Le Chili entre la faim et la pandémie…

Pour endiguer la propagation du Covid-19 sur leur territoire, et notamment à Santiago, la capitale, où sont concentrés 80% des 46.000 personnes contaminées, les autorités chiliennes n’avaient pas d’autre choix que celui d’imposer aux habitants un nouveau «confinement» à partir du vendredi 15 mai après les avoir libéré à la fin du mois de mars quand le pays ne comptait qu’une centaine de contaminations et aucun décès.

Mais, très mal accueillie par des chiliens qui étaient toujours dans l’attente de la réception des colis alimentaires promis alors qu’avant même cette pandémie, la capitale était en proie à une grogne sociale sans précédent à cause de la hausse qui, en Octobre dernier, avait affecté les prix des tickets de métro, cette décision donna lieu à de très violents affrontements avec les forces de l’ordre.

«C’est le retour des casseroles» pouvait-on lire à la Une d’«El Mostrador» après que les habitants d’El Bosque, un quartier pauvre du sud de la capitale chilienne manifestèrent leur colère en frappant sur des casseroles ; ce « concert » étant devenu, depuis les émeutes d’Octobre dernier, un moyen de protester contre le pouvoir.

Mais lundi les choses devinrent plus compliquées et les forces de l’ordre furent obligées de faire usage de bombes lacrymogènes pour contrecarrer les jets de pierres d’une population dont l’exaspération était à son comble du fait d’une absence de travail qui perdure depuis que, pour enrayer la propagation de la pandémie du Covid-19, les autorités chiliennes avaient déclenché l’alerte sanitaire le 7 février et ordonné, à ce titre, la fermeture des écoles et des entreprises ainsi que l’instauration d’un couvre-feu. Tous les hôpitaux avaient été mobilisés et des stocks de tests et de respirateurs furent constitués.

Mais, en voyant qu’à fin-mars, la propagation de la pandémie était contenue puisque seules 100 personnes avaient été contaminées et qu’aucune n’en était morte, le gouvernement chilien, persuadé que la pandémie était passée, commença alors à encourager la reprise de l’activité économique même si les autorités sanitaires étaient d’un autre avis. Erreur fatale car après une semaine, le nombre de contaminations a doublé et le re-confinement imposé de nouveau ; une situation qui irrite une population craignant de passer un hiver confinée avec la peur d’un côté et la faim de l’autre.

La municipalité d’El Bosque a, dans un communiqué,  justifié le soulèvement des habitants de la capitale par la détérioration de leur « qualité de vie » et par le manque de considération de la part d’un pouvoir central qui ne leur a apporté aucune « mesure concrète » alors même qu’ils sont sans travail depuis plus d’un mois.

L’autre complication qui se profile à l’horizon a trait à l’arrivée prochaine de cet hiver austral qui, avec ses baisses de températures, va incontestablement provoquer une augmentation des maladies respiratoires, principalement dans les quartiers pauvres de cette agglomération de 7 millions d’habitants. Raison pour laquelle la brusque montée, la semaine dernière, des cas de Covid-19 et des maladies respiratoires classiques fait craindre le pire aux médecins chiliens qui redoutent un débordement du fait d’une arrivée massive des malades dans les hôpitaux.

« Les gens ont faim » titre un journal en ligne pour rappeler que le confinement n’est pas la solution car bien que le gouvernement avait promis de distribuer 2,5 millions de colis contenant des produits alimentaires et des produits de première nécessité, cette distribution n’a toujours pas eu lieu.

Qu’adviendra-t-il si l’aide alimentaire qu’attendent les chiliens n’est pas rapidement distribuée et que la pandémie du Covid-19 continue inexorablement sa progression ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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