«Yennayer 2971», une tradition ancestrale, une reconnaissance attendue !

Mohamed Nait Youssef

«Id Yennayer» est une tradition ancestrale remontant à plusieurs siècles. Sa célébration a une portée symbolique et historique vu ses significations sur le plan culturel et civilisationnel.

«Ce qui est inexplicable, c’est ce refus des institutions concernées de reconnaitre ce jour inscrivant dans l’achèvement des étapes de la reconnaissance de la langue et la culture amazighes sachant que la langue amazighe est la langue officielle du pays. Or, les revendications et les protestations des différentes composantes du mouvement amazigh dans ce cadre tombent dans l’oreille d’un sourd », a affirmé Abdellah Badou, président du réseau Amazigh pour la Citoyenneté (Azetta Amazigh).

Pour Badou, il faut également mettre le point sur le retard de la mise en œuvre de la Constitution en ce qui concerne l’amazighe. «Il a fallu 10 ans pour préparer la loi organique. Jusqu’à présent, aucun secteur gouvernemental n’a communiqué son plan sectoriel pour la mise en œuvre des dispositions et des engagements de l’Etat concernant la loi organique. Ce qui invite à se poser la question sur la relation de l’Etat avec l’amazighe. », a-t-il ajouté.

La revendication de ce jour comme fête nationale, précise Badou, est une revendication « secondaire » par rapport aux revendications qui sont des engagements stipulés dans la loi organique relative à la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe.

Pour M’hamed Sallou, directeur du CEALPA à l’IRCAM, ce 13 janvier est une célébration très ancienne  liée aux traditions et mœurs, célébrée par tous les  marocains. « C’est une fête qui nous rappelle notre attachement à la terre, à l’identité et aux valeurs ancestrales. Et puisque la constitution a mis en valeur la culture et la langue amazighes, il faudrait achever son processus  en reconnaissant «Yennayer», porteur des valeurs de citoyenneté, de l’amour et de l’attachement à l’identité et à la patrie, comme fête nationale ».

Des célébrations à distance…

Un contexte mondial difficile marqué par la crise sanitaire où les peuples et nations se sont enfermés sur eux-mêmes. En effet, cette atmosphère d’enfermement et d’isolement n’ empêchera les amazighs d’ici et d’ailleurs de fêter à distance le nouvel An amazigh. Les temps changent, les supports de transmission aussi.

Comme à l’accoutumée, l’Organisation Tamaynut organise une programmation dans ses 26 sections selon la spécificité de chaque région. «Dans le bureau fédéral de l’organisation on a essayé de soutenir la revendication de la reconnaissance de «Yennayer» comme jour férié. En outre, il y a des avancées en matière de l’amazighe, à savoir les lois organiques qui ont été approuvées ainsi que le conseil national des langues », a rappelé Abdellah Sabri, président de l’Organisation. Selon ses dires, aujourd’hui, « la reconnaissance de ce jour dont la portée symbolique et historique sera un ‘’acquis pour notre culture sachant que d’autres pays malgré leur  situation comme la Tunisie et la Libye préparent une reconnaissance de ce jour comme fête nationale ».

Quant au Réseau Amazigh pour la Citoyenneté (Azetta Amazigh), il prépare une festivité symbolique tout en respectant  les mesures sanitaires, nous confie Abdellah Badou. Pour fêter cette tradition dans la joie et l’allégresse, une soirée artistique à distance, et qui  sera diffusée sur les réseaux sociaux, verra la participation d’une panoplie d’artistes amazighs.

Lors de Cette célébration, a-t-il ajouté, la parole sera donnée aux acteurs amazighs pour mettre la lumière sur certains secteurs qui ont été touchés par la Covid-19 dont le secteur artistique où  les artistes amazighs  ont été profondément  impactés par l’arrêt des activités culturelles et artistiques.

