La dimension écologique, la notion introuvable

Nouvelle Charte de l’investissement

Karim Ben Amar

La nouvelle Charte de l’investissement et la nouvelle feuille de route du climat des affaires ont été présentées le 5 septembre 2023 aux représentants des corps diplomatiques accrédités, et des organisations internationales actives dans les domaines de la coopération et du développement.

Cette charte vise à soutenir les projets d’investissement répondant à des critères définis, à réduire les disparités entre les provinces et les préfectures du Royaume en matière d’attraction des investissements et à développer l’investissement dans les secteurs d’activité prioritaires. Notons que la nouvelle charte de l’investissement est composée de 42 articles et elle fixe neuf objectifs fondamentaux de l’État pour le développement et l’encouragement des investissements. Le volet écologique est depuis plus de 40 ans maintenant une nécessité, une condition sine qua none et un domaine non négociable dans tout genre d’investissement dans les pays du nord. Car à juste titre, sans  développement durable, aucun essor, ni croissance ni évolution ne sont possibles. Favoriser le profit à l’état de nos sols, au gaspillage de notre eau et de nos nappes phréatiques est un calcul perdant. Force est de constater que dans la charte d’investissement, la dimension écologique est aux abonnés absents.

Création de postes d’emploi stables; réduction des disparités entre les provinces et les préfectures du Royaume en matière d’attraction des investissements; orientation des investissements vers les activités prioritaires et les métiers d’avenir; renforcement de l’attractivité du Royaume dans l’objectif d’en faire un pôle régional et international d’investissements directs étrangers (IDE); encouragement des exportations et de l’implantation des entreprises marocaines au niveau international; encouragement de la substitution des importations par la production locale; réalisation des objectifs de développement durable; amélioration du climat des affaires;  et accroissement de la contribution de l’investissement privé national et international. Tout cela est bien beau sur le papier, mais sans prise en compte de la dimension écologique, tous les efforts consentis par les forces vives du Royaume sont vaines.

Le Maroc traverse l’une des pires sécheresses de ces trente dernières années. Il est donc logique que la commission des investissements qui confectionne la Charte d’investissement devait mettre l’écologie en tête des priorités. Sans grande surprise, la chefferie du gouvernement a validé cette Charte. Connaissant l’intérêt que porte ce gouvernement d’affairistes à l’écologie, à la préservation de notre ressource hydrique et de nos sols, le développement durable n’a jamais été une priorité pour l’Exécutif. Cette charte le démontre parfaitement. 

Cette charte de l’investissement avance vouloir rompre avec la précédente qui visait essentiellement à soulager la pression fiscale, et se veut plus stratégique à travers un cadre transparent et intelligible à l’investisseur structuré autour de trois axes : Quatre dispositifs de soutien à l’investissement en instaurant un système de soutien complet à travers 4 dispositifs; Amélioration du climat des affaires en prévoyant 7 chantiers prioritaires (Simplification des procédures et déconcentration administrative – Facilitation de l’accès au foncier – Renforcement de la compétitivité logistique – Facilitation de l’accès à l’énergie verte – Mise en place d’offres de formation adaptées – Promotion des activités de R&D et d’accès aux nouvelles technologies – Diversification des modes de financement). Gouvernance unifiée autour du Chef du gouvernement et territorialisée de l’investissement (Département dédié à l’investissement – CRI guichets uniques – Commission nationale de l’investissement). Cette charte de l’investissement se veut réformer «la politique de l’État en matière de développement et de promotion de l’investissement, en vue de l’adapter aux exigences du nouveau modèle de développement et aux profondes mutations institutionnelles, économiques, sociales, environnementales et technologiques qui s’opèrent à l’échelle nationale et internationale».

La Charte d’investissement a donc aussi et surtout pour but d’encourager les IDE. Pour attirer les investisseurs étrangers, le gouvernement est prêt à jeter en pâture le pont écologique qui est au final essentiel pour l’épanouissement de toute Nation.  De plus, le Maroc, sous la Vision Éclairée de SM le Roi Mohammed VI, a toujours œuvré pour le rayonnement du volet écologique au Maroc. D’ailleurs, en juin 1992, alors Prince Hériter, Sidi Mohammed lors de la conférences des Nations Unies sur l’environnement et le développement avait prononcé en espagnol un discours entrainant défendant le climat et l’environnement. De plus, le Maroc est historiquement l’un des pays les plus proactifs du Protocole de Kyoto et a donc développé une infrastructure institutionnelle plus solide que beaucoup de ses partenaires du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Sans omettre que la COP21 a été organisée du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech, prouvant l’engagement sans faille de SM le Roi en faveur de l’écologie et de la préservation de l’environnement.

Quant aux objectifs de la Charte, à savoir attirer les investisseurs étrangers ;  dévoilant tout de même un chiffre alarmant. Le Maroc a enregistré un flux net des investissements directs étrangers (IDE) s’élevant à près de 8 milliards de dirhams (MMDH) au cours des onze premiers mois de l’année 2023, marquant ainsi une diminution significative de 66,7% par rapport à la même période l’année précédente, selon les données récentes de l’Office des changes.

Donc appelons un chat, un chat, cette Charte ne répond en rien aux véritables attentes de notre Nation. Pire que cela, en négligeant le volet écologique, ce gouvernement qui a validé la Charte prouve une fois de plus qu’il est en dehors des clous de la réalité du pays qu’il est censé gouverner. Alors que le pays s’engouffre dans une sécheresse sans précédent, ce gouvernement persiste et signe en aggravant  le gaspillage, et la surexploitation de la nappe phréatique au grand bonheur des grandes exploitations et des grands producteurs agricoles qui font leur beurre sur le dos des petits agriculteurs qui depuis l’arrivée de ce gouvernement sont à l’amende et traversent une crise qui s’envenime jour après jour.

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