Hypertension artérielle: Nécessité de promouvoir un mode de vie sain

L’hypertension artérielle figure parmi les maladies non transmissibles majeures au Maroc. Plus de 10 millions de nos concitoyens en sont concernés. Par son caractère insidieux et sa responsabilité dans la survenue de maladies cardiovasculaires et cérébrales, elle est une cause majeure de mortalité au Maroc. Les conséquences médicales et financières en font un problème de santé publique majeur dans notre pays. Il est important de mieux connaitre l’hypertension artérielle et ses causes afin de la prévenir.

L’hypertension artérielle est une maladie fréquente du sujet âgé. Elle concerne près de la moitié des personnes de plus de 65 ans. Au Maroc, selon l’édition 2018 des indicateurs sociaux du Haut commissariat au plan (HCP), les personnes âgées de 60 ans et plus représentaient 10,2% de la population en 2017. On comprend mieux que notre pays soit donc très concerné par l’hypertension artérielle, particulièrement au cours des dix prochaines années.

Chez les personnes touchées par l’hypertension artérielle (que l’on appelle également élévation de la tension artérielle), la tension dans les vaisseaux sanguins est élevée de manière constante. Ce qui a pour effet d’augmenter le fonctionnement de la pompe cardiaque et de favoriser le durcissement des vaisseaux.

Chez l’adulte en bonne santé, la tension artérielle systolique qui correspond à la valeur haute est de 120 mm Hg et la tension diastolique ou valeur basse est de 80 mm Hg. L’hypertension artérielle se définit par une tension systolique égale ou supérieure à 140 mm Hg ou par une tension diastolique égale ou supérieure à 90 mm Hg.

Une tension artérielle (systolique et diastolique) normale est essentielle au bon fonctionnement des organes vitaux, comme le cœur, le cerveau et les reins, ainsi qu’à la santé et au bien-être en général.

Quels sont les signes d’alerte?

On qualifie l’hypertension artérielle de «tueuse silencieuse» et c’est bien vrai, car l’hypertension est souvent invisible et évolue à bas bruit. Ainsi, la moitié des personnes touchées l’ignore. Malheureusement la maladie se manifeste parfois par des complications brutales comme un accident vasculaire cérébral (AVC), un infarctus du myocarde ou encore une insuffisance rénale.

C’est la raison pour laquelle nous présentons ci-dessous certains signes ou symptômes qui doivent alerter : des maux de tête à l’arrière ou au sommet du crâne, des troubles visuels comme des «mouches» devant les yeux, des difficultés de concentration, des bourdonnements d’oreille, des vertiges, des douleurs dans la poitrine, un essoufflement et des palpitations à l’effort.

Ces symptômes sont souvent associés, mais la présence d’un seul d’entre eux doit inciter à consulter un médecin qui est le plus apte à dire de quoi l’on souffre et qui prescrira le traitement le plus adapté.

Des facteurs connus, mais….

Dans la très grande majorité des cas, on ne trouve pas la cause de l’hypertension. Celle – ci demeure inconnue, si ce n’est le vieillissement progressif des artères, plus ou moins rapide selon la génétique et le comportement de vie (l’excès de consommation de sel – tabagisme – sédentarisation – obésité – le surpoids – le diabète, l’excès de cholestérol et l’alimentation déséquilibrée de manière générale…. qui sont des facteurs modifiables).

Il est possible d’agir sur ces facteurs pour prévenir et réduire l’hypertension, contrairement aux facteurs qui ne sont pas modifiables parmi lesquels l’âge, l’hérédité, la grossesse, la ménopause, le sexe.

La négligence de lʼhypertension artérielle (HTA) peut causer de multiples complications graves, notamment l’insuffisance cardiaque, l’infarctus de myocarde, des accidents vasculaires cérébraux, l’insuffisance rénale et une baisse de l’acuité visuelle qui peut entrainer la cécité.

