La boite de Pandore

«Les techniques de mise en sécurité qu’on connaissait sont révolues. Firewall, password, et autres doivent être oubliés et n’ont plus de place dans le monde d’aujourd’hui». Quand une affirmation pareille émane d’un connaisseur du calibre de Hicham Iraqi Houssaini, DG de Microsoft Maroc (voire Al Bayane du 2 octobre 2017), l’on ne peut que s’interroger sur le sérieux des entreprises marocaines face à la menace informatique.

En effet, à la lumière des études successives similaires à celle conduite par Kaspersky lab, on décèle une certaine prise à la légère de ce danger propre aux temps modernes, et qui peut même ruiner des entreprises dans certains cas. Imaginez qu’un professionnel sur cinq avoue ne pas avoir recours aux outils de sécurité informatique, pensant ne pas en avoir besoin…

Pis encore, près de la moitié des professionnels affirment ne pas changer de mot de passe, renforçant ainsi les risques de piratage et d’intrusion de compte. Même que 30% des interrogés ont confié outrepasser ou négliger les règles de sécurité.

A se demander si ce laxisme n’est pas aberrant.

Dans le monde d’aujourd’hui, la toile grouille de nuisances. Virus mais aussi logiciels malveillants, perte de données, piratage de réseaux, de sites web et de messageries, logiciels espions et j’en passe… de l’autre côté les protections se multiplient et ne se valent pas. Là où un antivirus ne détecterait rien de suspect, la sirène de son concurrent se déclenchera à maintes reprises pendant l’analyse. Et nous le savons tous, un antivirus n’est jamais suffisant à lui seul, surtout pour une entreprise.

En revenant à l’étude Kaspersky, même si 77% des interrogés estiment important d’utiliser des outils de sécurité informatique pour la protection des données professionnelles, un bon nombre avoue ne pas en avoir besoin ou considérer cet engagement comme une priorité, ne pas s’y connaitre ou simplement rechigner à en payer le coût.

Ceci au niveau des volontés, mais sur le terrain…. La dernière vision de nos entrepreneurs est la plus véridique : la majorité des entreprises marocaines n’ont pas le réflexe de recourir à un professionnel de la sécurité informatique et de se doter de packs de protection en bonne et due forme.

Pourtant, on ne se rend compte du coût de la sécurité et du retour sur investissement qu’elle offre que le jour où l’on subit une attaque et que les systèmes faillent à y faire face ! Et là, face à l’évolution et la dangerosité des attaques actuelles, le concerné n’aura que les yeux pour pleurer.

Un dernier exemple pour la route, l’acte de piraterie à grande échelle dont ont été récemment victimes début octobre les agences de voyages, du moins les moins prudentes. Les employés d’une bonne cinquantaine d’entre elles ont ouvert un mail suspect contenant une mise à jour du système «Amadeus», ce qui a conduit à l’émission en séries de billets au profit des hackers et à des pertes évaluées à 400.000 dhs. Les agences se sont ainsi faites berner par manque de sensibilisation, car le système Amadeus est réputé pour faire ses mises à jour automatiquement et sans intervention externe.

Elles se sont risquées à ouvrir la boite de Pandore, par méconnaissance pour la plupart, et l’ont malheureusement payé cash. Des erreurs appelées à se répéter face aux larges mailles des filets de protection d’une majorité de nos entreprises nationales.

I.E.M

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