Combats à la frontière colombienne : le Venezuela demande l’aide de l’ONU

Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

Bien que partageant une frontière commune longue de 2.200 kilomètres, le Venezuela a rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie en 2019 lorsqu’au moment de la crise politique qui avait opposé le président Nicolas Maduro à Juan Guaido, le chef de l’Assemblée nationale vénézuélienne, la Colombie avait reconnu ce dernier lorsqu’il s’était auto-proclamé président intérimaire du Venezuela.

Mais les relations entre les deux pays se sont encore plus détériorées lorsqu’à partir du  21 mars dernier, des groupes armés colombiens  ont commencé à attaquer les gardes-frontières du pays voisin et à truffer la région de mines anti-personnel.

Dans les communautés frontalières vénézuéliennes du département d’Arauca en Colombie et plus précisément dans la communauté de La Victoria, eût lieu, ce jour-là, un très violent affrontement  entre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB), l’armée régulière du Venezuela, et des groupes dissidents des anciennes Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) pour le contrôle de ce territoire se trouvant dans une zone très « poreuse » de la frontière entre les deux pays ; à cheval sur l’Etat d’Apure au Venezuela et le département d’Arauca en Colombie.

Ces violentes escarmouches ont poussé quelques 4.741 personnes – selon les données fournies par « Migracion Colombia » qui dépend du ministère des Affaires étrangères de Colombie – à aller s’installer dans le département d’Arauca et à laisser la zone ainsi dépeuplée sous le contrôle de la guérilla colombienne qui, en attaquant, ce lundi 29 mars, un poste de contrôle de l’armée vénézuélienne dans l’Etat d’Apure a grièvement blessé 10 soldats.

Ainsi, selon un bilan fourni, ce lundi, par le ministère vénézuélien de la défense, à l’issue de ces deux semaines de combats, huit soldats vénézuéliens auraient été tués, une trentaine de membres des groupes armés colombiens arrêtés et un important lot d’armes, d’explosifs et de drogue saisis ; ce qui a fait dire au ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, que des « groupes irréguliers colombiens (…) instillent la terreur dans la population… Ils traversent le fleuve, font leurs escarmouches et retournent en Colombie avec la protection de leurs autorités ».

Autant de raisons qui, la veille, avaient poussé  le président Nicolas Maduro a faire part, sur les ondes de la télévision publique, de son intention d’adresser au Secrétaire général des Nations-Unies, une « communication » sollicitant « une aide immédiate (…) pour désamorcer les champs de mines laissés par ces groupes irréguliers d’assassins et de narcotrafiquants venus de Colombie ». Or, même si Maduro avait toujours affirmé que ces derniers sont liés « à l’armée colombienne et au gouvernement d’Ivan Duque », il a fini, ce dimanche, par changer son fusil d’épaule et par adhérer à la thèse défendue par la Colombie qui veut que ceux-ci soient, en fait, des dissidents des anciennes Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) n’ayant pas accepté le processus de paix qui avait été signé en 2016 avec le gouvernement de Bogota et à l’issue duquel la plupart des 13.000 membres de l’ex-guérilla marxistes avaient déposé les armes. S’étant donc trouvés, aujourd’hui, sans commandement unifié, ces guérilleros se terrent dans des zones isolées où ils s’adonnent au racket et au trafic de drogue pour financer leurs opérations.

Mais si, après s’être rendu dans la département d’Arauca, Juan Francisco Espinosa, le directeur de « Migracion Colombia » a assuré que les émigrés vénézuéliens n’ont pas vocation à rester en Colombie et que la volonté générale est qu’il puissent rentrer chez eux dès que la sécurité sera garantie », il ne faut pas oublier ces centaines de milliers de vénézuéliens qui avaient fui la grave crise économique et sociale qui secoue leur pays et à qui Bogota avait accordé, en mars dernier, un « Statut temporaire de migrants » qui équivaut à une autorisation de séjour de dix ans.

Comment les autorités des deux pays vont-elles résoudre cette question ?

Attendons pour voir…

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