à laquelle le ministère de la Santé doit accorder une importance soutenue et constante.

Une pénurie chronique

Au Maroc l’un des principaux défis que doit relever notre système de santé est celui de la pénurie des ressources humaines.

Il est vrai que cette pénurie ne date pas d’aujourd’hui, elle remonte au début des années 80, et a été aggravée en 2005 avec les départs volontaires à la retraite. Il s’agit d’une problématique importante qui met à mal les efforts déployés par le département de la santé en vue de satisfaire la demande croissante en soins de santé. La pénurie en ressources humaines dans le domaine de la santé concerne toutes les catégories de personnels de santé, particulièrement les médecins et les infirmiers.

Le déficit en personnels de santé qualifiés (médecins – infirmier (ère)s) s’élève à 97.566 professionnels dont 32.522 médecins, et 65.044 infirmiers. Ces chiffres  démontrent, à eux seuls, l’ampleur du problème auquel est confronté notre système de santé et toutes les contraintes auxquelles font face les médecins et infirmiers et infirmières au niveau des différents établissements sanitaires hospitaliers ou de soins de santé de base (centres de santé).

Dans une déclaration a la presse, le ministre de la santé, le professeur Ait Talab, a tenu à rappeler, à cet effet, que le système de santé marocain, malgré les nombreux dysfonctionnements et insuffisances , a pu faire face a la crise sanitaire de la Covid.

La très grande insuffisance se situe au niveau des ressources humaines qui sont l’élément central, crucial dans l’échiquier. Le ministère de la santé est conscient de cette réalité, il y a un travail qui est entrain d’être fait dans le cadre de la refonte du système de la santé, qui va, bien entendu, accompagner la mise en place de la couverture médicale universelle (CMU), ce qui va permettre de répondre au besoin quantitatifs et qualitatifs aussi bien au niveau des médecins que des infirmières et infirmiers dont notre pays a besoin.

Investir dans l’humain, oui mais…..

Cette refonte du système de santé est indissociable du champ de la protection sociale, qui va contribuer à un meilleur accès aux soins à toutes et à tous, comme le stipule la couverture médicale universelle qui nous permettra de soigner la population marocaine dans d’excellentes conditions.

Parmi les axes de cette refonte, il y a les ressources humaines, qui sont au centre des préoccupations du ministère de la santé, c’est eux qui sont la clé de voute de notre système de santé.

La pandémie de la COVID-19 a mis en évidence le rôle inestimable du corps médical et l’importance d’accroître les investissements dans ce domaine, en octroyant plus de postes budgétaires, en revoyant à la hausse le budget de la santé tout en en améliorant les conditions des professionnels de santé.

A côté, il y a la bonne gouvernance, la mise a niveau du secteur de la santé,  le système d’information, car sans système d’information, il serait difficile d’avoir un dossier médical partagé afin d’améliorer  l’amélioration de la facturation au sein des hôpitaux. Il faut aussi des mécanismes de régulation pour assurer la pérennité du système de santé. 

Pour conclure , on se doit de dire en toute honnêteté que l’enjeu crucial  pour le ministère de la santé est celui de mettre en place la couverture médicale universelle , qui devra répondre aux besoins de soins de santé pour une population estimée à37 millions d’habitants , et d’entreprendre en même temps à une refonte de notre système de santé. Il s’agit d’objectifs qui nécessitent du temps et beaucoup de moyens. Il faut reconnaitre qu’il s’agit d’un pari difficile surtout dans la situation de crise que traverse notre pays.

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