Les augmentations salariales soumises à des réformes à la va-vite !

Dialogue social : l’UMT sonne l’alarme

Mohamed Khalil

A une semaine du défilé traditionnel des travailleurs, à l’occasion de la Fête du Travail, la situation sociale demeure inquiétante. Le gouvernement qui a promis d’honorer ses engagements sociaux par une augmentation conséquente des salaires, tant dans le public que dans le privé, semble changer d’avis et vouloir user de chantage, en liant ces améliorations salariales à la réalisation de certaines réformes dont les centrales syndicales refusent la philosophie et le contenu.

A raison, les syndicats affirment que la cherté de la vie et l’inflation galopante que le Maroc connait, surtout depuis le COVID, doivent pousser l’Exécutif à décréter une amélioration générale et substantielle des salaires. D’ailleurs bien des observateurs objectifs estiment que le Maroc doit réagir positivement – sous peine de risques de convulsions sociales – aux revendications syndicales en matière de hausse des salaires (surtout le SMIG) et de baisse des impôts notamment pour les plus bas revenus ainsi que pour les couches moyennes.

Mais, contrairement à ses déclarations mielleuses, le gouvernement ne fait que tergiverser et manipuler pour faire passer, en catimini et sous conditions, deux de ses fameux projets, d’ailleurs vieux de quelques décennies et réchauffés à chaque occasion, qu’aucun Exécutif n’a pu mettre à jour car ils consacrent la part belle au patronat  sans de réelles avancées sociales.

Aussi, seul syndicat à avoir réagi au « chantage » gouvernemental, l’Union marocaine du travail (UMT) a rendu public, dimanche dernier, un communiqué sanctionnant une réunion urgente de sa direction pour répondre à la manœuvre du gouvernement.

Court, mais excessivement explicite, ledit communiqué critique ouvertement l’attitude du gouvernement qui garde le silence sur ses intentions, en matière salariale, mais avance lier d’éventuelles augmentations à la nécessite d’accepter les réformes telles qu’elles sont préconisées par le pouvoir exécutif.

En langage plus clair, le gouvernement exige des syndicats d’épouser la vision  patronale pour prétendre à une valorisation améliorée des salaires.

Et pour cause, l’UMT affirme que, valeur de dimanche dernier, aucune proposition d’augmentation des salaires n’a été avancée par le gouvernement lors des dernières réunions tripartites (gouvernement, centrales syndicales et patronat).

C’est dire et anticiper la manœuvre … Or, depuis bien longtemps, l’UMT et d’autres syndicats appellent à un relèvement substantiel des salaires, par une hausse conséquente qui prend en considération le coût de la vie, avec des flambées sans précédent des prix des produits de première nécessité et de tous les produits de consommation et des services. A cela, comme le souligne le communiqué de l’UMT, il y a l’autre volet concernant la baisse des impôts sur le revenu, entre autres, qui pourra fortifier les salaires.

A ces deux propositions, la centrale d’El Miloudi El Moukharek affirme que le gouvernement ne donne aucune réponse précise, se contentant de promettre un round positif de l’actuel dialogue social.

Le gouvernement semble ainsi vouloir monnayer une éventuelle augmentation des salaires par l’acceptation, par les syndicats, de deux projets de réformes intéressant au plus haut degré le mouvement syndical au Maroc et son devenir. Il s’agit de la réforme des caisses de retraite et du Code du travail, notamment le droit de grève. Des textes dont l’UMT affirme ne pas en avoir pris connaissance, à ce jour, et donc qui sont toujours entre les mains du gouvernement.

Cela trahit la démarche du gouvernement qui joue sur le temps pour faire passer à la va-vite les deux projets en tentant une opération qui vise surtout à « soudoyer » qu’à rendre justice.

 S’agissant du premier volet, le gouvernement semble privilégier une augmentation de la part salariale en demandant des sacrifices aux travailleurs qui… déjà ne cessent pas de réclamer une hausse des salaires. Aussi, au vu des structures salariales au Maroc, c’est le patronat qui doit faire plus de gestes et non les salariés déjà lourdement sanctionnés par de maigres salaires et des impôts inéquitables.

Concernant le droit de grève, le gouvernement veut suivre la CGEM qui tente d’imiter l’évolution des législations occidentales en encadrant drastiquement le droit de grève et en instaurant une flexibilité à outrance et sans contrôle. Déjà que, aujourd’hui, toute grève liée au respect du droit du travail est considérée comme une « grève sauvage » qui réclame, selon la pratique patronale, « un licenciement légal »…

Que dire déjà, quand le Code du travail en vigueur actuellement au Maroc, n’est pas respecté par le gouvernement ni par le patronat qui aspire à réaliser les plus grandes values sans contrepartie salariale ou sociale.

Que dire également si demain le gouvernement accepterait sans coup férir les propositions gourmandes de la CGEM, formulées depuis belle lurette, qui veut comme la majorité gouvernementale, le beurre et l’argent du beurre ou, au meilleur scénario, donner d’une main ce que l’on reprend de l’autre…voire pire.

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