Bouchaib Lahrach : «Les joueurs de la Botola sont des champions de l’anti-jeu…»

L’arbitre, c’est le style, disait non pas le philosophe français, Blaise Pascal, mais Bouchaïb Lahrach, sacré meilleur homme au sifflet du championnat national de football pour l’année 2015. Né le 5 septembre 1972 dans une famille composée de neuf enfants (quatre garçons et cinq filles), le père du foyer qui avait le statut de commerçant a dû faire le déplacement de Berrechid à Casablanca pour saisir de nouvelles d’opportunités d’affaires.

Ayant grandi à Derb Mila, Bouchaib, à l’instar des enfants de son quartier, dès son jeune âge, fréquentait les stades de football. «J’avais une vocation pour le sifflet, alors que j’avais 13 ans à peine. Cela me procurait énormément de joie même si parfois, les rencontres se soldaient par des bagarres entres les deux équipes», note-t-il à Al Bayane. Pendant les week-ends, il préférait aller regarder les matchs qui mettaient aux prises les formations amatrices (Ittihad Sidi-Othman, Ithihad Arabi) sans omettre les clubs historiques de la métropole, en l’occurrence le Raja et le Wydad. «Cela a constitué pour moi un véritable moment d’apprentissage par excellence», ajoute-t-il. En plus, exercer le métier d’arbitre depuis son âge lui procurait une certaine autonomie financière par rapport à sa famille. «J’étais sollicité par la plupart des équipes des quartiers pour arbitrer des matchs. J’étais le genre de garçon qui ne comptait que sur soi-même. Les 70 DH que je percevais à la fin de chaque rencontre me permettaient de satisfaire mes besoins quotidiens», nous confie l’enfant de Berrechid. Une fois le baccalauréat en poche, notre interlocuteur va intégrer l’école d’arbitrage de la ligue de Casablanca sur insistance d’Ahmed Kandichi, à l’époque, professeur d’éducation physique et arbitre national. Son ami d’enfance, Bendaoud Redouane, y sera également pour quelque chose, car c’est lui qui l’encourage à opter pour un tel choix. En parallèle, notre interlocuteur va poursuivre un cursus d’études juridiques à l’université de Casablanca. Un parcours sanctionné par l’obtention d’une maîtrise en droit privé. Certainement, l’étude du droit a été d’un grand apport pour l’évolution de sa carrière. De Maurice Duverger, en passant par Hans Kelsen et Maurice Hauriou, Bouchaib a bien appris l’art de l’interprétation de la règle de droit. Aussi, se rappelle-t-il des cours magistraux dispensés par Mohamed Moaâtassim, actuellement conseiller du Roi, Abdellah Darmich, ex bâtonnier de Casablanca… Outre les compétences juridiques, Bouchaib met l’accent sur le fait qu’un excellent arbitre doit être, «patient, bien concentré et faire preuve de beaucoup de sang froid, commettre moins d’erreurs et ne pas céder aux pressions». Et ce n’est pas tout. «Un arbitre devrait également être courageux, doté de compétences managériales, avoir le sens du courage et être à même de revoir ses décisions». D’ailleurs, lors d’un match opposant le HUSA et le FUS, il a eu le courage d’annuler un but après l’avoir validé suite à une erreur de l’arbitre assistant. «Mon expérience en tant qu’avocat m’a appris à être en permanence à l’écoute de mes clients pour prendre les décisions qui s’imposent afin de veiller à la bonne application de la loi. C’est que devrait faire un arbitre qui ambitionne d’avoir une carrière internationale», insiste-t-il.

L’arbitrage, un mode de vie

Selon Bouchaib, «être arbitre, c’est un mode de vie. Ceci étant dit, «il devrait s’entrainer ardemment 4 à 5 fois par semaine, lire la presse, visionner les matchs des équipes auxquelles il a été désigné pour diriger la rencontre, comprendre la psychologie des joueurs… Bref, c’est toute une préparation», nous confie-t-il.

Quant à ceux qui le taxent de supporter du club de Raja, l’arbitre casablancais est catégorique. «Je ne suis ni Wydadi, ni Rajaoui. Mon métier m’oblige à être impartial. Mais, comme tout le monde, j’apprécie amplement le beau jeu».

S’agissant des personnalités qui ont influencé son parcours, Bouchaib Lahrach répond sans réfléchir. «J’étais le disciple de Haj Brahim Mabrouk qui fut mon professeur à l’école de l’arbitrage. Sa modestie et son sens de l’humanité m’ont beaucoup marqué». A lui s’ajoute également, l’arbitre Suédois, Anders Frisk qui fut l’un des meilleurs arbitres en Europe. A l’échelle nationale, outre Abderrahim El Arjoun, Bouchaib Lahrach cite feu Said Belqola qui a vraiment honoré non seulement le Maroc mais le continent africain tout entier.

Il faut dire qu’entre la méthode anglaise et celle du pays de l’Hexagone, Lahrach opte bien pour la première. Un tel choix s’explique, selon lui, du fait que l’arbitrage anglais donne plus de liberté aux joueurs, soit un jeu plus ouvert qui garantit, par conséquent, le show au public. Un message fort destiné implicitement aux joueurs du championnat marocain de football. En termes plus clairs, laisse-t-il entendre, les arbitres de la Botola souffrent parfois le martyre lors de l’arbitrage d’un match. Autrement dit, une fois que l’une des équipes marque, tous les joueurs s’agglutinent dans la zone de la défense, en renvoyant à la catapulte tous les ballons. Certains procèdent à des simulations de gestes d’anti-jeu. Et le perdant dans tout cela c’est le football, martèle-t-il, non sans amertume. «D’où la nécessité de mener un travail en profondeur dans tous les clubs du Royaume et former les joueurs dès leur jeune âge tout en leur inculquant la notion du professionnalisme, pour au moins rehausser le niveau de notre football national», estime Bouchaib Lahrach.

Khalid Darfaf

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