L’Exécutif instaure des mesures bateau

Restriction de la consommation d’eau

Karim Ben Amar

Les pénuries d’eaux auxquelles fait face le Maroc sont alarmantes, alors que les annonces et décisions du gouvernement se suivent, se ressemblent et ne convainquent personne. Pour faire face aux effets du stress hydrique, l’Exécutif a une fois de plus sorti sa « baguette magique » pour pondre une solution : imposer des mesures draconiennes aux Hammams traditionnels et aux stations de lavage de véhicules. Mesures spectaculaires certes, mais loin d’avoir un quelconque impact sur la situation hydrique dans notre pays. Tour d’horizon.

 L’issue dégotée par le gouvernement, comme les précédentes d’ailleurs, ne profitent aucunement aux citoyens, bien au contraire, elle les pénalise.

En somme, les mesures draconiennes s’appliquent aux secteurs qui consomment le moins d’eau, à savoir les foyers et les commerces. La parade gouvernementale dénichée pour surmonter la pénurie d’eau est la fermeture obligatoire des hammams, classiques et modernes, des stations de lavage de véhicules pendant trois jours : lundi, mardi et mercredi. Aussi, la mise en place de compteurs au niveau des puits et de toutes les sources qui approvisionnent les hammams en eau en prenant toutes les mesures nécessaires pour une rationalisation et une économie des eaux souterraine. S’ajoute à cela, l’interdiction de recourir à d’autres ressources hydriques pour approvisionner les hammams ou les stations de lavage de véhicules. Et pour couronner « la mesure phare », le gouvernement exige la déposition par les propriétaires des hammams et des stations de lavage de véhicules de rapports mensuels sur leur consommation en eau. Ceci dit, il serait judicieux de signaler que ces mesures ne résoudront pas la pénurie d’eau que vit le Maroc. Les hammams, les stations de lavage et encore moins les foyers ne sont pas les grands consommateurs de l’or bleu et ne sont pas par conséquent la cause de sa pénurie.

Mesure après mesure, le gouvernement démontre qu’il ne croit qu’en sa propre ruse. Mais il se trouve que l’arbre ne peut cacher la forêt. Et comme, depuis son avènement, l’Exécutif n’a pas aptitude à prendre le taureau par les cornes, voilà qu’il tente de nous faire somnoler.

Servant des balivernes à tout va depuis qu’il est aux commandes, le gouvernement d’Akhannouch veut par tous les moyens nous faire croire que les causes de la pénurie d’eau sont les foyers et les commerces.

Mauvaise foi quand tu nous tiens ! L’instigateur du flop nommé « Plan Maroc Vert », et qui était avant d’accéder à la chefferie du gouvernement, indéboulonnable ministre de l’Agriculture durant 14 ans, n’assume pas ses erreurs stratégiques et ses mauvais choix qui ont fait que le panier de la ménagère a triplé. Sans parler des fruits qui sont devenus un luxe, même pour le cadre.   

Voulant à tout prix nous faire gober la pilule, ce gouvernement mal-aimé, composé essentiellement d’affairistes, se souci plus pour son intérêt et celui de ses membres, que le bien-être du citoyen. Preuve en est qu’il ne blâme pas les véritables gaspilleurs qui sont les grands agriculteurs et les industriels. Au lieu de cela, l’Exécutif pointe les citoyens du doigt et les pénalise plus qu’ils ne le sont déjà.

Et puisque le gouvernement d’Akhannouch fait la sourde oreille, rappelons les chiffres qui confondent l’Exécutif. L’Administration publique, l’Éducation et la Santé consomment 5% du volume, le BTP est lui à 2%, les commerces ne dépassent guère la barre des 1%, idem pour les hôtels et restaurants. Notons cependant, qu’hormis le secteur de l’agriculture, tous les autres secteurs consomment 3% du volume. Pénaliser les commerces et les citoyens équivaut donc à se payer nos têtes.  

La part du lion est décernée sans surprise à l’Agriculture qui engloutit pas moins de 87% du volume de l’eau.  Le Maroc, bien que confronté à une sécheresse qui dure depuis plus de 6 ans, se permet le luxe d’opter pour des cultures aquavores.  Cultivant l’avocat, la fraise, la pastèque, la carottes, le maïs, les agrumes, la betterave à sucre et la canne à sucre, le moindre que l’on puisse dire et que sur le papier l’instigateur de flop nommée « Plan Maroc Vert » recyclé en « Generation Green » est en dehors des clous de la réalité du pays qu’il est censé gouverner. Au lieu d’interdire ces cultures aquavores, le gouvernement d’Akhannouch, favorisant l’exportation, les encourage. Mais pourquoi donc ? On se le demande.

Quant à l’industrie, elle a aussi sa part de responsabilité dans le gaspillage de la ressource thermale. Consommant tous secteurs confondus, pas moins de 1088 Mds de m3, dont 81% constitués provenant de la mer, 14% des ressources superficielles, 4% potable et 1% d’origine souterraine.

Soulignons que la fabrication d’une bouteille en plastique consomme plus d’eau qu’une consommation domestique journalière, sachant que la consommation moyenne d’un ménage marocain est en deçà de la moyenne mondiale.  Dans ce même sillage, la production d’un litre de  boisson gazeuse nécessite pas moins de 70 litres d’eau ce qui s’avère énorme notamment dans le cadre d’une conjoncture économique marquée par une sécheresse sévère. Ainsi, la question qui s’impose : de qui se moque-t-on ?

Dessalement

Il est grand temps d’endiguer le véritable gâchis de l’or bleu, de stopper les cultures aquavores, de pénaliser les industries qui usent à outrance la ressource thermale et surtout d’investir dans les stations de dessalement d’eau. Certes, investir dans un projet de dessalement d’eau est très coûteux, c’est ainsi que les grandes entreprises industrielles notamment dont l’activité concerne la production des bouteilles d’eau et boissons gazeuses n’osent pas un tel investissement. Mais aussi,  les opérateurs de polissage de marbre, de BTP, du textile, et de sociétés de distribution…Normalement, ces acteurs industriels doivent impérativement participer eux-aussi à la construction de stations de dessalement au vu des bénéfices qu’ils réalisent en vendant ou utilisant cette ressource, d’autant plus qu’au Maroc, il est malencontreux de relever que les sociétés grandes consommatrices d’eau dans notre pays, tirent toujours leurs épingles du jeu, et ne sont aucunement impactées par les restrictions en vigueur.

Alors qu’il est censé trouver des solutions et soutenir les citoyens, le gouvernement continue à faire la sourde-oreille en préférant vivre les deux ans et demi de mandat restant dans l’indifférence des difficultés du Marocain.

Enfin, il ne manque pas de préciser qu’une impression de déjà-vu se manifeste ; début 2026, cette coalition qui fait voir aux citoyens des vertes et des pas mûres, fera tomber le costard et ira « quémander » les voix en avançant que le citoyen mérite mieux… À nous de nous souvenir que c’est sous ce gouvernement d’affairistes que même l’accès à l’eau, pour les particuliers, s’est érigé en luxe.

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