Souk

Il faut aller au souk pour apprécier l’état où se trouvent la très grande majorité des Marocains.En général, à proximité de toutes les agglomérations urbaines se tient un jour de la semaine le souk hebdomadaire.Tout le monde s’y retrouve pour faire son marché ou découvrir ce lieu de rencontre entre les gens de la campagne et leur urbanité avec les gens de la ville et les reliques de ruralité qu’ils ont pu garder.

Faut-il préciser pour celles et ceux qui ne le savent pas, que souk est un mot qui a été intégré dans la langue française à partir de l’une de nos langues, l’arabe en l’occurrence. C’est au sens propre une grande surface où l’on peut faire toutes ses emplettes et même dans certains cas s’amuser. C’est donc plus qu’un supermarché et moins, par l’organisation, qu’un hypermarché.

Toutes les ficelles de la vente y sont usitées pour écouler sa marchandise. Le boniment et la faconde, la réclame et le battage ainsi que la démonstration directe interpellent les consommateurs qui déambulent à travers des allées pleines de monde. A l’offre diversifiée et quantitativement importante des fruits et des légumes s’ajoute le marchandage pour satisfaire la demande ajustée à la bourse de chacun.

Les poids et les balances sont aussi diversifiés que les produits mis en vente. Si le tarage et l’étalonnage ne semblent pas poser problème, l’électronique règle les prix et l’emballage est de plus en plus assuré par le client. Quoique plus rares, les sachets en plastique autant que le papier journal se maintiennent à l’usage malgré leur nocivité. Les produits du terroir sont présentés avec soin pour encourager leur achat. Le bio est vanté, mais reste plus onéreux que les produits industriels de grande consommation.

Plus loin, dans des annexes qui se prolongent, le recyclage intéresse aussi bien les ustensiles de toute nature, les vêtements des «balles» que les livres scolaires. En cette période de l’année,les fournitures scolaires sont présentes sur de nombreux étals. Aucune allusion à la conjoncture dans les annonces faites à travers des sonos de plus en plus personnalisées. La population est beaucoup plus préoccupée par l’accès à l’enseignement que par le débat qui prévaut sur l’introduction de quelques mots vernaculaires dans les manuels. A l’opposé des réseaux sociaux où l’on entend des vertes et des pas mûres à ce sujet, les familles cherchent à donner à leurs progénitures le maximum de possibilités pour réussir leur éducation.

Cela n’exprime pas un satisfecit à l’égard de la qualité de l’enseignement et de son adéquation avec leurs besoins, leurs attentes et leurs ambitions ; mais révèle l’intérêt et la priorité accordés à l’école. Ce constat n’a pas été démenti depuis l’accès de notre beau pays à son indépendance. Il faut dire que les politiques publiques suivies dans le secteur de l’éducation et de la formation ne sont pas encore à la hauteur des aspirations de notre peuple. L’école pour tous et un enseignement de qualité restent des mots d’ordre dont la réalisation reste à faire.

Tout cela pour dire que le souk soulevé par l’introduction de mots dans la lecture n’a pas lieu d’être. La polémique gonfle et doit trouver son origine ailleurs. Le religieux se mêle de populisme et donne l’occasion, à qui le veut bien, de faire état de ses récriminations sociétales. Serait-on mécréant rien que par l’usage quotidien d’une langue apprise sur les bancs de l’école ? C’est vraiment pédaler dans le couscous pour faire passer sa bissara!

C’est vrai qu’aucun Français dévoué à sa patrie, comme le consacre la formule, ne s’est formalisé pour manger un couscous avec des merguez ou sans.L’usager de la langue française sait très bien que cela se limite à l’utilisation d’un nom propre que l’on ne peut utiliser que tel qu’il est. A ne pas confondre avec la langue de l’enseignement ; autant pour le bazar avec le souk ! Même si c’est du javanais ou du francien,Il ne s’agit pas d’utiliser l’argot, le verlan, tel parler local ou tel idiolecte dans l’apprentissage du savoir. A moins de vouloir transformer l’école en véritable souk!

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