Faiseurs d’images ?

Quelles tendances marquent l’actuelle édition du festival national du film de Tanger ? Pour le long métrage, elle était annoncée comme une édition particulière à partir de la liste des films présentés. On y remarque en effet l’absence des ténors du cinéma marocain et des noms qui ont fait sa réputation ces dernières années. C’est une édition en outre où il n’y a aucune cinéaste femme, aucun film amazigh ou hassani.

En termes de générations, seuls trois cinéastes (Ismaïl, Chouika, Boulane) sont des rescapés de l’ancienne génération, les autres sont arrivés au cinéma à l’orée des années 2000 et sont issus soit de la cinéphilie, soit de la profession du cinéma soit de la diaspora (Boucif, Rhalib, Olivar). Deux documentaires sont en compétition.

Les thématiques abordées oscillent entre l’intime (Petits bonheurs), le mouvement social (Insoumise), la mémoire collective (Les hommes d’argile, L’orchestre de minuit Résistance, la marche verte) les années de plomb (Les larmes de Satan, Le poids de l’ombre), le mélodrame social (A mile in my shoes), l’absurde de la vie quotidienne (The se ais behind).

Au niveau du casting global, on retrouve des acteurs qui constituent désormais la locomotive de la comédie marocaine avec Aziz Dadas et Abdellah Ferkous ; une star nationale qui revient sur grand écran avec Rachid El Ouali, la confirmation de talents qui montent avec Amine Ennaji, Hicham Bahloul et Malek Akhmiss; des révélations avec la jeune Sophia Manousha et Rabia Rafi ; le retour de l’acteur prodige de Chevaux de Dieu, Abdelilah Rachid nouvelle révélation du film de Chouika où il incarne un résistant avec finesse et sobriété. Farah El fassi les yeux bleus révélés par Cherif Tribak montre chez Ismaïl une autre facette de son talent multiple qui reste en friche.

Croisés avec les courts métrages, la grande déception de cette édition, que nous donne tout cela en termes de cinéma, d’inventivité et de création artistique. A quelques rares exceptions, l’ensemble des films présentés se réduisent à des prouesses techniques. Nous avons vu à Tanger des produits parfois bien finis alors que nous nous attendions à des œuvres mêmes avec des maladresses mais sincères et profondes. Nous sommes entrés sans crier gare dans l’ère des films fabriqués selon des protocoles d’écriture formatée d’avance (un directeur de photo ; un amplificateur de son et être dans un réseau institutionnel). La tendance avait commencé lors de la précédente édition qui avait inauguré l’ère de faiseurs d’images contents d’être là ; leur seul talent étant d’avoir compris le fonctionnement du système. Dans ce sens on peut déjà parler d’une édition historique.

Mohammed Bakrim

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