Abdelkader Benkemoun: 60 années de créations picturales

Q : Ca va faire temps, votre absence dans les festivités d’été … pourquoi, cette fois-ci?

R : c’est des adieux. Pour mon âge et aussi pour mes souvenirs d’avant, et comme je me prépare pour le 7 décembre 201, je vais avoir 75 ans et 60 ans de peinture.

Je dois faire face, face à ma nouvelle vie, à la suite de la décision que j’avais préparée dans mon planning, à la suite de réussite de mon amour en peinture. De toute façon, le retour à la source natale est une originalité.

Donc, vous allez rentrer définitivement chez vous au Maroc. Pourquoi?

Il n’y a pas de pourquoi. C’est tout à fait normal. Après avoir vécu 37 ans de peinture en Europe, avec un très bon résultat. Pour un peintre comme moi, c’est de se préparer à une nouvelle vie de 6 mois en Europe et 6 mois au Maroc. Pendant ces 5 ans, jusqu’à 80 ans, pour m’habituer et m’adapter et prendre ma vie en main dans les 5 ans à venir et prendre goût à une vie calme.

Donc, vous allez prendre votre retraite à 75 ans. Pourtant vous ne le faites pas ; quelle est votre devise?

En ce qui concerne la retraite, j’ai déjà répondu à cette question, qui vexe les gars susceptibles, et leur comportement vis à vis de l’Europe. Au point de vue du salaire, je veux dire le smig de 1800€ par mois, donc à quoi bon vous répondre sur le sujet qui fâche, sur le sujet de la retraite, dans le monde où l’être vit avec le pain et la salive.

En ce qui concerne mon âge, de l’entretien, à partir de 50 ans, j’ai pris mon corps en main et en 2000, j’ai arrêté la cigarette, en 1997 j’ai arrêté les boissons, c’est grâce à ma volonté et à l’aide de ma mère, mon père et ma femme. Je l’entends tous les jours…, que je ne fais pas mon âge !

Vous parlez souvent du prophète Mohammed, de votre mère et de votre père. Vous êtes croyant?

Je suis musulman de confession. Il est bien normal de croire en quelque chose. Dans mon monde, le prophète Mohamed est un exemple, pour moi, par rapport aux autres. Ma chère mère j’ai un grand respect pour elle. Quant à mon père, il me faisait rire, quand ses amis me disaient qu’il leur disait que «son fils possède dans ses mains, de l’or».

Dans votre vie, quels sont les évènements qui vous ont marqué jusqu’aujourd’hui?

C’est à l’âge de 7 ans, en janvier 1949. Je suis sorti, moi à la médina de Rabat, pour acheter des biscuits et des caramels et d’un moment à l’autre, une grande foule de gens qui crient et courent tout le long de la grande rue lagueza, des coups de feu, de la fumée noire, du sang sur les gens qui courent, de gauche à droite. J’ai appris, après que c’était une manifestation.

La deuxième fois, c’est dans les années 60, aux beaux arts à Marseille. Je me trouvais avec une amie au bistrot, le café, et une gentille dame a demandé à mon amie, si j’acceptais qu’elle me lise les lignes de mes mains en me disant «tout ce que je désire faire dans ma vie, je vais le réussir». Depuis, je suis persévérant et je fonce pour arriver. Je n’ai jamais eu besoin de personne pour devenir ce que je suis aujourd’hui. De l’aide morale, j’ai toujours eu besoin, même aujourd’hui, mais pas jusqu’à aller abuser de mes amis. Jamais, parce que j’ai une dignité.

Donc, c’est grâce à votre style, à votre talent. C’est parce que vous avez beaucoup travaillé. Tout le monde le dit. Qu’est ce que ça vous fait?

Cela me facilite la tâche, pour mes rencontres, avec les autres créateurs : égal a égal. C’est dû à ma façon d’être. C’est mon art et mon éducation, ce qui m’a permis d’être vite adopté par l’élite marocaine et à l’étranger avec mon travail avec lequel à chaque exposition, j’arrivais avec un nouveau thème et de la nouveauté, mais pas la tchatche dans les terrasses de café. Ma peinture, mon art, m’a rendu le «chouchou des gens de culture», les amateurs, les collectionneurs. Je n’ai jamais aimé être celui que je suis aujourd’hui.

De toute façon, tout le monde sait que vous pouvez faire des «gharbaoui, charkaoui, yacoubi, amghara» et tant d’autres, mais vous ne le faites pas.

Vous savez, d’abord, d’un côté, je souffre de leur absence, et de l’autre côté, il y a leur présence et leurs dignités ainsi que leurs fiertés. Elles m’encouragent d’aller en avant et de vivre de mon art, en tant que peintre qui veut vivre centenaire, pour les regarder dans leur misère. Si je vivais de l’arnaque, il y a longtemps que je serais mort, je me suiciderais. Voilà l’honneur d’un vrai peintre !

