Esith : après 20 ans, un nouveau virage

Vingt ans déjà que l’Esith existe et forme les professionnels des secteurs du textile et habillement. L’établissement a décidé d’entrer dans la vingtaine en faisant peau neuve. Entre publication d’un livre, nouvelle identité visuelle, stratégie disruptive pour les prochaines années, l’école créée sur la base d’un partenariat entre les professionnels de l’industrie textile et l’Etat entend offrir désormais des formations adaptées à l’industrie 4.0.

L’Esith veut vivre sa vingtaine différemment. Pour ses 20 ans, l’Ecole supérieure des industries textile et habillement (ESITH) a décidé de revoir sa stratégie pour une nouvelle étape de développement. Il faut dire qu’au cours de ses vingt ans d’existence, la seule école dédiée aux filières textile et habillement au Royaume  a atteint des chiffres assez satisfaisants. Une enquête indique que le taux d’insertion des lauréats de l’école est de l’ordre de 90% pour les 6 mois après la diplomation, de 80%, quatre mois après l’obtention du diplôme et de 20 à 30% durant le stage de fin d’études. Bien plus, en termes de rapport coût/efficacité, le département de l’emploi et de la formation professionnelle avait indiqué devant des organismes internationaux que «l’Esith a un coût de formation 50% moins cher que les coûts enregistrés dans le secteur public».

A dire que pour les responsables de l’établissement, il ne s’agit guère d’essayer de redorer le blason de l’école, mais de se préparer pour mieux sauter. En effet, pour les prochaines années, l’Esith ambitionne d’anticiper l’évolution des industries textile et habillement et ses besoins. Dans le cadre de cette stratégie disruptive, l’établissement a procédé à la refonte de ses cursus «ingénieurs textiles techniques et intelligents» et «ingénieurs habillement». De nouvelles formations devront être introduites très bientôt dans le cursus de l’Esith, entre autres «ingénieur en chimie appliquée et matériaux avancés», «mastères en marketing digital». D’autres sont en cours d’études, notamment «master en informatique industrielle» pour les lauréats de licence informatique et «mastère en management d’usine 4.0» pour les gestionnaires en poste. Si elles sont validées, ces formations seront mises sur le marché d’ici 2023, puisque la procédure nécessite une période de 5 ans.

Autre nouveauté, l’Esith développera des cours entièrement en anglais. Objectif : améliorer et parfaire le profil international de ses lauréats. En outre, l’établissement compte faire de la recherche et développement son cheval de bataille, avec l’ambition d’accroitre sa notoriété sur le plan international. De nouveaux laboratoires seront ainsi créés en fonction des différentes thématiques d’enseignement et un cursus «création et développement d’entreprises innovantes» sera initié. En outre, l’Esith procèdera, avec certains doctorants, au lancement de «spin offs», autrement dit des entreprises créées à partir de laboratoires de recherche. Celles-ci seront accompagnées dans l’incubateur Esith.

Un nouveau site à Tanger?

Pour son futur, l’Esith ambitionne de créer un nouveau site à Tanger, étant donné la saturation du site de Casablanca. «Le site de Casablanca est saturé alors que la demande en compétences de haut niveau est très forte, chaque année, à notre grand regret nous refusons des candidats», confie l’établissement dans un communiqué. Les responsables auraient déposé récemment une demande  pour ouvrir un site à Tanger, afin de se rapprocher de son pôle industriel, sachant qu’il est de plus en plus important. A noter qu’en 2017, l’Esith avait déjà ouvert une antenne commerciale à Tanger au siège de l’association marocaine de l’industrie textile et habillement (AMITH) pour se rapprocher des entreprises de la région. Dans le cadre du projet d’extension de l’Esith à Tanger, les responsables de l’établissement auraient proposé aux autorités de tutelle de créer « l’Institut de digital ingénierie ». Son objectif étant de former les compétences indispensables, permettant aux industries marocaines de survivre devant la révolution mondiale, marquée par l’introduction des technologies dans le secteur de l’industrie. L’école aurait de plus grands projets, puisqu’elle ambitionne de lancer «Esith for Africa», qui formera des élites du management industriel et commercial en Afrique. L’objectif étant aussi d’accompagner les industriels marocains en Afrique subsaharienne.

Si l’établissement compte investir dans d’autres régions, il envisage surtout renouveler les équipements du site de Casablanca qui datent de l’année de création de l’établissement et suivre les avancées technologiques des secteurs industriels. «Nos autorités doivent s’engager à investir pour la disponibilité de compétences de haut niveau. C’est un impératif majeur pour le développement de notre pays», souligne l’établissement dans un communiqué de presse.

En phase avec l’industrie 4.0

L’industrie textile et habillement se trouve à une vitesse de croisière, marquée par des évolutions constantes et surtout l’introduction des technologies dans ces domaines, avec les vêtements intelligents et autres… Une véritable disruption et révolution que l’Esith entend anticiper.  L’école ambitionne désormais de « former ses étudiants pour des emplois qui n’existent pas encore aujourd’hui et qui utiliseront des technologies qui n’existent pas encore pour résoudre des problèmes que nous ne connaissons pas encore ». Dans ce cadre, l’école a accueilli récemment son premier robot, en plus de son imprimante 3D et de sa fraiseuse numérique 3D. Pour se mettre en phase avec l’industrie 4.0, l’établissement digitalisera ses cours sur une plateforme cloud à accès réservé. Il initiera en outre des «learning labs», des laboratoires où les étudiants initient des projets individuels autogérés, des simulations, des jeux d’entreprise pour mettre en œuvre ce qu’ils ont appris en classe. De même, l’école compte investir dans le «micro-Learning». Il sera ainsi possible pour les enseignants de l’école de développer des séries de petites vidéos mises en ligne sur la plateforme Esith-learning et consultables à tout moment et en tout lieu par l’étudiant.

Une nouvelle image de marque et un livre pour ses vingt ans

Pour marquer son entrée dans la vingtaine qui coïncide avec la révolution numérique, l’Esith a décidé de créer un nouveau logo qui correspond à ces bouleversements, notamment l’intelligence artificielle, la robotique, l’Industrie 4.0. L’objectif étant d’accompagner les industries marocaines dans ce monde nouveau. De même, l’école a publié un livre commémoratif intitulé «A nos vingt ans» qui présente son histoire, ses réalisations et sa nouvelle stratégie. L’ouvrage comporte également des témoignages de plusieurs acteurs de différents secteurs de l’économie marocaine.

Danielle Engolo

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