Le lever de rideau de la grande liesse!

C’est lundi, dans la soirée, que le festival cinéma et migration d’Agadir a levé le rideau. A la différence de plusieurs villes du royaume qui ont eu, et auront sans doute, leur cinéma respectif, la capitale du Souss abrite un événement de haut calibre, consacré à la question migratoire dans ses aspects humain, social, émotif, le tout mixé de réel, d’idéel et d’idéal…

Comme à l’accoutumée, depuis une décennie et demie, sans relâche ni répit, cet événement artistique universel, de premier ordre, attendrit une pléthore de mordus du septième art, de critiques, de cinéastes, d’intellectuels, traitant par l’image, le mouvement et le propos leurs préoccupations sociétales, entourés par une imposante assistance en liesse.

Après cet éloquent parcours, le festival cinéma et migrations scelle, pour tous les amateurs du cinéma, le refuge de l’amer et le substitut de l’atroce frustration. Et pourtant, le cinéma d’Agadir dont la thématique féconde s’ancre au fil du temps dans le tissu artistique national, se veut un espace privilégié de débat et de réflexion judicieuse sur les avatars du phénomène migratoire à travers le globe, notamment lié aux compatriotes installés en Europe et partout dans le monde.

Cette nouvelle manche du Festival Cinéma et Migration a déroulé, lundi, le traditionnel tapis rouge, illuminera les rampes du cinéma Rialto et fera vibrer la nuée de public, privée de l’ambiance de la magie du cinéma en boîte. Une tradition qui continue à briller de mille feux et de revêtir la robe de noces en cortège enchanteur. En effet, comme d’habitude, le festival d’Agadir Cinéma et Migrations convie une multitude de stars marocaines qui ont imprimé, encore une fois, à ce rassemblement, une note d’intimité et de liesse avec les fans qui ne cessent de côtoyer et choyer leurs idoles, en chair et en os.

Il est bien clair que, au-delà des programmes variés et attractifs que l’association Al Mobadara, organisatrice de ce rendez-vous annuel, a bien eu le soin de mettre sur pieds, le festival se distingue chaque année par cette sorte d’intimité émotionnelle qui unit les vedettes du cinéma marocain et leurs fans.

Cependant, après la disparition du cinéma Salam, c’est le tour désormais du cinéma Rialto qui a verrouillé ses portails, tout au long de l’année. Deux monuments culturels historiques qui ont fait vivre aux générations des moments pathétiques avec les géants du cinéma mondial. Une métropole comme Agadir, second pôle économique, première station balnéaire du royaume et dépositaire de Souss Al Alima, bastion de la science, de la création et de la connaissance, est donc privée de l’une de ses assises infrastructurelles culturelles les plus notoires.

Cinéma Rialto était non seulement un havre de projection cinématographique, mais également un âtre chaleureux de débats sereins des chefs d’œuvre lors des séances de ciné clubs, de meetings politiques et de prestations théâtrale et musicale. Le festival d’Agadir Cinéma et Migrations constitue, sans doute, le dépositaire de ce patrimoine qui résonne encore sous la voix des sommités de l’art, de la culture et de la politique.

On peut toujours comprendre l’état désastreux dans lequel se trouve une bonne partie de nos cinémas, du fait, justement, que les gens n’y vont plus et ont sûrement perdu cette fameuse maxime «qui aime la vie, va au cinéma». Devant cet abandon, les propriétaires, vivotant, se trouvent dans l’obligation de fermer boutique et d’aller voir ailleurs, où le foncier devient alléchant.

De même, il faut bien dire que ces mêmes gens, contaminés par les mutations profondes du commerce et l’urbanisme, ne cherchent plus à investir dans le cinéma estimé aléatoire, surtout qu’ils ne déploient aucun effort pour restaurer et rénover son local transformé en masure piteuse. Cependant, il serait incivique de sacrifier un patrimoine culturel qui appartient, dorénavant, à toute une conscience collective. C’est le cas du cinéma Salam qui git toujours tel un cétacé jeté par le ressac de l’océan et, maintenant, du cinéma Rialto qui tire sa révérence au grand dam de la ville. Un débat profond auquel sont conviés les institutionnels, les élus, la société civile, les professionnels…pour sortir la cité du marasme de la privation consternante.

Saoudi El Amalki

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