Italie: Les «sardines» défient Salvini…

Voulant peser sur une élection régionale cruciale dont Matteo Salvini, le leader de la Ligue (extrême-droite), a voulu faire un enjeu national, plusieurs dizaines de milliers de sympathisants du nouveau mouvement anti-fasciste des «Sardines», né en réaction à la victoire inattendue en octobre dernier de la Ligue dans la région d’Ombrie – fief de la gauche depuis plus de 50 ans – ont investi ce dimanche, à Bologne, la Place du Huit-Août, pour une grande manifestation destinée à faire barrage à l’extrême-droite en ce moment où l’ex-ministre de l’Intérieur mène campagne pour s’emparer de l’Emilie-Romagne, cet autre bastion de la gauche, lors des élections régionales du 26 Janvier prochain.

Les manifestants, estimés à 40.000,  brandissaient des banderoles colorées et des pancartes en forme de sardine. Sur l’une d’elles, on pouvait lire «S.A.R.D.I.N.A. (Solidarité, Accueil, Respect, Droits, Inclusion, Non-Violence, Antifascisme)» et sur une autre «Bologna non si lega» (Bologne ne s’attache pas).

Pour rappel, après avoir fait éclater, en Août dernier, son alliance avec le Mouvement 5 Etoiles (anti-système) et quitté le gouvernement de Giuseppe Conte, Matteo Salvini entend, cette fois-ci, conquérir les régions traditionnellement «à gauche» avec l’espoir de provoquer la chute de la coalition au pouvoir entre le M5S et le Parti Démocrate (centre-gauche) et d’obtenir, cette fois-ci, des élections législatives anticipées.

Mais qui sont donc ces «sardines» et que veulent-elles exactement ? Le mouvement des « sardines » est né à Bologne en novembre dernier, pendant la campagne pour les élections régionales de 2020 en Emilie-Romagne, en réaction contre le populisme et le souverainisme de l’extrême-droite italienne.

Fondé par quatre jeunes italiens et relayé par les réseaux sociaux, le mouvement a rapidement pris de l’ampleur et organisé des dizaines de manifestations à travers le pays durant lesquelles les « sardines » chantent à l’unisson « Bella Ciao», le célèbre chant des résistants anti-fascistes.

Le choix de la sardine comme emblème fait référence à l’expression «serrés comme des sardines dans une boîte» (stretti come sardine) pour remplir le plus possible toutes les places publiques mais aussi au fait que la sardine est un petit poisson sans défense qui, en ne se déplaçant jamais seul mais toujours en groupe, tire sa force de son regroupement en bans.

«Nous sommes là pour dire qu’une alternative existe (…) Notre espoir est que cela se traduise par une participation électorale et une prise de conscience » a expliqué à un groupe de journaliste, Mattia Santori, 32 ans, l’un des co-fondateurs du mouvement.

Lorenzo Donnoli, un autre co-fondateur et porte-parole du mouvement, espère, de son côté, que «Salvini va perdre et que ce sera finalement une défaite… qui fera revenir (les italiens) à une politique sérieuse, une approche différente sur la diffusion de l’information».

Bien que déclarant se tenir à distance des partis politiques, les Sardines restent, tout de même, écoutées avec bienveillance par la gauche notamment lorsqu’elles réclament l’abrogation pure et simple du décret sécurité pris par Matteo Salvini lorsqu’il était à la tête du ministère de l’Intérieur à l’effet de durcir la politique italienne en matière d’immigration.

Salvini parviendra-t-il encore une fois à faire éclater la coalition gouvernementale ? Obtiendra-t-il, cette fois-ci, ces élections anticipées qu’il appelle de tous ses vœux ? Rien n’est moins sûr au vu de la forte détermination des «Sardines» et des autres forces anti-fascistes mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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