Cette année, il y aura des festivités mais au niveau virtuel. Au-delà des frontières, la bibliothèque des littératures étrangères à Moscow fête le 13 janvier «Id Yennayer» auquel le chercheur et acteur amazigh M’hamed Sallou pendra part à distance. «Les conditions sanitaires n’ont pas empêché les gens de célébrer cet événement sur les réseaux sociaux et les différentes plateformes digitales. », a-t-il souligné.

2970… une année blanche pour la scène artistique amazighe

La pandémie de Corona virus a impacté le secteur culturel et artistique dans les quatre coins du monde. En effet, les artistes et créateurs amazighs ont été fragilisés par la crise. «Cette année a été catastrophique pour le milieu artistique. En outre, les artistes amazighs vivant  dans une situation difficile ont été touchés de plein fouet », a rappelé M’hamed Sallou qui est également directeur du Centre des études artistiques et des expériences littéraires et de la production audiovisuelle (CEAELPA).  Et d’ajouter : «l’IRCAM a essayé de venir en aide aux artistes. Cette année on a rendu hommage aux 9 poètes et créateurs amazighs pour atténuer un peu cette crise.» 

Pour Sallou, on peut considérer cette année comme année blanche vu la situation sanitaire actuelle. Car des festivals et manifestions artistiques ont été annulés, des salles et des espaces culturels ont été fermés jusqu’à  nouvel ordre. 

«On organise  des événements qui  ont été annelés ou reportés comme la journée mondiale de la musique. », a-t-il expliqué. Il est à rappeler que le nombre des publications a augmenté en 2020 (18 titres) par rapport à 2019 (15 titres).

L’amazighe dans le nouveau modèle de développement

Un débat d’actualité! Le nouveau modèle de développement occupe une place importante dans les milieux politiques, associatifs et institutionnels. Certes, remettre aujourd’hui l’humain au cœur du développement est désormais une nécessité. Ainsi, qui dit l’humain, dit sa culture, son identité et ses valeurs immatérielles. Où en sommes-nous alors de l’amazighe ? 

En effet, Abdellah Badou, président de Azetta Amazigh, considère la culture comme l’un des axes principaux de chaque projet de développement. «La composante culturelle est un moyen majeur dans le développement. D’où en effet le débat  qui  a été lancé dernièrement par Azetta en partenariat avec la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement (CSNMD). La culture amazighe qui est millénaire, riche sur tous les niveaux (culturel et civilisationnel) peut être un atout pour promouvoir et développer plusieurs régions du Maroc. », a-t-il affirmé. Selon lui, il est bien temps de valoriser ce patrimoine immatériel. «Nous espérons que la CSNMD accordera  plus de place à cette composante de notre identité nationale », a-t-il rappelé.  

Pour Brahim El Mazned, membre de la Banque d’expertise UE/UNESCO, la composante amazighe  est essentielle et majeure qui est très attachée à cette terre. Cette mine culturelle extraordinaire que ça soit dans son aspect culinaire, musical, artisanal peut être un moteur dans le développement du Maroc et développer la fierté d’appartenir à un pays qui est le Maroc avec toutes ses autres composantes, à  savoir sahraouie, juive, a-t-il souligné.

Abdellah Sabri, président de l’Organisation Tamaynut, n’y va pas par quatre chemins. D’après lui, la culture et les langues locales doivent être au cœur du nouveau modèle de développement. «La langue et la culture sont les clés de chaque développement souhaité. Il faut le rappeler, les grands plans de développements qui ont soi-disant échoué ont négligé l’approche linguistique participative. Or, il faut qu’il y ai une volonté politique pour la mise en œuvre de l’amazighe.», a-t-il souligné.

Quant à M’hamed Sallou, directeur du CEALPA, a indiqué que l’IRCAM a présenté sa vision sur la place de l’amazighe et le rôle qu’elle peut jouer dans le développement. «Les outils immatériels entre autres, la culture, les traditions, l’art et autres  peuvent  être  un levier important  dans le développement et la prospérité », a-t-il fait savoir.

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