IRAN: L’augmentation du prix de l’essence met le feu aux poudres…

L’annonce faite vendredi soir par le président iranien Hassan Rohani quant à une baisse drastique des subventions gouvernementales sur les prix de l’essence ayant donné lieu à une augmentation de 50% sur le prix du carburant à la pompe, a été accueillie, dès le lendemain, par de violentes manifestations dans la plupart des villes de la République islamique.

Et même si, après quatre jours de violence, le nombre de victimes reste très difficile à évaluer du fait du black out que fait peser le régime de Téhéran sur l’accès à l’information, le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, très inquiet face aux nouvelles publiées par des «médias iraniens et par d’autres sources» et faisant état de «plusieurs dizaines de morts» – un bilan difficile à vérifier – s’est empressé de dénoncer, par la voix de Rupert Colville, son porte-parole à Genève, l’usage de la force et les tirs à balles réelles contre les manifestants dont un millier auraient été arrêtés et plusieurs centaines d’autres blessés.

Ce dernier a notamment déclaré, dans un point de presse : «Nous sommes particulièrement alarmés par le fait que l’utilisation de munitions réelles aurait causé un nombre important de décès dans tout le pays (…) Nous demandons, également, au gouvernement de rétablir immédiatement l’accès des iraniens à Internet ainsi qu’à d’autres formes de communication qui permettent la liberté d’expression et l’accès à l’information».

Faisant, également, état des «graves difficultés économiques que connaît le pays, y compris dans le contexte des sanctions imposées par les Etats-Unis» le porte-parole onusien a exhorté le gouvernement de Téhéran à engager «un dialogue constructif (car) le simple fait de réagir avec des mots durs et une main de fer risque non seulement de violer les normes et règles internationales mais aussi d’aggraver sérieusement la situation, au détriment de tous, y compris du gouvernement» et appelé «les autorités et les forces de sécurité iraniennes à éviter de recourir à la force pour disperser des assemblées pacifiques (ainsi que) les manifestants à manifester pacifiquement sans recourir à la violence physique ou à la destruction de biens».

Une « embuscade » tendue, par des émeutiers, dans la nuit de lundi à mardi dans la province de Téhéran et rapportée par les agences ISNA et FARS, se serait soldée par la mort de trois agents des forces de l’ordre à l’aide d’armes blanches.

Washington étant à l’écoute des moindres faits et gestes des iraniens, Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat US aux Affaires étrangères a, dès le lendemain, rappelé sur Twitter aux iraniens que les Etats-Unis sont avec eux.

Ces propos constituant, pour Téhéran, «l’expression du soutien du secrétaire d’Etat américain à un groupe d’émeutiers» et, par voie de conséquence, une ingérence dans les affaires intérieures de la République islamique, son ministère des Affaires étrangères a annoncé, dans un communiqué, que «le noble peuple iranien (qui) sait bien que les remarques interventionnistes et hypocrites de ce genre ne traduisent aucune marque honnête de sympathie» les a vivement condamnés.

Force est de reconnaître, enfin, que si au début les slogans que scandaient les protestataires n’avaient trait qu’à une condamnation de la hausse du prix de l’essence, ceux-ci se sont rapidement étendu à une dénonciation claire et nette de la politique régionale puisque les manifestants se sont mis à scander à l’unisson que «l’argent du pétrole a été perdu, il a été dépensé pour la Palestine»; ce qui constitue une réprobation sans équivoque du soutien militaire et financier apporté par Téhéran au «Hamas» et au «Jihad islamique» dans la bande de Gaza au moment où, du fait notamment des sanctions américaines, l’Iran connait une crise économique sans précédent.

L’augmentation impromptue du prix de l’essence par le régime des Mollahs va-t-elle mettre le feu aux poudres dans cette République islamique iranienne dont l’économie est sérieusement mise à mal par les sanctions de Washington ? Attendons, pour voir…

Nabil Bousaadi

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