A «Dar Al Oumouma» Amizmiz, une maternité sans épreuves

A Amizmiz, petite ville située dans les environs de Marrakech, accoucher était pendant longtemps un parcours du combattant et synonyme de décès. Sans hôpitaux de proximité, les femmes enceintes de ce petit patelin niché dans le Haut-Atlas et des communes environnantes, ne s’en remettaient qu’aux accoucheuses traditionnelles, avec toutes les complications et les risques de décès qu’elles encouraient. Depuis 2009, Amizmiz a été doté d’un «Dar Al Oumouma (DAO)» (maison de mères) qui accueille les femmes sur le point de donner naissance et facilite leur prise en charge avant, pendant et après l’accouchement. La structure a permis de réduire considérablement le taux de mortalité néonatale et maternelle dans la ville et les communes environnantes.

Par la fraicheur de cet après-midi, en arrivant à l’intérieur de la maison des mères d’Amizmiz, située en plein cœur de la ville, c’est plutôt de la chaleur qui se dégage. L’espace est aménagé et décoré au goût d’une maison : une pièce centrale meublée de «sedaris», de tables et de télés, pouvant accueillir des dizaines de personnes et autour, des chambres à coucher et des sanitaires. L’endroit est convivial, un véritable lieu de repos. Le silence y règne. Dans les quatre chambres que compte ce dar, des femmes venues des montagnes du Haut-Atlas pour accoucher dans le centre de santé qui jouxte la maison de mères.

Deux parmi elles ont d’ailleurs déjà donné naissance et prennent soin de leurs bébés couchés près d’elles. Accompagnée de sa mère, une autre femme enceinte à terme attend son tour. Arrivée dans cette maison, il y a cinq jours en provenance de son village, elle devrait accoucher sous peu et rejoindre son douar deux jours après. Des femmes comme celles-ci, cette maison de mères en a accueilli 8287 depuis sa création en 2009, permettant ainsi de réduire le nombre de décès de mères et leurs bébés pendant ou juste après l’accouchement. Il y a quelques années encore, plusieurs femmes mourraient en accouchant à la maison. D’autres perdaient leurs bébés sur leur chemin vers l’hôpital, en raison de la distance. Aujourd’hui, les femmes enceintes peuvent venir cinq jours avant leur accouchement, faire l’échographie et être suivies jusqu’au moment de l’accouchement.

Elles sont admises au sein de la maison des mères, après consultation et sous recommandation du médecin du centre de santé de DAO. Elles peuvent le rejoindre cinq jours avant la date d’accouchement. En raison de certaines complications (anémie, tensions…), certaines femmes peuvent même être admises au centre un à deux mois avant l’accouchement pour être suivies et surveillées jusqu’à leur rétablissement complet et l’accouchement.

Selon Rachida, animatrice au sein du DAO, le centre accueille les femmes de 10 communes situées dans le cercle d’Amizmiz, ainsi que celles d’autres villes. La maison de mères accueille chaque mois en moyenne 60 femmes prises en charge à différents niveaux : alimentation, consultations, conseils… En 2019, elle a hébergé, jusqu’au 30 octobre, 626 femmes des zones montagneuses et enclavées. Le taux d’accouchement en milieu surveillé dans la province est ainsi passé de 22% en 2005 à 54% en 2018.

Si le centre a pu contribuer à diminuer le nombre de décès maternels et néonataux dans la région, sa capacité d’accueil reste toutefois très limitée, selon la responsable. Avec quatre chambres et dix lits, le centre ne peut satisfaire toutes les demandes. «Il y a une véritable insuffisance de places. Il y’a des périodes où les femmes sont nombreuses et c’est compliqué de gérer tous les cas», confie Rachida. Elle appelle d’ailleurs à mobiliser plus de ressources en vue d’une extension du centre qui pourrait doubler voire tripler sa capacité d’accueil et accueillir plus de femmes.

En plus d’accueillir les parturientes, cette maison de mères, comme les cinq autres DAO que compte la province d’Al Haouz, mène plusieurs autres activités, nous confie-t-elle. L’association organise également des séances de sensibilisation à l’hygiène au profit de ces femmes et prodigue des conseils en matière de planification familiale pour limiter les naissances.

Depuis 2006, la province d’Al Haouz a été dotée de cinq DAO, dont un à Ourika, Amizmiz, Asni, Touama et Tallat N’Yaakoub, couvrant ainsi 34 communes, soit 75% de la population de la province. Le projet est financé conjointement par l’Initiative nationale pour le Développement Humain (INDH) à hauteur de 3 millions de dirhams, l’UNICEF (2 millions de dirhams), le Conseil provincial (1.400.000 DH), les communes (1 million de dirhams), l’Entraide nationale (120.000 DH)…

Si les accouchements dans la province sont facilités grâce aux DAO, il n’en demeure pas moins que les habitants de cette province restent vulnérables, en raison de l’enclavement, des aléas climatiques et de l’absence d’infrastructures de base, comme d’ailleurs la plupart des habitants des zones montagneuses au Maroc.

DNES à Marrakech : Danielle Engolo

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