أراسي مدازعليك أوباقي

L’année 2020 du calendrier grégorien touche à sa fin. La Terre continuera de tourner sur elle-même et autour du Soleil, chaque astre voguant dans sa trajectoire déterminée. Par cette évolution, le temps est fixé et son appréciation constitue le vécu, en perpétuel changement, des personnes et des paysages.

L’année est une mesure temporelle continue. Elle sert à estimer l’âge qui n’est pas toujours apparent et dont le poids n’est pas toujours supporté avec aisance. Les préoccupations quotidiennes sociales marquent la perception du temps ; et, sur la base d’événements, l’année est affublée d’une épithète issue du souvenir et qui sert alors de repère.

Ainsi dans notre beau pays, l’année de la faim (3am jou3) a été celle où la récolte céréalière a été exportée par le colonisateur pour ses propres besoins laissant aux indigènes racines et tubercules (3am yerni, tubercule d’Arum ou d’Arisarum) pour assouvir leur faim. L’effort de guerre français, au cours de la seconde guerre mondiale, a été supporté par la population marocaine par l’instauration du rationnement et la délivrance de bons (3amlbone).

Le criquet pèlerin a son année, non dans le calendrier chinois mais par son invasion couvrant le ciel par des essaims compacts. Sans insecticide alors, il devenait la crevette du pauvre, et se faisait manger grillé ou frit. Les « huiles frelatées » vont sévir en leur année et faire des victimes plus que la sauterelle arrosée d’insecticides.

L’année du «chat noir», ce feuilleton radiophonique dont l’annonce se faisait par un long miaou strident, a été marquée par le séisme d’Agadir. Le peuple marocain va abandonner ses interprétations mythiques pour rationaliser sa compréhension des tremblements de terre et leur relation avec la tectonique des plaques. On pleurera nos morts et Agadir la Renaissance sera construite selon des normes antisismiques par les forces vives de la nation.

Les épidémies ont aussi leur lot dans la juxtaposition avec la chronologie évènementielle. Celles de la peste, de la lèpre, du choléra et du typhus n’existent plus dans la réminiscence des générations actuelles ayant bénéficiées des efforts entrepris par le Maroc indépendant dans le domaine de la santé. La généralisation de la vaccination et son obligation, à la naissance,ont permis de maitriser des maladies et de les contenir.

2020 restera l’année du coronavirus, de la crise sanitaire pandémique et ses conséquences sur l’économie et les rapports sociaux. L’évidence, ici et ailleurs, des dysfonctionnements et des déficits, de l’exacerbation des inégalités sociales et territoriales rend nécessaire la mise en œuvre de nouvelles règles dans la gestion des affaires publiques et la réponse adéquate à apporter aux attentes de la population dans son ensemble.

L’année de la Marche Verte inaugure le Maroc nouveau dans son intégrité territoriale ; développant un processus démocratique en permanente évolution dans son cours méandriforme et réalisant des avancées, certes insuffisantes pour établir l’émergence du pays ; mais réelles que seule l’ingratitude et l’aveuglement nihiliste peuvent occulter. L’heure est au changement des mentalités et l’élite doit assumer son patriotisme en dépassant son égo.

La bourgeoisie nationale doit assumer son rôle, ses devoirs et ses obligations, dans la modernisation de notre société. Son ethos devra changer ainsi que nos pratiques sociales pour l’avènement d’une « société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté».

Notre environnement est mieux protégé par un arsenal juridique adéquat mais qui reste à appliquer avec fermeté pour arrêter l’abattage du cèdre et la déforestation, la désertification rampante, l’urbanisation anarchique et la dégradation du littoral.2020 restera aussi l’année dela fermeture de l’embouchure de l’Oum erRbia, près d’Azemmour, suite à la négligence administrative envers l’impact de l’exploitation par dragage des fonds littoraux.

Sans respect pour les termes du cahier des prescriptions dument signé, en connaissance de la dynamique sédimentaire de l’embouchure et de la zone côtière environnante, le dragueur voulait que cet estuaire se transforme en une mare nauséabonde et insalubre pour pouvoir continuer sa rente. Il appartient à l’Etat, par la force du droit, de l’obliger à respecter l’engagement qu’il a signé pour que les eaux estuariennes de ce grand fleuve puissent aboutir à l’océan et permettre à la population des environs de vivre dans la sérénité.

Notre patrimoine historique mérite une attention particulière pour le sauvegarder et le protéger. Il se dégrade par notre négligence. Il subit des agressions au quotidien par ceux qui spéculent sur sa transformation en biens immobiliers sans se soucier de notre mémoire. Des efforts sont entrepris, mais ils restent fragmentaires et contournables. Le législateur autant que l’exécutif sont appelés à la mise en œuvre d’un cadre global, juridique et réglementaire, par lequel la vigilance et la sensibilisation s’exercent ainsi que la sanction pour que notre patrimoine matériel et immatériel assure le lien entre notre passé, notre présent et notre avenir. Notre peuple ne peut vivre sans mémoire par laquelle le cultuel et le culturel font de lui le peuple qu’il est, et ce qu’il sera.

«Le temps s’égrène dans un cycle éternel» et le Maroc change.Le peuple marocain, dans son ensemble, veut vivre son temps dans la stabilité, la liberté, la prospérité et le respect du droit. Chacun(e) y arrive à sa manière ; nous pouvons y arriver, vite et mieux, collectivement. En disant «أراسي مدازعليك أوباق»; que celase réalise et dure le plus longtemps possible pour chacun(e)dans la bonne santé, le bonheur et le bienêtre. Meilleurs vœux pour 2021 et la suite… Bonne année.

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