Le Nicaragua entre dialogue et répression…

Pour sauver le processus du dialogue en cours, le gouvernement du Président Daniel Ortega qui avait toujours opposé une fin de non-recevoir au souhait de l’opposition d’inviter l’Organisation des Etats américains et l’ONU à la table des négociations en tant que «garants» du processus de paix avait finalement  consenti à faire participer l’Organisation continentale aux discussions, à libérer les prisonniers politiques «qui n’ont pas encore été jugés» et à réexaminer les dossiers de ceux qui l’ont déjà été de manière à ne point générer «d’impunité».

Mais samedi dernier, 16 mars 2019, l’opposition avait voulu organiser une grande manifestation à Managua pour exiger la libération de «tous les prisonniers politiques»; ce à quoi le régime s’était violemment opposé en déployant des milliers de policiers anti-émeute qui ont arrêté un grand nombre de manifestants et fait usage de bombes lacrymogènes pour disperser les autres ; ce qui ne peut que mettre à mal le processus de négociation en cours pour faire sortir le pays d’une crise politique qui divise le pays depuis onze mois.. Après une journée de violence, cent soixante quatre manifestants ont été relâchés aux cris de «el pueblo unido jamas sera vencido» (Un peuple uni ne sera jamais vaincu). Mais

Parmi les manifestants libérés, ce samedi, il y a eu des « grands noms » de l’opposition dont l’avocate Azahalea Solis et le leader étudiant Max Jerez, tous deux membres de la  plateforme de l’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD) qui regroupe des syndicats, des organisations de la société civile, des entreprises et des étudiants et qui participe depuis le 27 février aux négociations avec le gouvernement.

A la vue des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, il apparait très clairement que les forces anti-émeute n’y sont pas allées de main morte tant vis-à-vis des manifestants qu’elles frappaient sans ménagement avant de les embarquer dans des fourgons de police qu’à l’égard  des journalistes qui couvraient l’évènement puisqu’un caméraman de l’AFP s’est même vu confisquer son matériel.

Et même si aucun décès n’a été signalé, le large coup de filet opéré ce samedi menace grandement la reprise du dialogue entamé pour sortir le pays de la crise qui le paralyse depuis que le 18 Avril dernier une manifestation contre la réforme de la sécurité sociale s’était vite transformée en une révolte contre le régime du vieux Daniel Ortega auquel il est demandé de rétablir les libertés publiques, de réformer la loi électorale, d’organiser des élections anticipées et de mettre fin à la vague de répression qui a fait 325 morts et plus de 700 prisonniers d’après les organisations de défense des droits humains.

La manifestation de ce samedi – la première depuis l’interdiction de manifester instaurée en septembre dernier et qui avait valeur de test pour l’opposition – a bien révélé qu’«il est, désormais, impossible de revenir à la table des négociations alors qu’Ortega démontre qu’il veut résoudre la crise par la violence»  a déclaré Carlos Tünnermann, le négociateur-en-chef de l’ACJD.

Et si, par ailleurs, le Parlement européen a approuvé, le 14 mars dernier, une résolution prévoyant le gel des comptes bancaires en Europe de plusieurs hauts fonctionnaires nicaraguayens  après que Washington ait limité, en décembre dernier, l’accès du Nicaragua aux prêts internationaux, force est de reconnaître que, même sur le plan des relations internationales, l’étau se resserre bien fort autour du président Daniel Ortega. De quoi donc demain sera-t-il fait au Nicaragua? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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