CGEM: Chakib Alj et Mehdi Tazi, un binôme «séduisant»

Les deux hommes seront à coup sûrs le 22 janvier prochain élus respectivement, président et vice-président de la CGEM. Et pour cause, ils sont les seuls à avoir déposé leur candidature après le départ de Salheddine Mezouar. Depuis le 13 décembre dernier, ils mènent tambours battant une campagne digne d’élections présidentielles presque. Presse, réseaux sociaux, rencontres marathon avec les différentes corporations et les différents lobbys,… Retour sur le parcours de deux hommes dont on entendra encore beaucoup parler.

Ils sont partout. En quelques semaines ils ont quasiment sillonné toutes les régions du Royaume et se sont entretenus avec bon nombre de fédérations et autres leaders d’opinion. Il faut dire qu’ils n’ont pas trop le choix, car entre le dépôt et la validation de leur candidature et la date de l’élection à proprement parler, il y a à peine un peu plus d’un mois. Chakib Alj et Mehdi Tazi ont selon toute vraisemblance mis les moyens pour réussir ce challenge, bien qu’ils n’aient pas de rivaux. Même si de nombreux noms ont circulé, au final personne n’a déposé sa candidature. Et cela ne pose de toute évidence aucun problème au futur président de la CGEM. Interrogée sur l’éventualité de potentielles critiques par rapport à cette candidature unique qui confère à cette élection un aspect moins démocratique, sa réponse est sans équivoque : «La candidature est consensuelle, elle n’est pas unique. Tout le monde pouvait se présenter, les gens ne sont pas présentés».

Rompu aux rouages des négociations corporatistes

Des propos qui donne le ton et le la de cette campagne : décomplexée, volontaire et prônant l’efficience, presque à outrance serait-on tenté de dire. Des propos qui donnent aussi une idée assez fidèle de la personnalité de Chakib Alj : confiance et détermination semble être ses leitmotivs. Il faut dire que les sorties médiatiques de Chakib Alj se font au compte-goutte. En dehors de la campagne médiatique menée à l’occasion des 100 de son groupe SNMM ( cf encadré :La séculaire SNMM de Chakib Alj), ou encore ses sorties  ayant pour objectif de défendre les intérêts des minotiers, on sait peu de choses sur le personnage. Le président de la fédération des minotiers n’est pas une figure médiatique que l’on interroge à tout va. Il est plutôt dans la parcimonie. C’est un homme de terrain, un industriel aux commandes de ses affaires.

C’est en 1987 qu’il reprend les rênes de la minoterie de son défunt père, l’Haj Mhamed Alj. A l’époque, SNMM est connu mais n’a pas l’envergure d’aujourd’hui. Chakib Alj ne tarde pas alors à développer ses activités et investissements : machines et laboratoire dernière génération, et surtout une stratégie de diversification musclée de l’immobilier à l’emballage en passant par l’alimentation de bétail.

Au début des années 90, il se fait un prénom en intégrant tour à tour lesorganes représentatifs des professionnels du secteur meunier.En 1993, il est sollicité par le Ministre de l’Agriculture pour faire partie des têtes dirigeantes de l’Association professionnelle de la minoterie (APM), alors chargée de la gestion de la subvention. Quand, quelques années plus tard, un scandale politico-financier s’abat sur l’APM et son collègue Ghali Sebti, Chakib Alj travaille sur un projet de réforme du statut de cette association, dans le but de lui retirer la gestion financière de la subvention de l’État ; une manière pour les minotiers de s’affirmer comme des hommes d’affaires dont les préoccupations sont tournées exclusivement vers le marché libre.En 2000, il quitte ce qui est devenu la Fédération Professionnelle de la Minoterie, puis en reprend la présidence en 2010 à la demande de ses membres ».

En 2013, il est élu à la tête de la Fédération Interprofessionnelle des Activités Céréalières (FIAC) qui regroupe toute la chaîne de valeur, « de la fourche à la fourchette ». Aujourd’hui, il est président de la FNM (Fédération nationale de la minoterie) avec toujours le même cheval de bataille.D’ailleurs sa position est claire tranchée et inébranlable depuis toujours : la libéralisation totale de la filière. «Je suis un libéral et je considère que chacun est responsable de ses actes. Ces moulins auraient pu investir et se développer. Je suis dans l’incapacité de défendre tout le monde. Je défends ceux qui survivront. Des choix sont à faire et je me tiendrai du côté des plus jeunes, des plus forts, des mieux armés. Cela dit, il nous incombe d’accompagner dignement les moulins menacés de disparition», déclare-t-il au mensuel Economie&Entreprises en février 2018. Tout un programme!

«Shifting Expectations»

En peu de temps, le binôme a esquissé une ébauche de programme. Des objectifs sectoriels sont affichés, des orientations sont clairement dessinées, même si Alj et Tazi admettent qu’ils peaufineront le tout à l’issue de leurs rencontres qui se poursuivront en ce début de mois de janvier. Si dans la forme l’approche adoptée par cette campagne est courue, il n’en reste pas moins que ce binôme dégage quelque chose de neuf. Ce n’est pas en soi une bonne ou une mauvaise chose, mais le binôme est novateur de par l’association de ces deux personnalités, qui ceci étant proviennent du même « bord business ». D’ailleurs, Chakib Alj n’a pas manqué de se faire interroger sur sa proximité avec Moulay Hafid Elalamy. Encore une fois sa réponse s’est voulue nette et sans équivoque : «Moulay hafid n’a nullement influé sur ma décision de me présenter à la CGEM». On ne sait pas si c’est également le cas pour Mehdi Tazi , son colistier , qui a travaillé pendant de longues années pour Saham.

