Le Portugal échapperait-il à la crise sanitaire mondiale?

Si, à la date de ce dimanche 5 Avril 2020, la pandémie du Coronavirus a ôté la vie à plus de 38.000 personnes en Espagne, comment se fait-il que son voisin immédiat, le Portugal, n’a enregistré que 250 décès alors que ce sont plus de 20.000 personnes qui ont péri des suites du Covid-19 en Italie et plus de 23.000 en Allemagne?

La première raison serait d’ordre géographique puisque le Portugal est l’un des rares pays d’Europe à n’avoir qu’une seule frontière terrestre; celle qui le sépare de l’Espagne qui reste, à ce jour, le 2ème pays du vieux continent le plus touché par la crise. Aussi, lui a-t-il suffit, dans une première étape, de fermer cette porte d’entrée pour se mettre à l’abri.

Ayant compris que la crise sanitaire qui se profilait à l’horizon allait durer, que le tourisme- un secteur essentiel pour l’économie du pays allait en pâtir – et que les services hospitaliers du pays se trouveront dans l’incapacité de gérer un flux massif de patients, le Premier ministre Antonio Costa, socialiste, a immédiatement pris des mesures radicales.

L’état d’urgence décrété le 18 mars – et pour la première fois, dans le pays, depuis la «Révolution des Œillets» de 1974 – suspend beaucoup de libertés dont, bien sûr, le droit de grève. Or, même s’il n’est pas nécessaire de disposer d’une «autorisation de sortie» comme dans plusieurs autres pays, les contrôles de police sont très fréquents et les «récalcitrants» peuvent se voir infliger des amendes voire même des peines d’emprisonnement.

Mais, quoiqu’il en soit, un point important à mettre à l’actif des autorités de Lisbonne a trait aux droits qui ont été conférés aux travailleurs immigrés. En effet, outre le bénéfice de la gratuité des soins médicaux, ceux-ci peuvent se voir octroyer, au même titre que leurs collègues portugais, l’allocation destinée aux travailleurs qui doivent rester chez eux pour s’occuper de leurs enfants ou de leurs parents. Tous les travailleurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, se trouvant donc à bord de la même embarcation, c’est dans l’union qu’ils se protègeront tous ensemble du Covid-19.

Pour rappel, dès le 13 mars et alors même que le pays ne comptait qu’une centaine d’infections, le gouvernement de Lisbonne a déclaré l’état d’alerte puis décrété l’état d’urgence à partir du 19 mars.

Mais, force est-il de reconnaître, toutefois, qu’en voyant les ravages que la pandémie était en train de faire en Italie, en France et en Espagne, les portugais avaient, dès fin février, commencé à déserter les bars, les cafés et les restaurants, à retirer leurs enfants des écoles – dont plusieurs ont fermé leurs portes faute de clients ou d’élèves avant même l’injonction gouvernementale – et, enfin, pour ceux qui le peuvent, à migrer vers leurs maisons de campagne. Marcelo Rebelo de Sousa, le président de la République, s’était lui-même auto-confiné dès le 8 mars.

En outre, dans le cadre du renforcement des mesures de confinement, le gouvernement portugais a décidé de fermer l’ensemble de ses aéroports du 9 au 13 Avril. Ainsi, pendant le week-end  prolongé de Pâques (11 / 13 Avril), les portugais ne seront autorisés à quitter leurs communes de résidence que s’ils sont appelés à aller travailler «dans des secteurs d’activité toujours autorisés sous l’état d’urgence» qui a été prolongé jusqu’au 17 Avril.

Pour terminer, disons que cette pandémie du Covid-19 a révélé que les portugais qui n’ont pas attendu les «ordres» de l’Etat ont rapidement compris, par eux-mêmes, ce qu’il leur appartenait de faire pour sauver leur pays et leur population. Pour le moment, le résultat est excellent comparé à celui des pays voisins mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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