Jamal Eddine Dkhissi, l’idéaliste convaincu

Un homme, un maître qui échappe à toute classification. Jamal Eddine Dkhissi était un fervent militant engagé, impliqué par son art et sa manière de faire… inclassables.

Le défunt a consacré sa vie à l’art, aux planches, à la formation de la relève et à la gestion des institutions culturelles nationales dont le Théâtre National Mohammed V et l’ISADAC. Certes, une seule vie ne suffit pas pour tout faire ! «Je veux vivre parce que j’ai envie de jouer», c’est avec ces mots qui sonnaient encore bien dans l’oreille que Jamal Eddine Dkhissi avait comblé la salle emblématique du cinéma espagnol d’une bouffée d’émotions et de paroles sincères à l’occasion d’un hommage qui lui a été rendu à l’occasion de l’ouverture de la 18e édition du Festival national du Théâtre à Tétouan, le 30 novembre 2016.

On se souvenait de son sourire, sa spontanéité sur scène et cet amour porté à ses amis artistes, ses anciens et nouveaux élèves et ses camarades. L’homme a tout donné pour le théâtre marocain. Il en est une école en la matière. Dkhissi qui rêvait de créer une chorale de la musique populaire avait formé, accompagné et soutenu toute une génération d’acteurs, de comédiens et d’artistes. Une icône, un modèle à suivre. Son départ était en effet une grande perte pour le paysage artistique marocain. «Le théâtre est un art qui se développe au niveau de la création, mais aussi qui se développe au niveau des espaces. Il faut dire que nous n’avons pas une grande Histoire.

Nous sommes au début surtout dans l’organisation de compagnies théâtrales, des statuts régissant le métier d’art. Certes il y a des jalons très importants qui ont été faits à partir de 1998 et qui ont été aussi développés par Amine Sbihi, qui est un homme vrai et respectant l’éthique», nous avait confié le défunt dans une interview accordée au journal lors de son hommage qui lui a été rendu l’an dernier à Tétouan. Ainsi, le défunt, issu de la région de l’Oriental, plus précisément de la ville d’Oujda, a parcouru les distances géographiques à la quête de nouveaux horizons artistiques et créatifs. Humble, discret, généreux, franc, stricte, souriant, sensible, profond humainement… telles sont les qualités de Jamal Eddine Dkhissi. Homme authentique, le défunt a toujours travaillé dans l’ombre, loin des lumières factices de la notoriété.

Il a donné sa verve au théâtre, à la formation des nouvelles générations à venir.  Il a servi les planches pendant de longues années. «Il ne faut pas être inquiet. Le théâtre se développe. Ces jeunes portent leur croix. Ces jeunes ont envie d’aller de l’avant, de créer et aussi de toucher toutes les formes du spectacle; de ne pas rester enfermés. C’est aussi des recherches qui se font au niveau de l’espace, du corps, de la musique et même de l’interprétation. Ils ne veulent pas rester dans le classique, mais ils sont en train de développer des sensibilités différentes. Et ces diversités constituent une grande richesse. Mais je leur conseille de revenir un peu aux classiques», nous a déclaré sur l’émergence des nouvelles jeunes sensibilités dans le théâtre marocain.  Dkhissi était poète. Et pourtant il avait poétisé la vie d’un bon nombre d’artistes en vivant de leurs passions respectives. Les grands ne meurent jamais !

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Ils ont dit :

Hamid Bennani, réalisateur et scénariste marocain

«J’avais eu l’occasion de croiser Jamal Eddine Dkhissi il y a longtemps. En réalité, on n’avait pas eu vraiment l’occasion de se connaitre. Mais quand j’ai assisté à cette veillée commémorative et écouté les mots émanant des gens qui ont parlé de lui car le connaissant beaucoup mieux, surtout sa fille ; je me suis dit : « voilà quelqu’un que j’aurai dû rencontrer plus tôt afin de tisser une bonne amitié ou travailler ensemble sur des projets ». Par ailleurs, j’ai vu le film qu’il avait fait avec Lyounssi. Un film dont j’avais parlé au Festival et que j’avais amplement loué. Car selon moi, il y avait dans ce film des qualités extraordinaire parmi lesquelles figurent la contribution de Dkhissi. Hélas ! Le cinéma marocain n’a pas profité des qualités à ce grand monsieur que j’aurai aimé, et je me reprends une seconde fois, connaitre davantage».

Amine Benyoub, dramaturge et metteur en scène

«Le professeur Dkhissi est un créateur dans le domaine du théâtre, un militant et un très bon gestionnaire des institutions culturelles. Une personne prolifique. Je l’ai côtoyé il y a près de 30 ans et je pense qu’il représente un pilier dans le domaine auquel il s’est voué. En fait, c’est lui qui a instauré la formation de l’acteur au Maroc en bâtissant une école scientifique basée sur la recherche, le personnage et les techniques de la construction de ce dernier. Je pense que le professeur Dkhissi fait partie de ceux qui ont changé la destinée du théâtre marocain à travers la formation de l’acteur».

Haj Younès, artiste

«Je remercie le PPS pour cette initiative très louable envers nos artistes.  Jamal Eddine Dkhissi vit avec nous. On se souvient de son sourire, de sa grandeur et de son parcours. Son départ était une perte immense non seulement pour les hommes et les femmes du théâtre, ou encore pour son parti, mais aussi pour tous les artistes marocains».

Said Ait Bajja, acteur et comédien

«Dkhissi était un grand homme qui m’avait aidé aussi bien sur le plan humain que professionnel. Un professeur avec lequel j’ai travaillé comme directeur à l’Institut de l’ISADAC. Dkhissi était un père, un ami, un professeur qui adorait le théâtre, l’art et les artistes. Ainsi j’étais parmi les derniers qui lui avaient parlé avant de qu’il ne tombe dans le coma. Je l’ai vu dans la clinique. Je l’ai félicité de l’obtention du Prix du Théâtre national. Et c’est en cette occasion qu’il m’avait demandé : « Suis-je un grand acteur ? ». «C’est une réalité indiscutable. Et je serai très fier de travailler avec toi un de ces jours.» Je n’oublierai jamais la phrase qu’il m’avait dite :   «Je veux vivre pour jouer»».

Farid Regragui, acteur et comédien

«Je remercie le parti du Progrès et Socialisme pour cet hommage posthume rendu à ce grand homme et figure de proue du théâtre marocain. En effet, nous avons besoin de ce genre de geste et d’action envers des gens comme Jamal Eddine Dkhissi. Des personnes qui ont beaucoup donné à la scène artistique et culturelle nationale. Il faut l’avouer : c’est grâce à Jamal Eddine Dkhissi que plusieurs acteurs ont confirmé leur présence dans le paysage artistique national. Jamal nous a formés. Nous avons besoin de ce genre de reconnaissances qui laissent ces figures présentes avec nous grâce à leur valeurs intrinsèques, leurs œuvres et parcours si riches».

Abdelkebir Rgagna, acteur et comédien

«La scène artistique a perdu un grand homme. Jamal Eddine Dkhissi restera à jamais dans nos mémoires, non seulement celles des artistes, mais aussi celles du public et des citoyens parce qu’il a enrichi notre/son répertoire avec des rôles cinématographiques importants. Dkhissi est un grand professeur qui a formé des générations de comédiens et d’artistes qui font de la scène cinématographique, théâtrale… En outre, quand il était directeur du Théâtre national, il aidait les artistes et les jeunes talents. Jamal Eddine Dkhissi a beaucoup donné à notre pays».

Mohamed Nait Youssef

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