La capacité à s’adapter au changement climatique et à ses conséquences est désormais une priorité centrale pour les entreprises de tous les secteurs d’activité. Que ce soit au niveau réglementaire, opérationnel ou business, la prise en compte des différents risques et impacts s’impose à toutes les entreprises, à tous les niveaux de leur organisation et de leur fonctionnement.
Face au changement climatique, les acteurs économiques sont en première ligne. La raréfaction de l’eau et des matières premières, la hausse du niveau de la mer, les événements climatiques extrêmes et la disparition accélérée de la biodiversité menacent directement le modèle économique des entreprises. Aucun secteur n’est épargné. Toutefois, chaque secteur est affecté de façon différente. Certains secteurs comme l’agroalimentaire vont être davantage touchés par le manque d’eau ou la baisse des rendements agricoles, d’autres comme l’industrie pharmaceutique vont être affectés par la perte de biodiversité et les transports ou les industries extractives seront plus vulnérables aux évènements climatiques extrêmes tels que les inondations, ouragans, températures très froides ou très chaudes, sécheresses, qui vont se multiplie. Pour un grand nombre des multinationales et entreprises marocaines, les menaces climatiques sont déjà clairement identifiées. Désormais, le risque climatique fait partie de leurs planifications stratégiques.
Une opportunité pour innover
Cette transformation fondamentale ne doit surtout pas être subie, mais au contraire anticipée, en gardant à l’esprit qu’elle représente également une formidable opportunité pour innover ; et que c’est grâce à l’innovation que l’entreprise peut pérenniser ses activités et développer sa croissance. En effet, les entreprises qui prennent dès à présent en compte le risque climatique dans leur stratégie auront clairement une longueur d’avance sur leurs concurrentes car elles auront intégré son coût et parfois anticipé des réglementations pouvant affecter leurs activités mais aussi réfléchi à des alternatives pour leur production et la distribution de leurs produits. D’autres entreprises ont plus directement à y gagner : celles qui apportent des solutions d’efficacité énergétique aux autres entreprises ou aux particuliers ou les fournisseurs d’énergies renouvelables par exemple. C’est ainsi que l’impact du changement climatique peut également stimuler l’innovation et favoriser l’orientation des business models dans ce sens.
OCP assure, Cosumar s’adapte
Au Maroc, plusieurs entreprises ont intensifié leurs efforts dans l’espoir de pouvoir faire face au changement climatique. Elles se sont formellement engagées à diminuer leur empreinte carbone, à recourir de plus en plus aux énergies renouvelables, à investir dans le développement durable et à s’impliquer dans une économie verte.Conscient que le développement durable offre de nouvelles occasions pour l’industrie du phosphate, le Groupe OCP a intégré, pour sa part, les problèmes sociaux, environnementaux et économiques à tous les niveaux de son activité. L’engagement durable du Groupe OCP dans des programmes environnementaux vise à renforcer le respect des normes internationales les plus strictes et démontre son implication dans le développement durable.Ainsi, le Groupe OCP est la première entreprise marocaine à rejoindre le Programme de Gestion Sécurisée et Elimination des PCB (BiphénylsPolychlorés). Il a mis en place une approche innovante pour le management intégré de ses besoins en eau et a implanté un vaste programme hydraulique concentré sur trois critères principaux à savoir l’usage optimisé des ressources en eau à travers l’intégralité de la chaine de production, l’élimination de l’extraction des eaux souterraines et la redistribution géographique des ressources en eau de surface et la mobilisation de ressources en eau non conventionnelles grâce à la construction d’usines de retraitement des eaux usées et de nouvelles unités de désalinisation.