Cela n’empêche pas que vous soyez parmi les grands peintres. Votre talent vous a porté au sommet.

Je n’ai rien demandé : d’être ou ne pas être. Je n’ai jamais demandé d’être grand. ca n’est pas ça que je voulais être. C’est d’être un peintre comme les autres peintres qui a fait l’histoire de l’art générale.

Mon rêve, mon souhait : de rester celui que les gens ont connu il y a 60 ans, toujours le même. Je ne cherche pas à m’exhiber ou à être un conteur des terrasses de café.

Dans les années 70, vous disiez : «je vis pour peindre. Je peins pas pour vivre».

Je le dis encore aujourd’hui. Peindre pour vivre, c’est triste, que ça existe encore aujourd’hui, sur commande, par des créanciers qui ont besoin d’une peinture à vendre le même jour. Elle est faite à la plaça, à l’eau qui sèche en 1h30. Quand je dis, «je vis pour peindre», ça me demande beaucoup d’études et de temps à vivre pour arriver à trouver le thème, les sujets, le personnage qui domine l’histoire, pour témoigner de la vie et de son existence, de la rue au musée et de l’atelier à la galerie et l’accrocher au mur dans les salons.

Donc, vous êtes un peintre qui vit la vie, pour peindre. Pour vous, la peinture a une valeur historique. Vous n’êtes donc pas pour ces charlatans?

Mais oui, c’est bien normal. L’évolution de la création avec une nouvelle technique et une nouvelle forme avec une profondeur ainsi que le sujet qui domine, la perspective qui équilibre.

La toile, pour être un peintre qui aime son travail, bien précis. J’ai toujours aimé apprendre par les autres, et encore aujourd’hui. Le bien savoir, c’est mon dada. Mon amitié avec Yacoubi, chakaoui, gharbaoui, amghaha, mekki, morcia, mon amitié c’est l’art et le respect, mais pas l’abus. C’est d’apprendre les bonnes choses mais pas d’être truand, malfaiteur.

Voulez-vous nous parler des peintres qui sont vos amis aujourd’hui au Maroc?

Etre un ami c’est un bien grand mot. Mes grands amis sont morts. Ils m’ont laissé des grands souvenirs d’amitiés et du respect entre nous. Ils sont toujours là avec moi avec leurs peintures, ainsi que leurs portraits encadrés dans mon atelier. Je n’ai pas besoin d’eux dans mon site, sur internet. Mes amis sont dans la médina de Rabat et des connaissances à Takaddoum et à Youssoufia.

Voici la liste des peintres que je viens d’ajouter à ma grande collection, pour qui j’ai beaucoup d’admiration et de reconnaissance chez les naïfs : «melle ouardighi, fatima hassan», et «laguezouli, peintre naïf de valeur !» , «rahoul, grattas, aziz, drissi, alghormli, benaghas, kaltoum, larbibelkadi, habouli, nariman el alaoui» ainsi que la jeune peinture marocaine de l’école des beaux-arts de Tétouan.

Ici en France, vous êtes le seul peintre marocain qui possède une grande collection des peintres marocains et même tous les grands?

Je vois où vous voulez en venir. Après mon départ, je n’ai jamais voulu vendre aucune œuvre parce qu’ils sont tous mes amis et dans cinq ans, je vais intégrer des nouveaux dans la collection qui va être offerte à un musée à Paris. D’autres peintures qui m’ont été offertes au Maroc, ne m’intéressent ni moi, ni ma femme, parce que nous avons le même goût.

Comment peuvent-ils, les amateurs ainsi que les collectionneurs, ne pas éviter ces arnaqueurs et malfaiteurs?

La seule solution c’est d’aller discrètement à la galerie au moment de l’exposition du peintre ou le contacter directement à son atelier et même dans la rue. C’est si facile pour éviter le mal ou sinon les directeurs de galeries et les exposants doivent se mettre en accord du dépôt de ces œuvres après l’exposition, avec un reçu du nombre d’œuvres en dépôts à la galerie, ou elle aussi organise en juillet, août, septembre, une exposition permanente de ces peintres comme en Europe.

Votre dernier mot pour les autres : les vendeurs de bétails, les gardiens de troupeaux et les arnaqueurs?

Je met tout le monde en garde , que depuis 1980, chaque tableau vendu est délivré avec un certificat qui prouve qu’il est signé et réalisé par moi même et que je suis le seul qui peux expertiser ma peinture, ainsi que les dates de signature , ou qu’on ne peut se prétendre expert en peinture, sauf la police ou la justice. Attention à ceux qui jouent avec le feu!

Propos recueillis par : Simone Seuron

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