Pour une université ancrée dans son espace régional

Aujourd’hui, beaucoup plus qu’hier et demain encore davantage, l’université est, et sera, une institution centrale dans la société. Par ses missions de formation et de recherche, l’université à un rôle actif dans le développement. Dans notre beau pays, l’université doit assumer son lien avec la production des richesses; et de par son implantation et son rayonnement, elle est appelée à contribuer à la diffusion de la connaissance.

Dans un contexte qui s’inscrit tout d’abord dans le processus démocratique que connait le royaume, l’université s’est libérée de la pression idéologique qu’elle a connue dans le milieu du siècle précèdent, juste après l’indépendance du pays.

Cet affranchissement ne s’est pas effectué sans mal; particulièrement pour le mouvement étudiant qui y a laissé sa capacité organisationnelle autonome.

Par ailleurs, l’implantation de l’université s’est élargie au niveau territorial et les établissements de l’enseignement supérieur se multiplient pour accueillir un nombre d’étudiant(e)s de plus en plus important. La diversité des parcours n’a aucune commune mesure, en chiffre, en typologie et en diplomation, avec ce qui s’offrait à l’étudiant marocain il y a quelques temps.

Dans les universités publiques, le taux moyen d’encadrement s’est effondré de 38 étudiants pour chaque enseignant en 2012 à 63 étudiants par enseignant en 2021. Dans les établissements où la massification est importante, l’encadrement est moins exigeant; autant pour les rapports entre les professeurs et les étudiant(e)s. Le renouvellement du corps enseignant peine suite aux départs à la retraite et aux restrictions que connaît le recrutement.

Enfin et encore, plus que les données statistiques qui font apparaitre, entre autres, l’ouverture de l’université marocaine aux étudiants africains, l’égalité dans l’enseignement supérieur s’est affaiblie par la mise en place de l’université privée.

Parallèlement, si la structuration de la recherche scientifique à l’université a été engagée, l’activité de recherche elle-même souffre du manque de moyens à tous les niveaux. C’est là un handicap majeur qui ne permet pas aux établissements universitaires de «s’ouvrir sur leur environnement socioéconomique» malgré les déclarations officielles à ce propos.

Un effort majeur reste à réaliser à ce niveau pour que les actes soient au niveau de la parole et dépasser ainsi les geignements qui ne cessent de se faire entendre avec l’impact de la covid19 sur la vie quotidienne. Recherche fondamentale, recherche appliquée, recherche et développement…, notre société présente de nombreuses problématiques qui nécessitent exploration et description, interprétation et conceptualisation en identifiant les relations causales des effets observés.

La coordination des efforts, la mobilité des ressources et leur mutualisation doivent accompagner avec plus d’efficience le renforcement de l’infrastructure de recherche scientifique nationale.

L’unité entre la recherche et l’enseignement au sein de l’université nationale doit être confirmée. Elle valorise les apports de l’enseignement supérieur, d’une part dans la formation de cadres qualifiés ; et d’autre part, dans les solutions apportées aux différents problèmes soulevés par l’évolution de notre société vers sa modernisation globale, son ouverture et son émancipation, sa protection de la nature et de l’environnement; l’ensemble dans le cadre d’une gestion démocratique au bénéfice du bienêtre de l’ensemble de la population.

C’est pour cela que la relation de l’université avec son environnement régional doit être consolidée. Des mesures doivent être prises pour ancrer les universités dans leur contexte régional et non rester des copies plus ou moins conformes les unes des autres.

Prééminente sur les autres collectivités territoriales, la région constitue le cadre idoine pour un développement symbiotique avec l’université.  Les processus de déconcentration et de décentralisation menés (ou à mener) dans le cadre de la régionalisation avancée doivent répondre aux besoins créés par la relation de proximité que présente l’université avec l’espace régional et sa population.

Ils doivent s’inscrire dans la consolidation de l’autonomie de l’université, le renforcement du statut particulier des enseignants chercheurs par la confirmation des libertés pédagogiques et celle de leur participation à la gestion des établissements dont ils relèvent, ainsi que par le perfectionnement des «droits et obligations» des étudiant(e)s et «les services sociaux» qui leurs sont rendus selon les dispositions de la loi 01-00 portant organisation de l’enseignement supérieur.

Sans ambiguïté aucune, en évitant toute fausse «bonne mesure»; dans la clarification des compétences, des attributions et des prérogatives pour dépasser la seule volonté du concept usé de «rapprocher l’administration des administrés»,  les démarches concernant la décentralisation et la déconcentration au sein de l’administration de l’enseignement supérieur doivent être menées pour soutenir la capacité d’action de l’université en renforçant son autonomie, sa spécificité et son ancrage dans l’espace régional qui l’intègre.

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