Langue fourchue

Le mérite serait-il une fiction et l’argent une réalité ? C’est ce qui semble commander les discours biaisés des uns et des autres sur l’égalité des chances dans notre société fondamentalement inégalitaire. S’acharner à réussir par le sérieux, l’effort et le travail n’a jamais été garanti dans notre beau pays où la différenciation sociale est structurelle.

Réussir dépend des circonstances qui régissent la compétition expliquent les porte-voix thuriféraires. Ce qui signifie en clair, que les moins favorisés dans la société doivent accepter de constituer le pot de terre contre les favorisés, pot de fer au moment du choix alors qu’ils étaient loin de l’être au départ.

Cette perversité du temps exacerbe la concurrence sociale que l’on veut atténuer par cette logorrhée sur l’invention de l’égalité des chances. Couleuvre à faire avaler pour faire accepter une inégalité injuste et discriminatoire.

Qu’en est-il au fait de cette prétendue égalité des chances ?

Dès le départ, on ne choisit pas ses parents ni le lieu et les conditions de sa naissance. De prime abord, cette inégalité sociale régit déjà celles qui vont suivre en conséquence, de la petite enfance à l’âge adulte.S’ajoute à cela, les écarts inhérents aux inégalités spatiales, d’un quartier à l’autre, entre les villes et les campagnes et au niveau de l’ensemble du territoire national; ils vont approfondir la différence reconnue et que les politiques publiques sont censées amoindrir depuis l’indépendance de la nation.

Si certains éléments arrivent à percer par la force du poignet, Ils constitueront l’arbre qui cache la forêt constituée par celles et ceux qui n’ont pas réussi. A ce propos, un édile averti vient de s’interroger sur les résultats du baccalauréat, non pas par rapport au nombre des candidat(e)s mais en les ramenant au nombre des enfants scolarisés au départ.Ainsi selon cette observation ; sur les 3 900 000 scolarisés dans l’enseignement primaire en 2007, 287 000 ont réussi au baccalauréat en 2019. Il reste 3 613000 qui n’ont pas eu la chance de réussir à ce verrou napoléonien plus ou moins revisité.  Il est juste de s’interroger et d’interpeller sur ce qu’il est advenu du dixième de notre population; des jeunes de surplus.

Pour les lauréats, l’égalité des chances nese manifestera aucunement. D’aucuns iront vers les établissements a accès ouvert (enseignement supérieur de masse) à moins de pouvoir se booster, par quelques milliers de dirhams mensuels, pour concurrencer les autres qui, par leur seul mérite, auront la possibilité de suivre des cursus à employabilité relativement assurée.

Faut-il rappeler que tout ce beau monde et ses parents contribuent au budget de l’état par l’impôt, qu’il soit direct ou indirect, et autre taxes. Le gouvernement ne fait pas acte de charité publique en assurant le financement des établissements de l’enseignement et de la formation. Il ne fait que répondre, et à sa manière, à ses obligations constitutionnelles. Ne vient-on pas d’annoncer à l’opinion nationale que l’équité fiscale reste encore un vœu.Alors un peu de pudeur sur la question fondamentale «A qui profite l’impôt ?».

La politique sociale nécessite une redistribution équitable des richesses produites autant qu’un effort partagé dans la solidarité et le patriotisme économique, loin de l’enrichissement spéculateur et la fraudeillicite. C’est alors des positions sociales qui pourraient permettre à tout un chacun de devenir un compétiteur égal aux autres pour le développement des forces productives nécessaires, le relèvement des ressources humaines et l’égalité des chances pour tous.

Reste l’argutie de la loi adoptée sur l’initiative privée dans le domaine de l’enseignement. L’approche partenariale a tardée à se mettre en place mais rien n’empêche «à faire bénéficier le secteur public des capacités d’innovation et de financement du secteur privé… d’asseoir notamment les jalons d’une bonne  gouvernance publique et d’une culture de la gestion de la chose publique axée sur les résultats et basée sur l’évaluation des besoins, l’analyse des performances, la reddition des comptes, le contrôle et l’évaluation». Il n’est pas dit que le secteur privé devra vivre sur le corps du public et le parasiter au sens biologique du terme. Notre «eligerocratie» somnolente devra apprendre à s’activer pour renforcer l’action de la réforme au bénéfice du plus grand nombre de la population et non se soumettre aux dictats des différents lobbies.

Enfin; de part et d’autre, il faut savoir gérer un mouvement social. Langue fourchue ne crache que du venin que certains n’hésitent pas à répandre. Cela empoisonne la bonne volonté et anéantit les vertus du dialogue.

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