Covid-19: La valeur du capitalisme «altérée» dans les marchés émergents

Karim El Aynaoui, président du Policy Center for the New South (PCNS)

La valeur du capitalisme a été «altérée» dans les marchés émergents et les populations réclament un modèle différent, plus juste et plus équitable, a estimé le président du Policy Center for the New South (PCNS), Karim El Aynaoui.

«Beaucoup s’interrogent sur la capacité des sociétés capitalistes à relever les défis posés par la crise sanitaire actuelle», a fait observer M. El Aynaoui dans une analyse présentée à l’occasion d’une session en visioconférence du «Brussels Forum» sur le capitalisme et la crise du coronavirus, initiée par le «German Marshall Fund of the United States» (GMF).

De son point de vue, le système actuel constitue pour certains une «menace» pour la santé physique des populations puisqu’il laisse des millions de travailleurs vulnérables en raison des inégalités croissantes, soulignant que le système est jugé dans ce cas à la fois «inefficace» et «immoral».  «Si vous prenez une perspective à long terme de l’histoire, le capitalisme, une économie de marché, a été remis en question non seulement du point de vue de l’efficacité mais aussi par des populations qui demandent autre chose ou quelque chose qu’elles perçoivent comme étant plus juste et plus équitable, etc», a-t-il fait savoir, constatant que «la substance de l’économie de marché et ce qu’elle implique en termes de contrat social dans la société est remise en question et n’est plus efficace».

A ses yeux, la pandémie a révélé les «failles» des puissances économiques, tels que les États-Unis et l’Europe, tandis que d’autres commencent à favoriser le multilatéralisme et le commerce.  Quant à l’Afrique, M. El Aynaoui, ancien économiste de la Banque Mondiale, a rappelé qu’elle mettra en place la zone de libre-échange continentale africaine (ACFTA), exprimant par là même ses inquiétudes -dans les circonstances actuelles- quant aux possibles conséquences des rivalités du pouvoir sur le continent africain.

«Il est nécessaire que les dirigeants africains jettent les bases d’une alliance forte pour promouvoir une moyenne de 5 à 6% de croissance au cours des 30 à 40 prochaines années», a-t-il insisté, notant que le capitalisme évolue, mais ne disparaîtra pas. «Le capitalisme durera, même si l’on s’attend à ce qu’il subisse plusieurs changements pour s’adapter au contexte et aux besoins actuels», a-t-il reconnu.

L’Afrique est une source fantastique de valeur, a-t-il encore fait observer, soulignant que si l’on veut que cette planète «survive» de manière «raisonnable», le continent africain devra sortir de millions de personnes de la pauvreté. Évoquant également les questions liées à la coopération, M. El Aynaoui a jugé que cette dernière est fondamentale si «nous voulons améliorer notre position et notre situation dans les années à venir».

Pour sa part, Karolina Ekholm, professeur au département d’économie de l’université de Stockholm, a fait remarquer qu’avec «la tendance de l’adoption des mesures protectionnistes, il y a eu peu de conséquences sur la mondialisation, avant même que la crise du coronavirus ne frappe la politique commerciale américaine, et bien sûr en Europe avec le Brexit».

Ce débat, organisé depuis la crise financière de 2008, a remis en question la mondialisation et l’a liée à l’impact amplifié de cette dernière crise, a-t-elle assuré, signalant que dans ce cas précis, la pandémie a accéléré les conséquences sur la mondialisation et pose des questions sur son «efficacité».

(MAP)

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