Peut-on établir des prévisions fiables à ce stade de la Campagne agricole?

La campagne agricole 2016/2017 s’annonce prometteuse selon le ministère de tutelle. La production céréalière, toute variété confondue, devrait atteindre des niveaux record. Les prévisions initiales tablent sur un rendement de 102 millions de quintaux, en hausse de 203% par rapport à l’année précédente.

«Les estimations font état d’une répartition de la production record pour cette année entre les trois céréales principales, à raison de 49,4 millions de quintaux pour le blé tendre, 28,9 millions de quintaux pour l’orge et 23,3 millions de quintaux pour le Blé dur», a fait savoir Akhannouch à l’ouverture des 9èmes Assises de l’agriculture, organisées autour du thème «Agriculture et sécurité alimentaire au fil de l’eau». Il a même précisé que «La campagne actuelle a été marquée par une bonne pluviométrie, bien répartie dans l’espace et le temps, avec une température modérée, qui a permis l’approvisionnement et l’utilisation des intrants».

Cette déclaration a intrigué beaucoup d’observateurs qui ont estimé qu’il est encore prématuré de faire de prévisions sur l’issue de cette campagne en cette période précise de la saison agricole.  Les estimations devraient, déclarent certains professionnels, être faites sous forme de scénarii et tenir compte des différents paramètres.

Le premier scénario prend en compte un mois de mars et d’avril pluvieux et permettrait de prévoir un rendement qui dépasse les 100 millions de quintaux.

Le deuxième serait moins optimiste. Il est établi un mars sec et donc une production céréalière qui se situerait entre 70 et 100 millions de quintaux.

Quant au dernier scénario qualifié de moins favorable, il prévoit un mois de mars et d’avril secs et des rendements sous la moyenne de 70 millions de quintaux.

De l’avis d’un professionnel contacté par Al Bayane, la situation actuelle de la campagne agricole correspond beaucoup plus au troisième scénario à cause de la chaleur qui a sévit ces deux derniers mois.

Il cite l’exemple de la région de la Chaouia et du Haouz qui ont reçu moins de 250 mm de pluie pendant toute la campagne (septembre à aujourd’hui).

Dans ces conditions il serait difficile voire impossible d’atteindre une production record. Certes, explique notre interlocuteur, la région du Nord a reçu plus de 300 mm et le rendement peut être plus élevé que les autres régions. Toutefois, les autres régions agricoles enregistreront un rendement moyen à faible.

Des explications sont données par d’autres opérateurs pour dire que l’absence de pluie en mars et avril coïncide malheureusement avec la période de formation des grains et des épis ce qui pénalise forcément la qualité de la récolte (chétive et de petite taille).

Tous ces éléments réunis poussent à réviser les prévisions qui seraient dans le meilleur des cas moyennes soit autour ou un peu supérieur à 70 millions de quintaux.

L’autre reproche faite à la communication du département de l’agriculture sur la campagne agricole concerne la mauvaise comparaison avec l’année écoulée. Les analystes dans le domaine préfèrent parler d’une moyenne sur les cinq dernières années et non sur le seul dernière campagne céréalière.

Comme il n’y a pas de deux sans trois, un autre bémol vient s’ajouter aux précédents. C’est que sur les 5 millions d’hectares réservés aux cultures céréalières, seul un million d’hectare serait en bon état en termes d’utilisation des intrants et de bon précédent cultural et de rotation des cultures. Tout cela a pour dire que sur les 5 millions de SAU des céréales, un million d’hectare peut donner des rendements acceptables et de bonne qualité contre 80% des céréales qui ne sont pas bien travaillés.

Au bout du compte, estiment les professionnels agricoles la production céréalière, la récolte sera, cette année, de qualité inférieure.

Les pronostics officiels sont loin de faire l’unanimité des professionnels et risquent d’être difficilement réalisables, surtout si on tient comptes des différents paramètres qui agissent sur le bon déroulement d’une campagne céréalière.

Fairouz El Mouden

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