Le déploiement de l’IA au sein des organisations sous la loupe d’experts à Rabat

Rencontres scientifiques de la CMR

Les mesures de déploiement de l’intelligence artificielle (IA) au sein des organisations ont été au cœur des débats, jeudi à Rabat, à l’occasion de la 6ème édition des Rencontres scientifiques de la Caisse marocaine de retraite (CMR).

Placé sous le thème «L’IA et son rôle dans le développement des compétences, le renforcement des capacités organisationnelles et l’amélioration de la qualité des services», cet événement a été l’occasion d’explorer en profondeur divers aspects de la manière dont l’IA peut être stratégiquement intégrée pour catalyser la croissance et l’efficacité des organisations.

Dans une allocution d’ouverture, le directeur de la CMR, Lotfi Boujendar, a mis en avant l’importance de ces rencontres devenues désormais un rendez-vous incontournable entre le monde professionnel et académique autour de sujets d’intérêts majeurs, appelant à centrer les discussions autour des moyens permettant de surmonter les risques et de promouvoir une culture de l’IA au sein de la société marocaine.

«Les technologies de l’IA ont également le potentiel de révolutionner le développement des politiques publiques centrées sur le citoyens », a-t-il dit, estimant que l’IA peut également renforcer la relation humaine entre le citoyen et l’agent public en automatisant certaines tâches chronophages et répétitives.

De son côté, Maha Gmira, experte en stratégie d’IA auprès des Nations Unis pour le Développement, a donné un aperçu général sur l’IA générative, soulignant la nécessité d’anticiper les évolutions rapides de cette technologie en développant des stratégies efficaces.

Gmira a également abordé les questions liées à l’éthique et à la gouvernance de l’IA, mettant l’accent sur l’importance de promouvoir des normes mondiales pour assurer un déploiement responsable de cette technologie.

Le vice-directeur de la Stratégie au sein de l’Autorité Saoudienne pour les données et l’IA (SDAIA), Abdulrahman Habib, s’est arrêté, quant à lui, sur l’expérience pionnière de cet organisme reconnu comme référence nationale en ce qui concerne tous les aspects liés à l’organisation, au développement et à la gestion des données et de l’IA.

Il a ainsi passé en revue plusieurs exemples concrets illustrant l’utilisation de l’IA dans divers secteurs publics de l’Arabie Saoudite, notamment dans le domaine de la santé pour améliorer les diagnostics médicaux, l’optimisation des services administratifs grâce à des systèmes automatisés, ainsi que dans le secteur éducatif pour personnaliser les méthodes d’enseignement.

Intervenant à son tour, le responsable de la Maison de l’IA (MIA) à l’Université Mohammed Premier (UMP) d’Oujda, Toumi Benchentouf a mis en exergue l’expérience de la MIA, qui a pour mission principale le développement de cas d’usage concret de l’IA, tout en évaluant les impacts sociétaux et éthiques de cette technologie.

Benchentouf a particulièrement souligné l’engagement de la MIA dans le contexte du « Morocco FlyingLabs », évoquant, dans ce sillage, le projet Youth-let, une initiative visant à former les étudiants de l’UMP aux technologies de cartographie avec des drones et qui représente une avancée significative dans le paysage universitaire en matière d’IA.

Même son de cloche chez Abdellatif El Afia, professeur à l’École nationale supérieure d’informatique et d’analyse des systèmes (ENSIAS) de l’Université Mohammed V de Rabat, qui a revisité l’expérience de cette école supérieure publique en matière d’utilisation de l’IA, rappelant dans ce contexte la création en 2019 de la première formation d’ingénierie en IA au niveau national à l’ENSIAS.

« Les diplômés de cette filière ont réussi leur intégration professionnelle en tant qu’ingénieurs en IA, Data scientists, consultants en IA, et ont également contribué activement à la recherche scientifique », a-t-il dit, ajoutant que cette approche éducative répond efficacement à la demande croissante de professionnels hautement qualifiés en IA à l’échelle nationale.

Pour sa part, le directeur de la facilitation, systèmes d’information et stratégie au sein de la Direction générale des Impôts (DGI), Aboubakr Himeur, est revenu sur l’expérience de la DGI en matière d’anticipation de l’IA, notamment la manière dont elle a proactivement intégré des solutions basées sur l’IA pour anticiper les évolutions du secteur fiscal.

Parmi les initiatives mentionnées figurent l’automatisation de tâches répétitives, le déploiement de Chatbots destinés aux clients pour renforcer la communication et simplifier les interactions, outre la digitalisation de plusieurs services dans le but de réduire la nécessité de déplacements physiques vers les agences de la DGI, a expliqué Himeur.

« La transition vers des systèmes automatisés constitue une évolution progressive qui demande une adaptation de la part des usagers », a-t-il fait remarquer, relevant que la conception efficace et éthique de l’automatisation dépend largement de la fiabilité et de la pertinence des données sur lesquelles ces systèmes s’appuient.

Par ailleurs, Yassine Moudatir, directeur de Solution Factory, Sanlam, a mis en lumière l’importance cruciale de certaines approches pour maximiser les bénéfices des outils d’IA au sein de l’organisation.
Il a, à cet égard, souligné l’impératif de définir clairement les objectifs avant d’adopter des outils d’IA, mettant en avant l’idée que des objectifs bien définis guident efficacement la mise en œuvre de projets d’IA et contribuent à des résultats mesurables.

En insistant sur ces bonnes pratiques, Moudatir a offert des éclairages pertinents sur la manière dont les organisations peuvent naviguer efficacement dans le paysage complexe de l’IA, en maximisant ses avantages tout en minimisant ses risques potentiels.

De son côté, l’experte en transformation digitale, Samia Chérif d’Ouezzane, qui s’est penchée sur les défis relatifs à l’adaptation des fonctionnaires aux outils d’IA, a souligné la nécessité de sensibiliser les employés à ces nouvelles technologies.

Elle a, dans ce sens, recommandé la mise en place d’une approche proactive visant à favoriser une transition fluide vers l’utilisation des outils d’IA au sein des organisations, notant que cela inclut également le renforcement de la conviction au changement et l’instauration d’un système de « feedback continu ».

Dans le même ordre d’idées, Nabil Haffad, expert en marketing digital, a partagé ses réflexions sur la manière dont l’IA générative influe sur l’organisation et comment l’expertise humaine peut être harmonieusement intégrée à la technologie dans le contexte professionnel.

« Bien que l’IA puisse entraîner la destruction de certains emplois, elle représente également une opportunité stimulante pour chacun de se challenger et de se développer professionnellement », a-t-il lancé.

A la suite de ces interventions, un débat a été ouvert où plusieurs invités ont échangé à propos des enjeux et des opportunités découlant de l’IA. Ce débat animé a permis d’approfondir les discussions et de confronter divers points de vue sur la manière dont l’IA transforme les entreprises et les pratiques professionnelles.

Cette 6e édition des Rencontres scientifiques de la CMR, qui s’est articulée autour de deux panels sur «Anticiper l’IA: Comment se préparer efficacement ?» et «Comment l’IA peut-elle transformer les métiers et développer la résilience des organisations ?», a constitué une plateforme dynamique pour explorer les implications pratiques de l’IA dans le monde professionnel, offrant ainsi une compréhension approfondie des diverses perspectives et des défis auxquels sont confrontées les organisations à l’ère de la transformation digitale.

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