Assoupissement !

Le Maroc est tel ce marcheur en pays montagneux. Chaque fois qu’il arrive à dépasser un relief, son horizon s’éloigne et montre un nouveau modelé morphologique qu’il faudrait, par monts et par vaux, parcourir.Les années vingt de ce siècle étant des dates assez proches pour constituer un horizon prospectif, l’émergence probable est repoussée vers 2030, au moment même où, pense-t-on,les classes des établissements scolaires pourraient être non encombrées. Encore que pour cela les conditions requises à cette émergence soient satisfaites.

Le «miracle éducatif» ne s’annonce pas pour le moment en cette rentrée où les ménages souffrent pour satisfaire aux besoins nécessaires à l’éducation de leur progéniture. Le calvaire est commun pour ceux qui fréquentent aussi bien les établissements du secteur public que ceux qui payent lourdement le privé, le croyant plus efficient et plus performant.

Les aménagements préconisés ne concernent pour l’instant que «la façade» alors que les problèmes de fond où se débattent l’enseignement et la formation ne sont guère en cours de résolution. Le ministre en charge de «l’Education nationale, de la Formation Professionnelle, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique» semble beaucoup plus inquiété par l’exactitude de sa locution en arabe, se faisant aider en cela par les Secrétaires d’état qui lui sont adjoints. Il fera des progrès certainement dans ce domaine alors que le niveau des élèves et des étudiants ne connaîtra pas d’amélioration significative tant que les entraves empêchant «le miracle» persisteront et «risquent de compromettre la mise en œuvre de la vision 2015-2030 pour garantir un enseignement de qualité pour tous» comme le souligne le rapport de la Cour des Comptes.

Le «capital social» reste peu captivant eu égard à la faiblesse de l’autonomisation des femmes et la déficience de leur inclusion économique avec égalité des droits et des avantages autant que celle des missions et des prérogatives. Le sens civique se dégrade au vu et au su de tout un chacun, et au grand jour. Les inégalités sociales se creusent et s’aggravent sans que les politiques publiques arrivent à juguler cette dérive. La violence s’exacerbe autant que la désespérance. Les normes et les repères s’effacent au même rythme que la confiance alors que l’application du droit et de la justice reste un vœu. La bigoterie, hypocrite ou profonde, laisse les affaires à la merci d’Allah, comme si la responsabilité n’est pas de nos valeurs fondamentales.

Les services publics se réduisent qualitativement et quantitativement comme une peau de chagrin. L’action régulatrice de l’Etat pour permettre aux défavorisés, aux pauvres et aux exclus du «système» de se maintenir dans la dignité s’érode. «Rien n’est gratuit, rien n’est bénévole, tout se paye» semble être la consigne. La tendance est lourde et semble revenir dans les conseils des institutions qui nous tiennent à l’œil pour garantir leur profit et de faire du «plus vieux état du monde et du plus beau pays de la planète» un bon élève. Certains parlent déjà de «souveraineté relative» comme si l’ingérence induite par la globalisation et le libéralisme sauvage est une donnée incontournable de la réalité économique internationale à laquelle il faudrait se préparer. Une «porosité assumée», «une ouverture lucide» pour élaborer les nouvelles frontières du domaine privé par rapport à l’Etat, celui qui préserve et promeut les acquis démocratiques des masses populaires.

Le modèle économique national, remis en question de temps à autre, mais sans qu’il soit l’objet d’une réforme déclarée, fonctionne dans l’attente de son assainissement selon le programme décennal établi par le Conseil de la Concurrence. Son président le déclare : «Qu’on ne s’attende pas donc, à partir des nouvelles compétences du Conseil, à voir l’économie marocaine s’assainir en quelques mois de toutes les dérives anti-concurrentielles des entreprises ainsi que de certaines pratiques de non neutralité concurrentielle de l’Etat à travers les marchés publics, les aides octroyées et autres autorisations et licences d’activité».

Par la tertiarisation de l’économie nationale et les transformations structurelles qui lui sont apportées depuis 2008, la croissance est, paraît-il, moins volatile et plus soutenue. Laissant de côté tout jugement présupposé et toute incompréhension statistique ou comptable, l’espoir est grand pour que cette croissance ne revienne pas à sa faiblesse et à son irrégularité.

Reste le politique qui semble s’assoupir dans un attentisme moribond. L’impression prégnante est celle attachée à ceux qui se sont réfugiés dans une grotte, croyant qu’ils sont éveillés alors qu’ils dorment. Dans l’attente, bien peu savent ce qu’il en est et ce qu’il en sera!

One Comment;

  1. Mokhtar Homman a dit:

    Si Mustapha. J’aimerai comprendre comment un tel flot de critiques pertinentes (hormis l’attaque personnelle du Ministre de l’Education, qui n’a pas lieu d’être ni dans un éditorial politique, ni dans la plume de tout démocrate, mais peut-être qu’au PPS les valeurs morales s’assouplissent aussi) est compatible avec le soutien du PPS à cette même politique, dont il est co-responsable depuis 2012. Il y aurait-il du Dr. Jekyll et Mr. Hyde au PPS ?

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