« L’intelligence artificielle est un élément fondamental »

Entretien avec l’ambassadeur du Maroc auprès de l’UNESCO, Samir Addahre

DNES à Rabat, Karim Ben Amar

Les travaux du 1er Forum de Haut Niveau sur l’Intelligence Artificielle se sont déroulés du lundi 3 au mercredi 5 juin à Rabat, au campus de l’Université Mohammed VI Polytechnique, sous le thème « L’intelligence artificielle comme levier de développement en Afrique ». Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ce conclave international de trois jours est initié par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à travers son Centre International d’Intelligence Artificielle du Maroc « AI Movement », en partenariat avec l’UNESCO. La participation des représentants de plus de 30 pays, dont une quinzaine de pays africains, vise à poser les jalons d’une stratégie africaine dédiée à l’IA. Cet évènement rassemble des leaders mondiaux, des experts en technologie, des représentants de la société civile et des décideurs politiques pour discuter des dernières avancées en matière d’IA au Maroc et dans le reste de l’Afrique. Cet événement était l’occasion pour l’équipe d’Al Bayane de s’entretenir avec l’ambassadeur du Maroc auprès de l’UNESCO, Samir Addahre.

Al Bayane : Pouvez-vous nous en dire plus sur les travaux de ce Forum ?

Samir Addahre :C’est un événement unique en son genre, dans la mesure où il nous fait contribuer à clarifier un certain nombre de fantasmes concernant l’intelligence artificielle. Le Maroc a d’ailleurs été fortement impliqué dans toute la réflexion sur l’éthique de l’intelligence artificielle qui a été adoptée par 193 États membres en 2021. Aujourd’hui, c’est une réflexion nécessaire, un débat nécessaire par rapport à la projection africaine. Je félicite d’ailleurs AI Mouvement et l’université UM6P qui traduisent bien sûr la vision stratégique de Sa Majesté par rapport aux projections de ce que pourrait être l’avenir, en partant évidemment de la réflexion sur l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle est une réalité. Il faut bien se le dire, nous étions pour certains, dans le déni. Aujourd’hui, nous sommes dans une véritable prise de conscience de l’importance stratégique de l’intelligence artificielle. Comment allons-nous l’appréhender sur le continent africain, en tenant compte de nos réalités, de nos contraintes, de nos difficultés, et également avoir à l’esprit que c’est un levier de géopolitique international qui est extrêmement important et par rapport auquel le Maroc et l’Afrique, plus généralement, doivent pouvoir se positionner en essayant de trouver les meilleures solutions pour interagir avec cette inégalité qui est criante. Le développement de l’intelligence artificielle aujourd’hui est le fruit de développements entre les États-Unis et la Chine pour 90 %. Nous restons des consommateurs de l’intelligence artificielle et vous savez qu’il y a plusieurs degrés au niveau de la maturation de l’intelligence artificielle. Évidemment, il y a la compréhension, il y a la maîtrise, il y a la contextualisation et il y a évidemment la création de l’intelligence artificielle qui est le niveau suprême du développement de l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, l’Afrique peut se positionner sur les deux premiers niveaux, à savoir l’utilisation et la compréhension. Donc, à charge pour nous de mettre en place des écosystèmes qui puissent nous permettre justement d’élever le niveau, d’éduquer à l’intelligence artificielle et surtout de préparer les générations à venir, à prendre en charge cette nouvelle dimension des relations internationales et du progrès du développement dans notre pays et dans le continent africain. L’intelligence artificielle peut être d’un superbe apport en termes d’accélération des processus de développement. Mais évidemment, comme vous l’avez entendu précédemment, il faut faire attention à son application parce que ce n’est pas la technologie qui est un problème, c’est l’application de la technologie qui peut poser problème. L’intelligence artificielle ne crée pas, elle génère et elle limite. Donc à charge pour nous en tant qu’êtres humains, d’essayer de mettre justement les garde-fous pour nous permettre d’avoir un développement inclusif, harmonieux et responsable de l’intelligence artificielle. Et c’est tout le sens aujourd’hui de ce type d’événement.

Les enjeux sont certes cruciaux, mais les obstacles sont-ils nombreux ?

Les obstacles sont nombreux, évidemment, parce que nous manquons d’infrastructures. Il faut décréter l’intelligence artificielle comme une priorité nationale, pas uniquement au Maroc, mais dans d’autres pays. Bien sûr, il y a des pays africains qui sont beaucoup plus engagés à divers niveaux, et le Maroc en fait partie. Nous sommes à l’avant-garde aujourd’hui de la réflexion et de la prise en charge de la réflexion sur l’intelligence artificielle comme levier de progrès, d’évolution, de croissance, notamment économique. L’intelligence artificielle intervient dans plusieurs secteurs, dans plusieurs domaines et donc il va falloir que nous puissions trouver les moyens éducatifs, infrastructure, financement, recherche développement, pour créer des écosystèmes qui vont nous permettre d’abord de faire en sorte que nos talents restent dans nos pays et restent sur le continent. Et il faut aussi attirer les compétences qui ont des expériences. Nous parlons de laSiliconValley, et bien nous avons beaucoup de Marocains qui travaillent à la SiliconValley et énormément d’Africains aussi de divers pays du continent qui travaillent à la SiliconValley. Ces compétences peuvent également contribuer à cette recherche développement et nous faire passer un cap sur la question de l’intelligence artificielle.

Pouvons-nous affirmer que le développement du Maroc et de l’Afrique passe inéluctablement par l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle est un élément fondamental. C’est le sens de l’histoire. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est là, on ne l’arrêtera pas, elle se développe avec nous ou sans nous, donc autant que ce soit avec nous. C’est ça le plus important et c’est le message que je souhaiterais aujourd’hui délivrer dans le cadre de ce forum.

Beaucoup de signatures de conventions se sont déroulées au cours de ce Forum, Qu’est-ce que ça marque ?

On a beaucoup travaillé, notamment avec le AI Mouvement et l’UM6P dans le cadre du partenariat qui lie le Maroc à l’université, au mouvement, mais plus largement à l’OCP. C’est le fruit de la vision de Sa Majesté. Nous avons aujourd’hui un centre d’excellence qui est labellisé UNESCO et c’est le premier en Afrique. Nous en sommes très fiers. Il est à projection africaine, c’est-à-dire qui va pouvoir contribuer à enseigner, à enrichir toutes les questions liées à l’intelligence artificielle, et cela au profit notamment de la jeunesse et des chercheurs africains. C’est la contribution, en tout cas pour ce qui est du domaine de l’UNESCO et du mandat de l’UNESCO, à la priorité « Afrique », parce que l’Afrique est l’une des deux priorités avec le « Genre ». Donc la priorité « Afrique », le Maroc y contribue fortement et je pense qu’à travers ce centre d’excellence, le Maroc, concrètement, est là pour dire à l’ensemble du continent africain, que nous sommes là, que nous vous accompagnons et que les jeunes peuvent compter sur le Maroc. Nous sommes à l’UM6P aujourd’hui, énormément de jeunes Africains étudient dans cette université d’excellence et donc ça concrétise quelque part, et c’est totalement cohérent avec notre vision et avec la vision éclairée de Sa Majesté.

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