Ampleur du problème au niveau mondial et national

Au niveau mondial, le nombre de personnes souffrant d’hypertension artérielle a connu une augmentation préoccupante. Selon une étude publiée dans la revue médicale britannique «The Lancet», le nombre d’hypertendus, c’est-à-dire de personnes ayant une tension artérielle supérieure à 140/90 mmHg (millimètres de mercure), est passé de 594 millions en 1975 à plus d’1,1 milliard en 2015, et elle est la cause directe de décès de plus de 8 millions d’individus par an.

Aujourd’hui, un adulte sur quatre est hypertendu et l’on estime qu’en 2025, l’hypertension artérielle touchera 1,5 milliard d’individus. Au Maroc, il y a plusieurs données chiffrées concernant l’hypertension artérielle. Par exemple, les résultats de l’enquête prospective 2000 du Ministère de la Santé ont donné une prévalence globale de l’HTA de 33,6%, mais depuis cette date, les chiffres présentent une légère modification, mais la courbe est exponentielle. On retrouve à peu près le même taux dans les pays arabes du pourtour de la Méditerranée.

Plus récemment, et grâce à la sixième «Enquête nationale sur la population et la santé familiale (ENPSF) 2017-2018», la proportion des individus atteints d’hypertension artérielle est passée de 5,4 % en 2011 à 6,8% en 2018. La prévalence de l’HTA augmente significativement avec l’âge. L’enquête fait également ressortir que 34% des personnes âgées de 60 ans et plus sont hypertendues.

10 millions de Marocains sont hypertendus

Selon les résultats d’une étude réalisée par la Société marocaine de l’hypertension artérielle, plus d’un tiers de la population est concerné par l’hypertension artérielle. Cela représente plus de 10 millions des Marocains. C’est là un chiffre qui interpelle et qui ne peut laisser insensible, car c’est une large frange de notre population qui est confrontée à l’HTA. Si les malades bénéficiaires de l’AMO sont pris en charge par la CNOPS pour les fonctionnaires, et la CNSS pour les salariés du privé, le ministère de la Santé prend en charge le traitement de plus de 270.000 malades souffrant d’hypertension artérielle, bénéficiaires du régime d’assistance médicale (RAMED).

Il est utile de rappeler ici qu’au Maroc, l’hypertension artérielle sévère fait partie des 41 affections de longue durée (ALD) pour lesquelles l’assurance maladie obligatoire (AMO) assure une prise en charge dont le coût est estimé à plus de 350 millions de DH.

Peut- on éviter l’hypertension artérielle?

Les spécialistes sont unanimes pour dire oui, mais à certaines conditions et le plus tôt est le mieux.

L’hypertension artérielle peut, en grande partie, être évitée, si on adopte tôt des changements du mode de vie. En d’autres termes, il va falloir avoir une alimentation saine à base de fruits et légumes, de graines complètes et de protéines maigres. Il faut limiter son apport de sodium, en réduisant la quantité de sel ajouté à la nourriture. Celle-ci ne doit pas dépasser 3 ou 4 grammes par jour. Il faut également limiter la consommation de produits alimentaires riches en graisses saturées et conserver un poids sain, car être en surpoids peut causer une élévation de la tension artérielle.

Concernant la pratique de l’activité physique régulière, il faut consacrer au moins 30 minutes d’activité physique régulière tous les jours, ce qui aide à maintenir la santé cardiovasculaire.

L’usage du tabac sous toutes ses formes est très nocif pour la santé (cigarettes, cigares, chicha, pipes…). Fumer endommage les vaisseaux sanguins et accélère le durcissement des artères.

L’exposition à la fumée de tabac secondaire (tabagisme passif) est également dangereuse.

Pour les personnes qui consomment de l’alcool, il faut impérativement  limiter la consommation ou mieux encore cesser définitivement.

Autre conseil qui a son importance, c’est de consulter son médecin traitant pour vérifier sa pression artérielle au moins deux fois par an, car l’hypertension est souvent sans symptômes.

Ouardirhi Abdelaziz

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