Le vol de la honte!

Quel type de citoyen est-on en train de bâtir pour cette nation immémoriale ? Une question tracassante qui ne cesse de tarauder la société marocaine, en ces phases de construction tous azimuts.

On édifie la ville et fortifie l’infrastructure, mais ne tonifie nullement l’élément humain. C’est comme si on solidifiait une coquille vide, sans âme ni repère! Deux actes, aussi ignobles que criards, survenus en ces jours de fête, viennent, une fois n’est pas coutume, de mouvoir les populations, en état d’écœurement.

Tout d’abord, cette confiscation abjecte des moutons aux pâtres outrés par l’immondice de la gaucherie, dans une «Rahba» de bétail à Casablanca, la veille de la fête. Ensuite, ce vol sordide de draps et d’ustensiles par des patients remis du virus, après avoir subi les soins requis…

Deux impairs qui ont suscité révolte et colère au sein de l’opinion publique nationale et, sans nul doute, altéré l’image du pays en outre-mer. A quoi servirait de remettre d’aplomb l’être en santé corporelle si la maladie subsistait encore dans sa santé morale? Platon, l’illustre philosophe grec, disait un jour dans sa République : «On ne doit pas chercher à guérir le corps, sans chercher à guérir l’âme!».

Notre pays déploie un effort titanesque dans la morphologie extérieure de l’humain et de la matière, mais ne parvient guère à les réconcilier pour atteindre un vivre-ensemble digne et décent. En effet, si on arrive, tant bien que mal, à construire le cadre de vie sur le territoire, on butera sur la nature de l’homme qui s’y installe.

A nos jours, la fondation du citoyen fait cruellement défaut dans un espace de vie bourré d’hostilité et d’animosité. Les valeurs séculaires qui ont de tout temps, scellé la singularité marocaine, se sont effritées, au fil des ans. Les principes de citoyenneté se sont effilochés pour n’en ériger que les tares, parmi les familles et les individus…

À qui incombe la fracture sociale qui fait que le marocain se sera permis de mettre la main sur un mouton ou un robinet sur la scène publique ? Il est bien certain que son ancêtre, imbu de vertus et de pudeur, se sera abstenu de le faire, puisqu’il n’a jamais appris à vivre dans l’imposture. Aujourd’hui, la descendance marocaine vit la disparité, le dénuement et la misère.

L’école ne fait pas grand-chose pour enfanter un citoyen pur et platonique. «La pauvreté a failli devenir mécréante!», nous a-t-on bien fait réciter aux bas âges et on ne savait pas trop ce que cela voulait dire, jusqu’au moment où le peuple, après quatre mois de confinement, se trouve dans l’obligation de voler pour subvenir à un rituel festif qu’on aurait dû annuler.

Qui est responsable de cette hécatombe humaine ? On ne peut adosser tous ces hiatus à un peuple auquel on a spolié le droit de vivre dans la dignité, le droit de parler dans la liberté, le droit de choisir ce que bon lui semble, le droit de honnir les idées rétrogrades et obscurantistes, le droit d’élire ses représentants sans argent sale ni fraude répressive…

Notre pays a donc mal à son système régnant, à l’échec de sa sphère gouvernante, au pouvoir monopoliste qu’exercent ses lobbys, à la mainmise de ses ressources fomentée par l’oligarchie aux dépens des franges déshéritées de la société…

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