Le PPS au Parlement

Le marasme et la lenteur économiques risquent de réduire à néant les prévisions du PLF2020

La conjoncture politique et sociale que traverse le pays n’est guère encourageante (vulnérabilité, blocage, perspectives obscures). Economiquement parlant, elle est marquée par un ralentissement de la croissance et un marasme économique, qui risquent de réduire à néant les prévisions peu ambitieuses du Projet de loi de finances 2020, a souligné le conseiller parlementaire Addi Chajri (PPS).

Intervenant lors de la séance plénière, consacrée jeudi 5 décembre par la Chambre des Conseillers, à l’examen de la première partie du projet de loi de finances 2020, le conseiller a rappelé que l’examen de l’actuel projet de loi de finances se poursuit, alors que le pays s’apprête à se doter d’un nouveau modèle de développement, devant lui  permettre, conformément aux hautes orientations royales, de réduire notamment les disparités sociales et territoriales.

L’échec de l’actuel modèle de développement fait désormais l’unanimité de tous, à l’exception toutefois du chef du gouvernement qui se félicite, dans ses réponses aux questions des parlementaires, des exploits et des succès de l’action menée par son équipe, des projets réalisés et de leur parfaite convergence.

Selon ses dires, il n’y a ni crise, ni dysfonctionnement au niveau du modèle de développement en vigueur, dont l’essoufflement et l’échec patent sont reconnus au plus haut niveau. Et c’est ce que confirment d’ailleurs les données statistiques et comptables des organismes spécialisés de l’Etat.

C’est dans ce climat que l’actuel projet de loi de finances 2020 est confectionné, à l’issue notamment des troisièmes Assises nationales de la fiscalité, dont les recommandations sont tout simplement ignorées par le PLF 2020.

Pour redresser la situation et relever les défis qu’il affronte, le Maroc est en effet appelé à élaborer un nouveau modèle de développement performant, à donner une nouvelle impulsion aux grands projets de développement, à mettre en œuvre les lois organiques requises, à parachever le chantier législatif (secteurs sociaux, fiscalité, élections) et à faire en sorte que le projet de loi de finances, en tant qu’outil annuel, s’inscrive dans cette dynamique d’ensemble, a expliqué le conseiller.

Ce qui n’est pas le cas de l’actuel projet de loi de finances 2020, dont les dispositions sont loin de répondre aux besoins croissants des différentes couches sociales, a-t-il dit, soulignant que le projet en question est démuni de toute initiative créative et courageuse et de toute vision, fondée sur un discours politique clair qui définit les éléments de cadrage du travail gouvernemental.

Trois notions définissent en gros le PLF 2020, selon lui, à savoir la peur qui se nourrit du manque de confiance, l’iniquité ou le sentiment d’injustice, qui s’expriment à travers l’absence de justice et d’équité et l’attentisme, qui traduit l’absence d’audace et de l’initiative.

Ce qui a amené le conseiller à se poser la question de savoir pourquoi a-t-on procédé au dernier remaniement gouvernemental. Mais quelle est la plus value d’une telle opération?, s’est il interrogé.

Explicitant davantage les trois caractéristiques du PLF2020, Chajri a indiqué que l’attentisme qui marque la conjoncture devait plutôt inciter le gouvernement à élaborer un projet ambitieux capable de rétablir la crédibilité de la politique et d’initier une dynamique à travers la participation de tous et l’ouverture d’un dialogue public responsable au sujet du nouveau modèle de développement en cours d’élaboration.

C’est précisément cela qui fait défaut au projet, alors que le chômage s’accentue, l’enseignement se détériore au même titre que la santé et les services publics et la classe moyenne continue de s’effriter, explique-t-il.

La peur de l’avenir et la perte de confiance de part et d’autre s’expliquent par le fait que les considérations sécuritaires occupent une place prépondérante dans l’actuel PLF2020 au détriment des besoins sociaux de la population, a-t-il ajouté.

Les secteurs à caractère sécuritaire (interne et externe) s’accaparent le tiers du budget, soit 77 milliards de dirhams au total contre 97 milliards de Dirhams pour les services de la dette et 91 milliards aux deux secteurs de la santé et de l’éducation nationale, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur, (que d’aucuns taxent injustement d’être trop couteux pour le budget de l’Etat ndl).

Une telle tendance liée au manque de confiance touche de plein fouet le secteur privé, a-t-il encore estimé.

Cette absence de confiance explique aussi dans une grande mesure pourquoi le PLF2020 ne prévoit pas de mesures globales pour améliorer le pouvoir d’achat des citoyens, a-t-il fait savoir.

Ce sentiment d’injustice de plus en plus répandu parmi les citoyens est également aggravé par les mesures d’amnistie prévues au profit des fortunes illicites et de l’Etat dont les biens sont désormais insaisissables en vertu de l’article 9 du projet.

En attendant, a-t-il déploré, certaines parties ont déjà engagé les gros moyens pour remporter coute que coute les prochaines élections.

M’Barek Tafsi

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