Les anciens Empires en guerre latente …

Leçons du conflit d’Ukraine

Par Mohamed Khalil

A l’instar de l’humanité, l’histoire de la Russie est jalonnée de guerres depuis la nuit des temps. Comme de nombreux pays, la Russie fut convoitée par d’autres empires et, pour sa part, elle a convoité bien des pays, avec une histoire mouvementée, entre guerres et paix. Avec des extensions ou des réductions de territoires et d’intégration ou de séparations de populations.

Sans aller à l’antiquité, il suffira de rappeler brièvement la naissance de l’empire russe en 1783 et sa dislocation avec la Première Guerre mondiale de 1914 qui a remodelé, à sa fin en 2017 avec la Révolution léniniste d’Octobre, la carte politique et territoriale de l’Europe, mais également des empires de l’époque.  

 Aujourd’hui, le président Poutine, après une période d’accalmie avec l’Europe occidentale, semble s’orienter vers le retour à la puissance russe, gravement méprisée par les tentations d’hégémonie américaine sur le monde, surtout son attitude dans le Vieux Continent.

Indubitablement, la guerre d’Ukraine aura des conséquences géostratégiques et donc territoriales. Comme ce fut le cas après chaque conflit régional ou mondial, celui de l’Ukraine ne pourra pas déroger comme exception.

Guerres et querelles entre les empires…

Et si, sur le plan de l’histoire, Ivan IV le Terrible fût le premier tsar russe en 1547, c’est Pierre le Grand – avec un règne de 1696 à 1725- qui  est considéré comme le fondateur et le père de l’empire russe.

C’est sous son règne que l’empire connaîtra bien des alliances et fera des guerres d’extension, notamment contre la Suède qui dominait la mer Baltique, aidé en cela par le Danemark et la Pologne. Après une première défaite, il reviendra à la charge, en mutant la capitale à Saint Petersbourg, et vaincre la Suède en Ukraine…

A partir de cette date, la Russie mettra fin à la domination suédoise et deviendra une grande puissance.

Depuis, plusieurs tsars se sont succédé à la tête de l’empire, avec un passage remarqué d’une tsarine, par alliance d’origine polonaise. Catherine II a eu son lot de guerres et de conquêtes notamment de territoires sous domination turque à l’image de la Crimée, annexée en 1783 après une courte indépendance…

Elle fera face à la guerre déclenchée, quatre années après, par l’empire Ottoman.

Pour les historiens, Catherine II  est la fondatrice de la ville d’Odessa, objet lors de l’opération militaire russe actuelle de convoitise, sachant qu’elle détient une position stratégique au niveau de la Mer d’Azov…

Il faudra, enfin, souligner que les XVII et XVIII èmes siècles ont été marqués par les empires Qing en Chine, moghol en Inde et russe au Nord, qui représentaient les trois grandes puissances en Asie.

Plus récemment, en Europe et au début du dernier siècle, l’Empire austro-hongrois était composé de nombreux peuples et populations  (autrichiens, hongrois, tchèques, roumains, serbes et d’autres comme la Pologne, partagée entre l’Empire russe, la Prusse et l’Autriche-Hongrie).

La Turquie, qui ne sera reconnue comme pays qu’en 1923, constituait le berceau de l’Empire ottoman…

Il ne faudra pas oublier également que l’Allemagne avait pris l’Alsace et une partie de la Lorraine à la France après la guerre de 1870-71. Elle les rétrocèdera à l’Hexagone en 1917, après le Congrès de Versailles où les vainqueurs avaient imposé leurs lois.

Donc l’on peut dire que, depuis toujours, les empires et pays européens de l’époque étaient en perpétuelles disputes et querelles autour de nombreux territoires…

Aujourd’hui, les historiens essaient de revisiter ces tranches de vie des nations, pour jeter un faisceau de lumière sur les intentions de la Russie. Et pas seulement la Russie. Car derrière elle, ce sont les anciens Empires qui scrutent la suite des événements.

Car les Occidentaux mettent en doute, sans arguments valables, les déclarations officielles de Vladimir Poutine, qui a exposé ses objectifs réels, résumés en la volonté de neutraliser, dénucléariser et dénazifier l’Ukraine. Trois grandes missions placées comme une condition sine qua non à l’arrêt de la guerre.

Aussi, bien des  observateurs estiment que la conjoncture politique, militaire et stratégique rappelle l’état des lieux ayant prévalu avant la Première Guerre mondiale de 1914-1917, avec de nouvelles alliances, qui, cette fois-ci, dépasseront le cadre de l’Europe pour englober l’Asie… En d’autres termes, et face aux changements territoriaux intervenus à la fin de la guerre de 1945 et sa précédente, les anciens empires maintiennent le rêve de revenir à la puissance d’antan, en reconstituant certaines gloires ponctuelles.

Les va-t-en-guerre évoquent un certain parallélisme avec 1914 quand l’Empire austro-hongrois avait attaqué -sous prétexte de vengeance de l’assassinat de l’héritier de la Couronne –  la Serbie qui voulait récupérer la Bosnie, annexée par les Austro-Hongrois, afin d’avoir un accès à la mer Adriatique.

Sauf que, aujourd’hui, le monde a évolué et ses capacités destructives également. Même si le conflit d’Ukraine a mis en jeu des alliances. Avec comme différence, la Russie fait cavalier seul, militairement, mais elle est assurée de nombreux soutiens politiques  parmi les pays les plus puissants et émergeants, qui tout en défendant l’intégrité territoriale de l’Ukraine, contestent l’arrogance américaine et ses deux poids-deux mesures….

Encore un rappel, Moscou avait soutenu, en 1914, la Serbie qui voulait créer un royaume slave dans les Balkans et s’était jointe à la Triple Entente composée de la Grande Bretagne et de la France, pour faire face à la Triple Alliance menée par l’Allemagne, l’Empire austro-hongrois et l’Italie.   

Certes, nous sommes loin de ce conflit européen du début du siècle dernier qui s’est vite mondialisé,  même si les soutiens en armes à l’Ukraine sont immenses et fusent de presque tous les pays européens…  et que des volontaires venus d’Europe et d’ailleurs sont présents dans les deux camps en guerre en Ukraine.

Mais ce qui est certain, c’est que le conflit opposant la Russie à l’OTAN aura des conséquences géostratégiques et territoriales certaines.

Demain :

Conflit d’Ukraine, les deux Guerres et les conséquences territoriales

Related posts

Top