Diplômé de Télécom Paris Sud en 1999 et titulaire d’un MBA de l’INSEAD en 2004, Mehdi Tazi a démarré sa carrière chez KPMG Consulting France. Il a successivement été Directeur du Développement du Groupe Saham, Directeur Général Adjoint puis Directeur Général d’Isaaf Mondial Assistance. Mehdi Tazi a ensuite été nommé Président Directeur Général de Saham Assurance après en avoir assuré la Direction Générale. Depuis sa démission du groupe, il enchaîne les succès. Après le rachat du courtier Belassur, devenu depuis Beassur Marsh (cf encadré «BeAssur Marsh : une nouvelle destinée signée Mehdi Tazi»), il a raflé nombre d ‘affaires à ses concurrents en adoptant un positionnement axé sur l’innovation.

Son coup de maître : faire entrer le géant américain du courtage Marsh dans le tour de table de BeAssur.Ses ambitions sont également très claires : «C’est tout le mal que je me souhaite, effectuer le même parcours que Moulay Hafid ou même le cinquième de ce parcours (….) L’innovation est la marque de fabrique de ce que MHE a construit et moi à ses côtés. L’étranger, oui, mais sans se presser», avait-il déclaré au moment de l’acquisition à Medias24.

Une déclaration qui explique toute la portée de la nouvelle signature adoptée alors par Beassur, «Shifting Expectations ». Peut-être que les membres de la CGEM seront  eux aussi en droit d’avoir de nouvelles attentes quant aux propositions de valeur de la part du binôme, si ce n’est de belles surprises…

Soumayya Douieb

La séculaire SNMM de Chakib Alj

Une chose est sûre. Trouver des informations d’ordres génériques sur la SNMM-Société Nouvelle des Moulins du Maghreb-est plutôt chose aisée désormais. Non pas parce que son patron fait la une des journaux en raison de sa candidature à la CGEM, mais parce qu’il y a un an le groupe a mené une vaste campagne médiatique pour célébrer ses 100 ans en janvier 2018! On trouve donc pléthore d’articles de presse reprenant inlassablement les mêmes informations, les mêmes éléments de langage et les mêmes chiffres.

Fondé en 1918 dans la rue de la Garonne en plein milieu du quartier prolétaire de Derb El Kébir, le premier moulin industriel d’Afrique avait coûté la bagatelle de 6,5 millions de francs de l’époque. L’entreprise portait alors le nom de Société des Moulins du Maghreb et était filiale des Grands Moulins de Paris dont le siège social se trouvait sur le prestigieux boulevard Saint-Germain de la capitale française.

Quelques années plus tard, les machines tournent à plein régime et l’activité de transformation des produits céréaliers est boostée par la croissance agricole que connaît le Maroc.En 1969, l’entreprise assiste à un revirement majeur : un changement d’actionnariat en faveur de la famille Alj qui rachète l’activité à BNP Paribas et la rebaptise « Société nouvelle des Moulins du Maghreb ».

Aujourd’hui et au bout d’un siècle de progression, la SNMM se positionne parmi les plus importantes minoteries à l’échelle continentale avec une capacité totale de production de 6.500 quintaux (qx) par jour.Moulins du Maghreb revendique près de 10% des parts de marchés dans un environnement comptant plus de 130 moulins. Entre 2015 et 2017, le groupe a investi 430 millions de DH, avec à la clé un chiffre d’affaires de 3,8 milliards de DH en 2017, dont 70% par l’activité de la minoterie.

A l’export, le groupe Alj réalise un chiffre d’affaires de 80 millions de DH. Il projette de le porter à 100 millions de DH, principalement en Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord et la zone ibérique. Il est également implanté à travers des joint-ventures avec des partenaires en Afrique (Mauritanie, Sénégal, Togo, la Guinée Conakry et la Côte d’ivoire).

BeAssur Marsh : une nouvelle destinée signée Mehdi Tazi

Fondé en 1974, Beassur est un courtier d’assurances réputé, spécialisé dans la gestion des risques et le courtage en assurances pour les grandes organisations ainsi que pour les entreprises de taille intermédiaire.

BeAssur dont le nom a changé fin 2017, suite à l’arrivée d’un nouvel actionnaire majoritaire en la personne de Mehdi Tazi, a connu de nombreux bouleversements ces derniers mois. Après la cession de la majorité des parts par le fondateur Mohamed Belmkadem en mai 2017, Belassur et devenu donc Beassur. Les derniers chiffres avant cette transaction attestaient d’un chiffre d’affaires de 17,7 millions de DH en 2015, avec un excédent brut d’exploitation de 27% et un résultat net de 2 millions de DH. Bien que ce courtier soit relativement de petite, il compte parmi les 10 cabinets les plus importants du marché.

Beassur possède une expertise forte dans des secteurs tels que la construction et les entités publiques et développe des solutions innovantes répondant aux exigences de ses clients.

Ainsi en l’espace de quelques mois, Beassur s’est positionné sur l’assurance en ligne en partenariat avec Geomedia, sur l’aquaculture, et a construit une offre pour les dockers avec RMA.

Mais le changement leplus retentissant qu’a connu Beassur est l’arrivée de Marsh dasn son capital en mai 2019. L’américain est le leader mondial du courtage et du risk management, avec un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, une présence dans 130 pays et employant plus de 35.000 personnes. Cet investissement donnera à Marsh une empreinte stratégique sur le marché marocain, mais il donnera aussi et surtout une force de frappe assez puissante. En combinant l’expertise de Beassur et sa connaissance approfondie du marché local avec les capacités de Marsh en matière de risque et d’assurance, il est fort à parier que le petit monde des courtiers s’en verra, pour le moins, quelque peu perturbé…

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