Rires et insignifiance à Casablanca

Une divagation insensée qui finit par prendre du sens

«Il faut bien qu’Oscar, l’éternel enfant tambourineur, se décide un jour à grandir», l’étincelle qui donne naissance au printemps de l’écrivain Issam-Eddine TBEUR. Un printemps qui se veut rebelle, mais qui finit par donner son bon fruit : Rires et insignifiance à Casablanca.

L’univers de l’avant création de l’œuvre est marqué par une parturition douloureuse qui fait souffrir son auteur, avant de réussir la libération de son esprit au profit de la créativité, rendant, ainsi, plus légère, l’ascension vers les hauteurs de la fiction.

En effet, Si Orphée a choisi la perte comme source d’inspiration, TBEUR s’est nourri de l’attente, voire de l’ivresse de l’attente, pour donner vie à son labeur. Il s’est servi de sa patience et de son espoir, loin de l’espérance de Pandore, pour accoucher de son «œuvre complète».

Au-delà de la mythologie grecque et sur les mêmes pas de Cervantes, TBEUR peint des personnages semblables à Hidalgo, le protagoniste principal de Don Quichotte de La Manche, qui, à force de se nourrir l’imaginaire des récits chevaleresques, voit le monde se métamorphoser dans ses yeux de façon à voir la beauté laideur et vice versa.

En parlant de la laideur, il est indispensable, à mon sens, de citer l’art de la laideur, de la première moitié du seizième siècle, spécialement «L’Affreuse Duchesse», toile du fameux peintre Quentin Metsys, dont l’écrivain a su très bien mettre au service de «La Vieille du Don Quichotte», la séculaire prostituée qui a séduit le jeune homme le plus désiré de toutes, et sans aucun recours à la séduction.

Tout au long de l’œuvre de TBEUR, on assiste à un quiproquo qui mène au cœur du drame et dont le héros est l’insignifiance. Mais, qui révèle l’un des aspects captivants des personnages de TBEUR, à savoir ; leur petitesse face à l’ironie de leur sort qui les fait obéir à deux impératifs : l’errance et l’impuissance.

Cette petitesse nous rappelle celle des êtres peints par Salvador Dali dans des espaces désertiques. Des êtres déformés par leur impuissance devant la monstruosité du monde injuste, qui finit par altérer leur nature en une culture de l’uniformisation.

Nature ou culture, une question qui a fait couler beaucoup de sépia, dans une tentative d’y trouver une signifiance, loin de l’insignifiance qui ruine l’âme et l’esprit des individus, faisant d’eux des créatures résignées, préférant l’incompréhension au changement.

Chercher à comprendre ce qui relève de la nature et/ou de la culture réfère à s’interroger sur l’uniformisme social qui tend à rendre anormal tout ce qui sort du code social. Or, s’il y’a vraiment une limite entre le normal et l’anormal, elle est si fine qu’elle passe inaperçue.

Par ailleurs, TBEUR choisit de mettre en scène des figures masculines en situation de vulnérabilité, des anti-héros, donnant, ainsi, naissance à une nouvelle idée. Celle d’un destin qui pousse la société à se faire obéir et les individus à désobéir pour fuir la mollesse de leur destin machiavélique, à l’instar des « Montres Molles », toile de Salvador Dali.

Cette mise en scène opte pour l’humour noir ou le rire diabolique, dont l’auteur maitrise fort bien l’usage. Pour lui, c’est une arme à double tranchant ; amener le lecteur à réfléchir sur des faits sociaux en rapport avec son vécu quotidien et dresser une dénonciation des normes sociales devenues une fatalité.

Pour ce qui est du portrait féminin choisi par l’auteur, il ne sort pas de l’image qu’on a de la femme dans les sociétés patriarcales. Les femmes sont présentées par leurs rôles subordonnés, leur fraicheur, l’attrait physique et la matérialité de leurs corps morcelés. Une description attrayante, mais qui n’exclut pas le fait que même quand elles sont laides ou assez âgées, pour ne pas dire vieilles, elles continuent à servir les envies incomprises des hommes errants entre la quête de soi et celle des repères.

La perte de repères, cette triste certitude devenue cauchemardesque, faisant ainsi de l’être une marionnette entre les mains du paraitre, qui maitrise bien le jeu entre les hauts et les bas, le féerique et le diabolique, afin de maintenir l’ordre préexistant.

Pour clore, il est à signaler que si l’impuissance et la faiblesse des protagonistes devant leur destin les poussent à s’identifier à la figure de «L’Homme qui Marche» (de GIACOMETTI) vers la compréhension, l’auteur privilégie celle de «L’Homme au Doigt» (de GIACOMETTI) qui l’emporte sur la première en levant fort sa voix : «Il faut bien qu’Oscar, l’éternel enfant tambourineur, se décide un jour à grandir».

Fatima Ezzahra Abouabdillah

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