Crise des migrants: L’Autriche inquiète ses partenaires européens

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays a pris, à compter du 1er Juillet 2018 et pour six mois, la présidence tournante de l’Union Européenne, s’est déclaré, ce lundi, opposé au fait d’accorder aux migrants la possibilité d’être enrôlés en tant que demandeurs d’asile dans le vieux continent «depuis les plateformes régionales de débarquement» que l’Union entend «ouvrir» dans des pays tiers hors-UE car cela risquerait de «créer un facteur d’attraction incroyable».

Le dirigeant autrichien a, également, fait part de son intention de «prendre des mesures pour protéger» les frontières de son pays, notamment ses frontières du sud avec l’Italie et la Slovénie, imitant, en cela, l’Allemagne dès lors qu’elle a décidé d’apporter des restrictions quant à l’entrée des migrants sur son territoire.

Pour rappel, lors des négociations qu’elle avait eu avec son ministre de l’Intérieur pendant la grave crise gouvernementale qu’a connu son pays, Angela Merkel avait proposé à son ministre-rebelle Horst Seehofer de refouler vers l’Autriche les demandeurs d’asile arrivant sur le territoire allemand mais ne pouvant pas être renvoyés vers leur pays d’entrée dans l’U.E.

Il n’en fallait pas plus pour pousser l’Autriche à prendre des dispositions similaires en décidant de chasser les demandeurs d’asile vers ses frontières sud faisant fi de l’effet domino auquel cette situation pourrait donner lieu.

Ainsi, dans un document soumis à l’appréciation des vingt-huit membres de l’UE,  l’Autriche, qui est gouvernée par une coalition droite-extrême droite, occulte l’aspect humanitaire de la migration tout en privilégiant l’option sécuritaire car, à ses yeux, les migrants, qui sont, pour la plupart, des jeunes de sexe masculin seraient, dans leur grande majorité, «particulièrement sensibles aux idéologies hostiles à la liberté ou qui prônent la violence». Raison pour laquelle, Vienne n’envisage, désormais, de ne garantir l’asile, à l’horizon 2025, qu’à ceux «qui respectent les valeurs de l’U.E. et ses droits et libertés fondamentales»; une condition qui n’avait jamais été imposée auparavant aux migrants désireux de s’installer en Europe.

Considérant, par ailleurs, que l’Union Européenne a «perdu le contrôle de la situation» en 2015 – au plus fort de la crise migratoire – Vienne invite les Etats-membres à sécuriser une frontière extérieure commune à l’ensemble de l’espace Schengen pour endiguer le flot des réfugiés.

C’est dans ce cadre, d’ailleurs, qu’à l’instar du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Slovaquie et République Tchèque), Vienne prône  la fermeture des frontières de l’Europe avec une «externalisation totale du droit d’asile hors des frontières de l’U.E» et propose, par la même occasion, de réfléchir «à un nouveau système de protection (où) aucune demande d’asile ne sera déposée sur le sol européen».

Le chancelier autrichien invite, également, ses partenaires européens à bien étudier la question de l’accueil des 60 millions de personnes qui, de par le monde, seraient contraints de fuir leurs pays pour diverses raisons et même d’envisager la possibilité de permettre à ces derniers de déposer leurs demandes d’asile ailleurs qu’en Europe. Or, à l’heure actuelle aucun pays tiers hors-U.E. n’a proposé d’accueillir, sur son territoire, les «plateformes régionales de débarquement» des migrants secourus dans les eaux internationales et  les responsables des pays de l’Union Européenne planchent toujours sur ce «concept encore flou» de plateformes dont la mise en œuvre suscite  beaucoup d’appréhensions chez les Etats-membres au regard notamment de sa compatibilité avec le droit international.

Estimant, en outre, qu’il serait «plus intelligent d’aller chercher directement les gens dans les zones de guerre plutôt que de créer une incitation à entreprendre la dangereuse traversée de la Méditerranée», le chancelier autrichien Sebastian Kurz propose de tenir, avant la fin de l’année, un sommet UE-Afrique destiné à la mise en place du cadre juridique qui permettra la conclusion d’accords avec les pays africains qui accepteront d’accueillir ces plateformes.

Les mesures proposées par Vienne sont-elles à même de réduire le nombre de migrants qui, au péril de leurs vies et de celles de leurs enfants, tentent chaque jour d’atteindre les côtes du vieux continent ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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