Aussi, Cosumar s’adapte aux changements climatiqueset met en place une stratégie d’adaptation qui consiste à moderniser les outils industriels et à adopter de nouvelles technologies dites «propres» et économique en énergie. La Cosumar essaie également de lutter contre le gaspillage énergétique via la récupération de la vapeur issue du procédé de raffinage du sucre et sa réutilisation. Cette opération a, elle seule, permet d’éviter de rejeter près de 16.000 tonnes de CO2 par an. Dans cette perspective, Cosumar compte miser sur une utilisation rationnelle de l’eau dans l’ensemble de ses activités, notamment grâce au traitement de rejets liquides. De la sorte, plus de 4 millions de mètres cubes d’eau par an sont économisés. Grâce à des investissements importants, la Cosumar a pu réduire l’empreinte carbone enregistrée entre 2005 et 2015 à hauteur de 43%. À ce titre, l’empreinte carbone enregistrée à fin 2015 est de 0.525 kg CO2/kg de sucre produit au Maroc. En parallèle, les plantes sucrières permettent d’absorber 0.764 kg CO2/kg par kg de sucre produit, ce qui impacte positivement l’environnement.
Un nouvel enjeu pour les banques
Par ailleurs, les institutions financières se sont engagées à développer l’économie verte et à investir dans les énergies propres et l’efficacité énergétique. En guise d’exemple, Crédit agricole du Maroc compte dans ses structures des services dédiés, entre autres, au financement du développement durable. La banque a également un pôle vert et surtout des produits qui ont été confectionnés sur la nécessité d’encourager, voire même, de faire bénéficier nos clients soucieux de l’environnement et de l’efficacité énergétique, de subventions étatiques. De même,
L’efficacité énergétique occupe une place prioritaire dans le modèle de développement du groupe Attijariwafa Bank. Ce dernier met en place une offre dédiée baptisée «Effinergie», qui comprend des solutions de financement des investissements dans les domaines de l’efficacité énergétique, au travers de mécanismes spécifiques de crédits à moyen et long termes, de leasing et d’un fonds d’investissement. Aussi, l’offre propose un dispositif global d’accompagnement des entreprises engagées dans un processus d’efficacité énergétique et une solution de financement pour les besoins privés.
Aussi, le groupe BMCE Bank of Africa s’engage en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. D’ailleurs, le groupe a décroché la certification ISO 50001 en efficacité énergétique, délivrée par le bureau Veritas. Il s’agit de la première banque à avoir obtenu cette certification en Afrique du Nord et dans la région MENA.
Les assurances se mettent en vert
Les compagnies d’assurances ne sont pas en reste. En outre, Wafa assurance s’allie à Toyota du Maroc et se met en vert. Ainsi, les deux sociétés ont conclu un partenariat d’une durée de 3 ans afin de mettre en avant leurs engagements pour le climat et la préservation de la planète. Avec ce partenariat, et dans une dynamique d’action citoyenne, Wafa Assurance mettra à la disposition de ses assurés en automobile un parc de 80 véhicules hybrides comme véhicules de remplacement en cas d’immobilisation de leur véhicule pour réparation. De son côté, Toyota du Maroc s’engage à fournir au réseau de prestataires de Wafa IMA Assistance des conditions d’acquisition avantageuses de ses véhicules, ainsi que les meilleurs tarifs d’entretien et une qualité de service. Le parc de véhicules hybrides permettra aux clients Wafa Assurance d’une part d’économiser plus de 8 tonnes de CO2 et d’autre part, de lever les différentes barrières technologiques auxquelles peuvent être confrontés les assurés.
Enfin, le secteur privé joue un rôle primordial pour faire face au défi climatique auquel la planète est confrontée. Cependant, les gouvernements doivent créer un environnement propice au développement durable du secteur privé où les investissements dans les énergies renouvelables deviennent intéressants sur le plan financier. Le secteur privé doit de son côté jouer un rôle dans la promotion de ces réformes, qui ont le potentiel de débloquer des opportunités d’investissement de plusieurs milliards de dollars. Il est temps pour le secteur privé de saisir cette opportunité et développer des stratégies adaptées à un avenir durable sans carbone et adapté aux changements climatiques.
Kaoutar Khennach