Pauvreté: en finir avec la «charité»

La pandémie en a dévoilé l’ample étendue

La pandémie au covid-19 a mis à nu les grands déficits sociaux au Maroc, comme partout dans le monde. C’est comme l’effet d’une guerre sans nom. Tout le monde s’accorde à dire «Plus jamais cela»!

Mais au fil des jours, des semaines et des mois, rien ne semble avoir changé dans l’attitude des pouvoirs publics. A croire qu’une aide ponctuelle de deux ou trois mois suffirait au bonheur de millions de familles qui n’arrivent pas à faire face, au quotidien, aux aléas de la vie.

Car ce sont, au moins, près de 25 millions de Marocaines et de Marocains qui se trouvent, aujourd’hui, dans le besoin crucial immédiat.

Ainsi, tous les calculs ont été faussés par la pandémie et l’urgence sanitaire.

D’où l’impératif de réactualiser, sans tarder, le registre social unique annoncé par le Souverain pour enregistrer, au niveau national, l’ensemble des familles marocaines qui pourront bénéficier des programmes d’appui social.

Mais soyons clairs. Il ne s’agit pas de reprendre les mêmes méthodes et le même personnel de gouvernance. Les expériences de 2004 et de 2007, ainsi que celle de 2014 ont démontré leurs limites et fortes carences.

Durant ces périodes, le seul souci de l’Etat était d’alléger la Caisse de compensation dont profitent aussi bien les riches que les pauvres, mais surtout les premiers…

Et, à chaque croisement de rue, ladite carte est évoquée pour préparer une aide frontale aux démunis, dont on ne maitrise ni les destinataires ni le contenu…

Et comme l’on n’a pas cessé de le répéter, sans le faire, l’aide frontale devra être liée à deux conditions : la scolarisation des enfants et la vaccination de la mère et des enfants.

Des expériences-pilotes ont été lancées. Sans suite, comme beaucoup de projets annoncés en grande pompe.

Apprendre un métier

Aujourd’hui, il faudra ouvrir deux chantiers à la fois. Celui des critères qui doivent être bien cernés et sérieusement, en ratissant large et en faisant bénéficier tous les nécessiteux, tout en éradiquant les non méritants. Cette liste doit inclure, provisoirement, les «nouveaux pauvres» que la pandémie n’a pas épargnés, en attendant une reprise de l’activité économique et sociale. Car il ne s’agira pas d’attendre l’embellie économique pour qu’ils puissent jouir d’une activité génératrice de revenus.

C’est cette finalité, celle d’en finir, à court terme, avec l’esprit de charité de l’Etat pour lui substituer la notion d’apprentissage de métier générateur de revenu.

Car, dans les répertoires actuels, on trouve des pauvres et des moins pauvres, des personnes aisées et moins aisées. Car laissé à la merci des agents de l’autorité locale, l’enregistrement des «pauvres» était une véritable passoire pour inscrire tous genres de citoyennes et de citoyens, dans le besoin ou pas, une véritable armada exploitée pour des fins électorales et source d’une dépravation de la démocratie voulue par le pays et sa Constitution.

Autant de comportements qui font le «lit de la corruption» chez nous et constituent des moyens de détourner les aides et les programmes sociaux.

Aujourd’hui, s’il est aisé de parler de «rigoureux critères objectifs» et des apports des nouvelles technologies, il faudra rester, cependant, sur nos gardes, car si la machine ne vole pas, l’humain, derrière cette machine, peut en manipuler les objectifs…

C’est pourquoi la transparence doit être de rigueur, sachant qu’il est criminel que d’aucuns détournent les aides destinées à des nécessiteux, que les trafiquants continuent à guetter les occasions et opportunités pour s’enrichir, sans fournir l’effort licite nécessaire.

Le comble est que ce système corruptif existe depuis longtemps et il est fort connu des autorités territoriales et des services de contrôle de l’Etat, qui ont, pourtant, le devoir de veiller à la régularité et à la transparence des opérations sociales destinées aux populations fragiles et déshéritées.

C’est un système qui s’est confortablement installé dans de nombreux registres, allant de la lutte contre les bidonvilles et le logement économique, jusqu’aux opérations de l’INDH, ainsi qu’au RAMED, dans la distribution des aides sociales lors des événements nationaux, etc.

Seule alternative…

Le Souverain n’a cessé d’insister sur «une restructuration globale et profonde des programmes et des politiques nationales d’appui et de protection sociale et à soumettre des propositions portant sur leurs modalités d’évaluation». Depuis, le gouvernement et les pouvoirs publics sont aux abonnés absents quand il s’agit d’œuvrer à cette restructuration.

Les partis politiques, pour leur part, doivent faire entendre la voix des démunis qui crient aux détournements et aux scandales nés du favoritisme, du népotisme et de la corruption pure et dure.

Les positions de principe ne suffisent plus, il faudra faire bloc uni contre ce scandale des temps modernes.

Le second objectif est de lancer un chantier gigantesque des  grands travaux qui doivent garantir aux nécessiteux et démunis un travail et un revenu régulier, sans plus être dans l’obligation de tendre la main, faire la manche ou attendre la charité occasionnelle.

Dès lors, il faudra quitter les sentiers battus et repenser la manière d’aider nos pauvres.

La «pauvreté aujourd’hui» c’est aussi tous ces manquements de revenus, cette absence des infrastructures, des équipements et services publics (Eau potable, éducation, santé, logement, transports et d’autres services sociaux d’équipements communaux…).

L’Etat a l’obligation de trouver, sans tarder, les moyens idoines pour rendre justice à ces populations, longtemps délaissées et laissées pour compte.

L’heure est au travail sérieux pour donner la preuve que le Maroc ne laissera pas mourir ses pauvres et que la solidarité est nationale et génétique. Chacun à son poste et selon ses moyens…

Ce ne sera que justice rendue et une œuvre qui ressoudera la famille marocaine autour de valeurs de justice et de dignité.

C’est là la seule alternative qui permettra au Maroc, à moyen terme, de vaincre la pauvreté.

Mohamed Khalil

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