Quid du respect des mesures de sécurité sanitaire?

Aïd Al Adha à Tanger

Karim Ben Amar

La célébration de l’Aïd Al Adha s’est déroulée dans un contexte inédit. En pleine pandémie mondiale liée au nouveau coronavirus covid-19, «la fête du mouton» a connu bien des changements cette année. Le respect des mesures de sécurité sanitaire était au centre de toutes les préoccupations. À Tanger, à l’instar de tous les recoins du pays, les autorités étaient sur le pied de guerre durant ce long week-end de fête. Ville dont les cas positifs à la covid-19 sont constamment en hausse, les autorités compétentes déployées à Tanger, ont fait respecter à la lettre les consignes de l’état d’urgence sanitaire, du moins, dans le centre-ville. Mais que s’est-il vraiment passé durant la fête ? Les tangérois se sont-ils pliés aux mesures de sécurité sanitaire en vigueur ? Les braséros ont-ils réellement disparu? Les commerces ont-ils fermé ? Tour d’horizon.

Respect des consignes de sécurité, rigueur et vigilance, telles étaient les attentes des autorités compétentes déployées dans la perle du Détroit. Autant dire que la célébration de l’Aïd Al Adha ne s’est pas déroulée comme à l’accoutumée.

Les autorités de la ville ont dès le mercredi 29 août (soit deux jours avant l’Aïd) procédé à la fermeture du Souk du mouton situé à Sidi Driss, dans le quartier Bni Makada, l’un des principaux foyers de contamination de la ville, soumis à de fortes restrictions de circulation et depuis, inaccessible à toutes les personnes n’habitant pas le quartier.

La veille de l’Aïd a coïncidé cette année avec la fête du trône. Malgré ce jour de festivité, les habitants de la ville ne semblaient pas dûment se préparer aux célébrations du lendemain. D’après certains habitants, cela est dû au fait que les commerces ferment à 20H, alors que les tangérois ont pour habitude d’effectuer leurs emplettes jusqu’à tard dans la soirée. Aussi, hors temps de pandémie, les enfants se hâtent à rassembler le bois nécessaire au même titre que le tonneau pour pouvoir faire un braséro. Ce feu présent dans toutes les villes du royaume le jour de l’Aïd, et qui a pour utilité de faire braiser les têtes de mouton en vue du deuxième jour de célébration et du fameux «couscous à la tête».

Le jour de la fête du sacrifice, durant toute la matinée et le début de l’après-midi, la ville était quasi-déserte, les taxis aux abonnés absents. Mais voilà qu’une fois l’heure du déjeuner passée, la ville grouillait de monde. Grands et petits se promenaient dans les grandes artères de la ville.

À notre arrivée au cimetière de Charf, des jeunes adolescents mettaient au point leurs braséros, pourtant strictement interdit cette année, pandémie mondiale oblige. Lors de nos pérégrinations, nous nous sommes rendus à Dradeb. Dans ce quartier considéré comme populaire, les petites ruelles étaient bondées. Aucune mesure de sécurité n’est appliquée. Les rues pullulaient d’individus venus faire des courses. Boucher s’occupant de la découpe du mouton et fours traditionnel du méchoui, le quartier n’a désempli que très tard dans la soirée. Embrassades, des chaleureuses poignées de main, tapettes sur le dos étaient aussi au rendez-vous au grand dam des tangéroises et tangérois respectueux des consignes et désireux de reprendre une vie normale.

Vers les coups de 18H, sur le boulevard de Paris, les terrasses de cafés étaient pleines au même titre que l’artère. Un peu plus tard dans la soirée, nous avons constaté que dans le quartier Souk Dakhel, des cafés ayant pour instruction de ne pas ouvrir pendant le week-end de fête ont bravé l’interdit. Les habitués y jouaient au «partchi», jeu de dé très populaire dans le nord du royaume. Lumière tamisée, les véhicules des forces auxiliaires n’y voyaient que du feu. Durant ce week-end, ils ont joué littéralement au jeu du chat et de la souris.

Le lendemain, vers le chic quartier de Malabata, zone villa se trouvant en front de mer, nous avons aperçu des agents de police poursuivant de jeunes adolescents qui tentaient de se baigner dans un oued non loin de l’Hôtel Tarik. Un peu plus haut vers la plage Malabata, des dizaines de voitures étaient garées.

Néanmoins, tous ces contrevenants potentiels étaient sur le qui-vive, guettant le moindre véhicule pouvant appartenir aux autorités afin d’éviter de se faire sermonner.

Il en ressort par ailleurs, du constat fait tout au long de notre séjour dans la capitale du nord, que dans la majeure partie de la ville, les habitants se plient religieusement aux mesures de sécurité sanitaire. Une infime partie, pour la plupart des jeunes, bravent tous les interdits aux risques de se contaminer et de contaminer toute la famille.

À ce rythme-là, Tanger pourra vivre comme elle l’a toujours fait, à savoir paisiblement ? Ce n’est pas pour demain la veille!

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