Mohamed Gallaoui est spécialiste en critique de cinéma. Il a été président de l’Association des Critiques de Cinéma au Maroc, et membre puis président de la commission du Fonds d’aide à la production cinématographique nationale.
En fait, ce qui se passe à l’heure actuelle, c’est que le champ cinématographique dans son ensemble reste tributaire des subventions de l’Etat puisqu’on n’a pas développé un secteur privé de la production, ce qui fait que le secteur est varié entre le bon et le mauvais.
Entre un niveau de production annuelle de films qui avoisinent les 25 films par an. Et en même temps, généralement, d’après ce qu’on peut constater, une certaine diminution de la qualité concernant certains films – ce qui ne veut pas dire qu’on n’a pas réussi à construire un début, malheureusement -, nous restons toujours dans les débuts de l’épanouissement du cinéma si on se compare avec le reste du monde arabe, tout au moins.
Le seul grand problème au Maroc, c’est qu’on a pas bien défini la stratégie pour la création d’une industrie réellement cinématographique, et que cela nourrit un petit peu les tendances vers un certain opportunisme de la part de certains personnes qui veulent juste réaliser un film sans penser à avoir une idée qui conforte sa vision de la réalité.
Aussi, notre problème avec notre cinéma ou notre cinéma avec nous, réside dans l’inconscience de la réalité qui veut que le cinéma ne peut exister que lorsqu’il y a des salles de cinéma. Or, le parc cinématographique, comme vous le savez, est en train de se restreindre de plus en plus et ce, pour différentes raisons dont la principale, et qui revient toujours, à savoir : Internet, les médias, le DVD … Et la vérité concernant ce constat n’est pas ailleurs, mais juste à nos côtés, en ce sens que la politique de l’Etat n’a pas réussi à pérenniser cette structure des salles de cinéma parce qu’il y a des courants idéologiques qui ont joué en défaveur du cinéma et de l’image de façon générale. C’est regrettable ! Toutefois, ce qui est intéressant à souligner, c’est que si on n’a pas réussi réellement à créer des œuvres cinématographiques au sens propre du terme, nous avons quand même pu atteindre un niveau assez important concernant les acteurs.
Nous avons maintenant un certain nombre d’acteurs qui peuvent être comparables à ce que nous connaissons dans le cinéma mondial, à condition qu’ils soient tout le temps encadrés et toujours au travail, parce que malheureusement, certains acteurs ne travaillent pas toujours, ce qui fait qu’au lieu de s’occuper de leurs outils de travail dont font objet leurs corps et leurs voix, on les voit traîner dans des conditions qui les rendent incapables d’assumer leur métier.
Mohamed Nait Youssef