Escompte

Alors que l’horizon 2020 est avancé d’une heure par une décision hautement stratégique du gouvernement réuni en conseil spécialement dédié, il est temps de prendre du recul pour apprécier les stratégies sectorielles nationales qui se sont donné cette limite temporelle pour se faire. Cela s’impose même, du temps où la volonté générale s’exprime pour la ré-régulation de l’économie nationale.

Si la trajectoire politique reste comme elle se défile actuellement, 2021 est une échéance électorale structurante plus que n’aurait pu être 2016. Il s’agit donc de savoir où va le beau pays où nous sommes. S’agira-t-il d’un changement de personnes dont les prémisses sont balbutiantes ou s’agira-t-il encore plus d’une isostasie pour rééquilibrer les différents blocs (politique, économique, social et culturel) constituant le processus démocratique?

Il ne s’agit pas de jeter le bébé et l’eau du bain ! Quelle que soit la situation de leur aboutissement (ou presque) les stratégies sectorielles ont eu le mérite d’exister. Par cela même, la démonstration a contrario est facilitée. L’ambition de chaque stratégie de rehausser la part du secteur dans le PIB national, d’assurer sa modernisation, la création d’emplois, son ouverture et sa compétitivité à l’échelle internationale ne peut faire l’objet de surenchère aucune. Le défi réside dans la réussite de la stratégie et son intégration dans le cadre du développement durable du pays.

Ainsi, comme le confirment un nombre certain de rapports émanant d’organismes aussi bien nationaux qu’onusiens ou internationaux, la convergence des stratégies sectorielles n’est pas toujours assurée ainsi que leur cohérence avec les politiques publiques poursuivies ; et leur succès par rapport aux objectifs qu’elles se sont fixés est loin d’être atteint.

Il serait intéressant pour la suite inéluctable des choses de savoir le pourquoi et le comment qui ont fait que la chose n’a pu se faire totalement ou partiellement. Incapacité intrinsèque à réaliser son choix, résistance à la réforme et à la modernisation, intérêts occultes ou déclarés qui s’opposent au succès de ce qui est entrepris, mauvaise gestion, …, et quoi encore ? C’est à la mesure de cet effort que l’on pourrait dépasser les déconvenues, les dysfonctionnements et les obstacles dans la voie de la durabilité du développement.

La conduite des projets et les ressources humaines disponibles ou choisies pour être en charge de leur réalisation peuvent ne pas s’accommoder avec l’environnement administratif. Le financement desdits projets peut induire un endettement lourd de conséquences. Les déterminants de la compétitivité peuvent s’opposer au lieu de développer la synergie nécessaire. Cela et d’autres affirmations provocatrices à dessein, ne peuvent faire oublier certains maux endémiques de notre gouvernance à différents niveaux tels que le laxisme, la corruption, une évaluation complaisante, le gaspillage des deniers publics, le déphasage du législatif et du réglementaire à l’image de celui entre les représentants, les conseillers et le gouvernement et « une dépendance élevée aux capitaux étrangers et à l’expertise et intérêts étrangers ».

On ne peut donc que réitérer la conclusion du Conseil Economique Social et Environnemental en 2014 : «les stratégies sectorielles et les accords de libre-échange ne produisent pas les effets escomptés sur la croissance économique, la compétitivité, la création d’emplois qualifiés et le développement humain» ! Elles ont servi à quoi alors ? Question qui mérite réponse par qui de droit ; à moins de persister dans l’opacité et l’occultation. Au moment où l’unanimité est acquise sur la nécessité d’un «nouveau modèle de développement» ; la critique, bonne ou mauvaise, de l’antécédent ne peut qu’être utile. Passer sur l’expérience des stratégies sectorielles sans connaitre ses défaillances, les causes et les responsabilités de leurs échecs, diminue la crédibilité de toute entreprise rectificative.

Certes «le Maroc a réalisé des avancées incontestables» il y a de cela quelques temps. Le Maroc a changé, partout et en tout, mais reste toujours en « rattrapage » comme cet étudiant qui, à la veille de devenir lauréat, se rend compte qu’il lui faut patienter et encore réussir des modules en crédit depuis le premier semestre ! Le pays a des atouts, mais reste encore à la recherche de l’émergence. Ses étudiants arrivent à réussir un diplôme, mais restent des chômeurs attitrés. Le Maroc a besoin d’un escompte dans son action de développement durable et soutenu. Un nouveau souffle!

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