Handicap et élection: l’accessibilité est un droit

Mitigée, c’est ainsi qu’une étude de 2012 du Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap qualifie la participation politique de ces personnes au Maroc. Si la législation nationale leur reconnait le droit de vote, celui-ci peut souvent s’avérer compliqué en raison de l’absence d’aménagements appropriés, le manque d’accessibilité des bureaux de vote, l’absence d’éducation.

Vendredi dernier, ledit Collectif devait procéder à l’observation de l’accès aux centres et bureaux de vote dans le cadre des Législatives. L’objectif étant de faciliter l’exercice de leur droit et promouvoir la participation de ces personnes souffrant de handicap aux prochains scrutins.

D’une pierre deux coups, c’est ainsi que l’on peut désigner l’opération du Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap dans le cadre des élections législatives. Après l’opération pilote d’observation de l’accessibilité des bureaux de vote menée lors des communales de 2015 au niveau de Rabat-Salé-Zemmour-Zair, ledit Collectif et la National Democratic Institute (NDI) ont décidé cette fois d’étendre cette opération aux 12 régions du Royaume. Objectif : passer au crible les 1020 bureaux de vote et mesurer le degré d’équipement et d’accessibilité de ces centres et bureaux aux personnes en situation de handicap, conformément à la législation internationale. Si cette opération a été lancée dans le cadre des Législatives du 07 octobre, la vision de ses initiateurs va plus loin. Les résultats de cette opération devront servir à relever les lacunes, imperfections en matière d’accessibilité des personnes en situation de handicap aux bureaux de vote pour promouvoir la participation de ces personnes aux futurs scrutins du Royaume. A dire que ces élections devront ouvrir la voie à la promotion du droit de vote de ces personnes au Maroc.

En effet, ladite opération s’inscrit dans le cadre du projet «Mousharaka» visant à promouvoir la participation politique inclusive des personnes en situation de handicap au Maroc. Au total, ce sont 275 observateurs qui sont mobilisés pour les périodes pré-électorale, le jour du scrutin et poste électorale dans le cadre des Législatives de 2016.A Rabat, d’ailleurs, une salle d’opération a été consacrée pour le suivi du processus d’observation toute la journée de vendredi, de 07H00 à 20H00. «Les observateurs vont voir si les bureaux de vote sont bien aménagés pour que chacun puisse exercer son droit d’électeur en toute indépendance», soulignait Karim Cherkaoui, membre du Collectif à un site électronique. A souligner que lors des dernières communales, sur les 206 établissements et bureaux de vote observés à Rabat-Salé-Zemmour-Zair, seulement 25% des établissements et 53% des bureaux de vote étaient accessibles», indiquait-il.

Selon la législation internationale, le suffrage universel implique l’accès de tous les citoyens au vote sans discrimination sur base de race, sexe, langue, religion, opinion politique, handicap, etc. Pour les personnes en situation de handicap, cela impliquerait entre autres la mise en place d’installations, à l’instar de passerelle, notamment pour les personnes en fauteuil roulant ou encore des fiches de vote en braille pour les non-voyants ou en gros caractères pour les malvoyants…

En France, plusieurs mesures sont mises en place en faveur du vote des personnes en situation de handicap, notamment le vote par procuration, la possibilité de se faire accompagner dans l’isoloir, l’envoi de la propagande à domicile, la possibilité pour les communes de se munir du matériel adapté aux personnes en situation de handicap.

Au Maroc, le vote des personnes et catégories à besoins spécifiques est régi par la constitution de 2011 dans son article 34 qui dispose que les pouvoirs publics doivent élaborer et mettre en œuvre des politiques destinées aux personnes et catégories à besoins spécifiques. Toutefois, d’autres paramètres entrent en vigueur dans la promotion du droit de vote de ces personnes, comme l’accès à l’information, leur représentation dans les médias, l’éducation. C’est d’ailleurs pourquoi, dans son programme électoral, le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) envisage «mener une politique vigoureuse d’inclusion des personnes en situation de handicap», à travers l’accès à l’éducation pour ces personnes, l’accès à l’emploi, l’accessibilité dans les projets de construction, d’aménagement et d’équipement, la mise en place d’une politique de prévention du handicap.

Danielle Engolo

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